Nous avons préparé ce vingt-huitième numéro dans le plaisir. Choix subjectif de spectacles, de metteurs en scène, d’acteurs, d’auteurs d’articles — je devrais dire pour la plupart d’entre eux d’écrivains — que nous aimons.
La publication d’une revue est affaire de passion. Comme le théâtre qu’elle veut défendre.
Ce que nous découvrons au détour de ces quelques spectacles,· les uns réalisés par des artistes célèbres, les autres par des personnalités encore à découvrir, c’est l’urgence du théâtre.
« Épopée prophétique de notre temps : échec et espérance mêlés » comme nous le suggère Anne Übersfeld à propos du SOULIER DE SATIN mis en scène par Antoine Vitez, « plaisir avec tout ce qu’il comporte comme sensualité immédiate et réjouissance ludique », tout en poussant « au goût du risque qui est le propre de la modernité » comme nous le rappelle Georges Banu, le théâtre quand il va au bout de ses exigences s’inscrit dans cette « couche sédimentaire » de la mémoire du spectateur. Serait-ce parce qu’il a « touché l’âme » comme le dit Nicole Cabès ?
Le théâtre porte en lui-même ses propres traces et nous décelons dans de nombreuses expériences d’aujourd’hui cette « tradition-trahison » qui est à la base de la constitution du Groupov.
Comme le DOM JUAN joué par Philippe Avron dans la mise en scène de Benno Besson dans lequel Patricia Mignone voit cet « être qui doute, sorte de nerveux, d’extatique qui imprime dans son corps les remous de son âme », l’acteur aujourd’hui se retrouve au centre du théâtre. Puisse-t-il faire sienne la belle maxime de François Regnault : « cesser de ruser avec l’acte de jouer qui est un acte ».


