SOUS des châles ou des fichus,
comme au combat
comme au travail,
au magasin une à une, en silence, les femmes
s’avancent,
dans un bruit de bidons, de bouteilles, de casseroles,
dans l’odeur des oignons, des concombres,
et de la sauce « kaboul ».
Comme elles, devant la caisse,
je fais la queue,
et, pas à pas,
dans le froid, j’avance,
leur haleine tiédit l’air glacé du magasin.
Silencieuses, elles attendent,
les femmes, gardiennes divines du foyer,
et leurs mains tiennent serré
l’argent,
la petite monnaie du travail.
Femmes russes, elles, notre honneur et nos juges,
elles ont coulé le béton, fait les labours et la moisson et
supporté
tout,
et le supporteront encore,
(tout supporté,
et Le supporteront encore)
Tout au monde plie et cède devant elles, devant leur force
sans limite.
À qui les vole à qui triche avec elles,
honte, honte et crime !
J’ai pris ma livre de pâtes
et je laisse aller mon regard mélancolique
sur leurs mains,
leurs mains usées par le poids des sacs,
leurs mains
qui ne mentent pas.

