
LE SÉDUCTEUR des planches — des corps, des voix, des lumières — pensait que « La Tragédie c’est l’histoire des larmes ». Le grand communicateur était donc un homme du secret, un poète dont le secret prenait forme du côté de l’exil. Nous n’avons que des fragments d’un livre rêvé, au titre superbe : LA CHRONIQUE DU GRAND EXTÉRIEUR, qui évoque un territoire étranger dont le lieu ne peut être que notre propre cœur à jamais exilé dans sa patrie commune. D’où L’ESSAI DE SOLITUDE.
C’est de ce territoire que monte sa voix blanche, tellement silencieuse dans sa fièvre qu’elle semble surgir au-dedans de nous. Et en même temps séparée, hors, lointaine.

« — comme une voix d’homme, sombre, sous une voix de femme, dans la nuit, on ne comprend pas ce qu’ils disent, on les entend, la femme très vite, et lui souvent, pendant qu’elle parle sans l’interrompre — ainsi l’écriture, continue, compagne de la vie, plus profonde, sombre, comme la voix d’homme dans la nuit ». L’histoire, bien sûr, est présente, avec son masque ;l’enfer du temps, sa douceur, ses cris ; l’enfant, la femme ; la chair blessée, et sa gloire nocturne ; le soleil sans chaleur de la mort ; les miettes du quotidien sur la table (elles s’incrustent dans la paume); tout est là, insaisissable, sans prix. « Tu meurs et le temps est court ». Mais il y a eu l’amour.

« Aimer
c’est aimer
à l’infini
à l’infini
tif
absolu ».
Le mourant, à l’instant de partir, songe « au baiser de la femme pour couper avec ses dents le fil cousu ». Un prodige a eu lieu dans le théâtre des ombres.





