De l’amour — Théâtre d’animaux
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De l’amour — Théâtre d’animaux

Poème dramatique

Le 20 Juil 1992
Article publié pour le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
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La scène représente un sen­tier plein de quié­tude. 

La colombe et le cochon. 

COLOMBE (bat­tant douce­ment des ailes)
La mat­inée est très belle. Quel sen­tier si pais­i­ble ! On croirait que la terre n’est habitée que par des colombes. Et puis, ce soleil ! Ce soleil si tiède, si agréable ! On a plaisir à s’en­v­ol­er. 

Un vieux cochon, l’air triste, s’a­vance pais­i­ble­ment sur le sen­tier. 

COCHON
Bon­jour, petite colombe. Alors, on prend le soleil ? 

COLOMBE
Cela se pour­rait, grand-père cochon. Sans le soleil nous ne vivri­ons pas, nous les colombes.

COCHON
Ni per­son­ne d’autre. 

COLOMBE
Ah ! Tu te trompes bien, grand-père. Évidem­ment, les rayons du soleil font s’é­panouir toute chose. Sans lui la terre ne serait qu’une friche où l’on ne pour­rait pas vivre. Sa chaleur et son rythme baig­nent égale­ment le monde. Nos âmes sont les mélodies de la vie et lui il est l’har­monie totale. Par­mi les hommes, cer­tains pos­sè­dent le pré­cieux pou­voir de devin­er l’âme des choses. On les appelle les artistes. Quelques-uns ont été mes amis. 

COCHON
Excuse-moi, mais je ne vois pas bien quel rap­port… 

COLOMBE
Mais si, mais si, cher grand-père. De même que les artistes inter­prè­tent le ciel bleu, Les fleurs, les eaux… nous, les colombes, nous devi­nons l’âme du soleil, nous ressen­tons plus que n’im­porte qui sa caresse d’or sur la terre, son silence et ses chants. 

COCHON
Tu es une âme lyrique et admirable qui a beau­coup volé et tu en as tiré ton prof­it, alors que moi, chère petite, tout en étant très vieux, après avoir échap­pé à la ter­ri­ble glou­ton­ner­ie des hommes, je ne suis pas capa­ble, comme toi, de devin­er les secrets du soleil. Et ce n’est pas ma faute, le Grand Cochon qui demeure dans les cieux en est témoin, mais j’ai de si mau­vais yeux que les rayons du soleil m’ir­ri­tent au lieu de m’ap­porter con­so­la­tion et bien-être. De plus, je n’ai jamais eu l’occasion de m’oc­cu­per de ces choses spir­ituelles. Mal­heureuse­ment, ceux de mon espèce ont tou­jours devant eux la san­guinaire men­ace de l’homme… L’homme est cru­el…

COLOMBE
L’homme est cru­el parce que la cru­auté existe dans toutes les créa­tures et elle s’aiguise davan­tage chez les uns que chez les autres. 

COCHON
La cru­auté existe sans doute, mais en toi, jamais. Tu es exempte de tout mal.

COLOMBE
Ne par­le jamais ain­si. Qui te dit que la petite four­mi, qui me sert de nour­ri­t­ure, n’était pas une excel­lente mère de famille, de celles-là qui promè­nent leurs enfants pour leur faire pren­dre le soleil et écouter les rossig­nols ? Oh oui, nous sommes tous cru­els, cru­els par nature. Voyons. Le soleil n’est-il pas béné­fique à toutes Les choses ? 

COCHON
Cela me paraît juste. 

COLOMBE
Et pour­tant, à cer­taines épo­ques de l’année, il nous faut fuir ses regards, ils nous apporteraient la mort. Elles sont si puis­santes, sa force et sa lumière ! 

COCHON
Enfin, cha­cun voit les choses à sa façon. Quant à moi, je sou­tiens ma mod­este opin­ion. L’homme est le mal en per­son­ne, il n’y a en lui que des sen­ti­ments abjects et igno­bles. 

COLOMBE
Je crois que tu exagères. Il pos­sède un esprit mor­tel qui… 

COCHON
Laisse-moi par­ler, petite colombe. N’ou­blie pas que j’ai vécu longtemps par­mi eux et que j’ai eu mille occa­sions d’ob­serv­er leurs méchancetés. Si tu savais ce que j’ai pu souf­frir ! Ce que j’ai pleuré à l’ombre de ma porcherie, ce qu’il me reste encore de souf­france ! 

COLOMBE
Pau­vre grand-père cochon, on dis­tingue fort bien tout ce que vous avez subi. Vous êtes si mai­gre que vous ressem­blez à un de ces chiens errants qui meurent sur un tas d’ordures sans per­son­ne pour recueil­lir leur dernier souf­fle. 

COCHON
Tu dis vrai, ma fille, mais c’est grâce à cette mai­greur de matière que j’ai pu sauver ma vie. Il aurait mieux valu, toute­fois, que je sois mort enfant ou que je ne sois pas né. 

COLOMBE
Allons, allons, ne pleurez pas de la sorte ! Regardez le sen­tier, le ciel, les arbres. Comme ils respirent, si inten­sé­ment, la paix ! Tout nous force à être heureux…

COCHON
Plût au ciel que je puisse l’être, mais c’est déjà trop tard. J’ai le cœur en miettes, car, nous aus­si les cochons, nous avons un cœur, en dépit de ce que pensent les hommes. Écoute-moi. Quelle plus grande peine que de ne pas avoir con­nu ma mère ? À peine étais-je au monde, les hommes l’ont assas­s­inée pour la manger. Nous étions sept frères, et l’on nous dis­tribua en dif­férentes demeures. Moi, je fus élevé par une tru­ie qui avait été l’amie de ma mère et qui m’ap­prit à respecter sa mémoire. Cette tru­ie avait qua­tre porcelets par­mi lesquels je gran­dis et pour qui j’avais beau­coup d’affection. Chaque nuit, lorsque tout était som­bre et qu’on n’entendait plus un bruit dans la cam­pagne, ma mère adop­tive se couchait de tout son long et nous présen­tant ses mamelles trem­blantes et gon­flées, elle nous répé­tait : « Tétez donc, mes petits !» Et nous, nous bous­cu­lant les uns les autres, fous de plaisir, nous allions chercher avec nos groins le lait doux et chaud, et nous nous endormions dans la musique émou­vante du grogne­ment mater­nel. Nous étions si heureux ! Une nuit, ma sec­onde mère, en nous offrant la douceur de ses tétines, nous dit avec la plus grande tristesse : « Mes enfants, l’heure est venue pour moi de servir de nour­ri­t­ure aux hommes. Cette fin, hélas, sera aus­si la vôtre. Notre race est con­damnée à ce ter­ri­ble sup­plice tant que ne descen­dra pas nous racheter celui qui se trou­ve dans les cieux et dont on ne peut met­tre en doute la mis­éri­corde. Soyez très sages et sou­venez-vous de moi, car on ne doit jamais oubli­er l’amour de ses par­ents. Tétez une dernière fois et reposez ». Les yeux de ma sec­onde mère étaient bril­lants de larmes, et il coulait de son groin trem­blant une écume san­guino­lente. 

COLOMBE
La pau­vre ! 

COCHON
Nous com­mençâmes à grogn­er, et embras­sant son ven­tre et ses flancs nous étions comme fous. Au petit jour, le coq, qui était un vieil ami de ma mère nourri­cière, se mit à chanter très fort et il dis­ait : « Ils vien­nent te chercher ! Ils arrivent !» Et nous enten­dions les poules pleur­er en des san­glots très sourds comme si elles craig­naient qu’on les entende. L’une d’elles dis­ait : « Quand pren­dra fin notre esclavage ?» et une autre lui répondait : « Pas avant que celui qui se trou­ve dans les cieux ne nous accorde la pléni­tude de sa mis­éri­corde ». Et Le coq, tou­jours plus fort : « Ils vien­nent te chercher, ils arrivent !». 

COLOMBE
C’est hor­ri­ble, hor­ri­ble ! 

COCHON
Alors s’ouvrit la porte de la porcherie et entrèrent deux hommes effrayants. L’un avait un couteau à la main et les habits tachés de sang. Le sec­ond tenait une corde épaisse avec laque­lle il attacha ma mère par une pat­te. Dehors, on sen­tait un tohu-bohu assour­dis­sant avec des rires d’en­fants, des jeunes filles qui chan­taient et la plainte lugubre des poules. On tira ma mère à grands coups jusqu’à la porte. La pau­vre grog­nait d’une voix étouf­fée, mais lorsqu’ils voulurent la faire sor­tir de l’étable et quand elle enten­dit nos gémisse­ments dés­espérés et notre cha­grin, ses lamen­ta­tions dev­in­rent déchi­rantes. La tête haute, elle résis­tait aux hommes qui l’entraînaient. I] me sem­bla, alors, qu’une main m’ar­rachait le cœur. J’au­rais voulu pou­voir par­ler comme eux, pour les touch­er, les api­toy­er, mais tout cela aurait été inutile, puisque ma mère était déjà au dehors. Il y eut un silence angois­sant, puis nous l’‘entendîmes à nou­veau crier très fort, dés­espéré­ment, en un cri aigu qui s’éteignit peu à peu. C’é­tait la mort. Ensuite il y eut beau­coup de rires et des gui­tares se mirent à jouer. Mes frères et moi, réfugiés au fond de la masure, nous pleu­ri­ons amère­ment.. Elle était si bonne ! Et nous nous sou­ve­nions des nuits passées auprès d’elle, tétant son lait si doux, si chaud, et nous nous sou­ve­nions de ses bais­ers, de ses mordille­ments affectueux, de ses con­seils avisés, de ses his­toires pour nous endormir. Tout avait dis­paru à jamais. Sur ces entre­faites, arri­va une poule vieille, qu’un fils du maître avait éborgnée. Elle s’adressa à nous, amoureuse­ment, à nous qui pleu­ri­ons, incon­solables : « Mau­dits soi­en­tils !», dis­ait-elle, « mau­dits soient-ils ! Ils nous volent notre bon­heur ! Mes enfants, ne pleurez plus. Elle se repose main­tenant, sans doute, mais pas nous, notre souf­france est par devant !» Juste après, nous entendîmes Le chien de la mai­son qui célébrait dans ses chants la mort de ma sec­onde mère. La poule, rede­venant sévère, s’exclama : « Qu’il soit mau­dit tout pareille­ment, lui, l’a­mi de l’homme et notre enne­mi à tous ». C’é­tait le lever du jour et au loin les cloches son­nèrent. Depuis lors je déteste les hommes et les chiens. 

COLOMBE
Tu as rai­son en ce que tu dis parce que c’est toi qui le dis. Moi, je ne puis que dire le con­traire. L’homme a fait de moi le sym­bole de son amour, le sym­bole de son Dieu. Je porte la sagesse, je suis sem­blable à la sagesse. En dépit de cela, l’homme m’est indif­férent, je ne l’aime ni ne le déteste. Tant de choses exis­tent au-dessus de lui ! 

COCHON
Toi-même, qui es pure et immortelle. 

COLOMBE
Mortelle comme toi, grand-père cochon. 

COCHON
N’y pense même pas. Tu sais recevoir Le soleil sur tes plumes immac­ulées et devin­er son âme unique, toi qui t’envoles jusqu’à te per­dre dans l’azur, toi qui sais aimer comme per­son­ne d’autre, tu ne peux pas dis­paraître. Si tu as atteint ne serait-ce qu’un instant de bon­heur, tu parvien­dras jusqu’à l’immortalité car celui qui a baigné son âme, même une seule minute, dans la quié­tude de la per­fec­tion ne pour­ra plus périr. 

COLOMBE
Alors, tu peux devenir immor­tel, toi aus­si !

COCHON
Moi ? Jamais. Depuis ma nais­sance, je vis dans la boue.

COLOMBE
Peu importe, grand-père. La boue est pour vous comme pour moi l’air et le nid de brindilles. 

COCHON
Mais ce sera tou­jours de la boue… J’au­rais pu être bon et tran­quille, mais l’homme m’en a empêché. Main­tenant, j’ai l’âme chargée de haine. Jamais je ne pour­rai être heureux. 

COLOMBE
Qui vous a appris à penser aus­si tris­te­ment ? La vie est belle. 

COCHON
J’ai appris à penser à force de souf­france, et l’idée de notre noirceur interne, c’est une vieille tru­ie philosophe qui me l’a inculquée, elle qui vit encore au fond de la forêt. 

COLOMBE
Il faut t’apaiser. Tu peux encore être heureux. 

COCHON
C’est qua­si­ment impos­si­ble, désor­mais. 

Sur le sen­tier, le silence est impéné­tra­ble. Le ciel s’en­dort bruyam­ment dans sa couleur bleue. 

COLOMBE
Avec tout cela, grand-père cochon, je ne t’ai pas demandé où tu allais. Voy­ages-tu par plaisir ou es-tu pris par quelque affaire urgente ? 

COCHON
On m’a dit que tous les ani­maux se réu­nis­saient en assem­blée plénière pour ten­ter de com­bat­tre l’homme et j’ai pris la route. J’ai bien des choses à leur racon­ter. 

COLOMBE
Et juste­ment, c’est là que je me rends. 

COCHON
Nous voy­agerons donc ensem­ble, le chemin en sera plus plaisant. 

COLOMBE
Pensez-vous, grand-père cochon, qu’il sera de quelque util­ité aux ani­maux de se réu­nir pour lut­ter con­tre l’homme ? 

COCHON
Indis­cutable­ment. 

COLOMBE
Il me sem­ble, pour­tant, que nous n’arriverons à rien du tout. Vos pas­sions sont for­mi­da­bles et il est bien prob­a­ble que vous vous blessiez d’abord entre vous avant de faire quelque mal aux hommes. et de plus, pourquoi ? 

COCHON
Com­ment « pourquoi ? ». Nous sommes opprimés, humil­iés, nous ne pou­vons ni ressen­tir ni penser par nous-mêmes. Nous voyons partout les traces odieuses des civil­i­sa­tions. Il faut tout détru­ire ou nous en empar­er. L’heure est venue pour nous de vivre en paix. 

COLOMBE
Le ciel est mer­veilleuse­ment bleu, j’éprou­ve un vio­lent désir de me fon­dre en lui pour tou­jours. 

COCHON
Notre pitance en sera meilleure et notre gîte aus­si. 

COLOMBE
Quelle mer­veille de soleil ! C’est pour moi que sa lumière a été faite ! La lumière est ma vie. 

CHŒUR DES CIGALES
Lumière, lumière, ne nous tour­mente plus. O dieux implaca­bles, délivrez-nous du chant et du feu du soleil ! O silence admirable, accorde-nous tes man­tilles d’om­bre ! 

Arrive sur le sen­tier, lente­ment, un âne. 

ÂNE
Que la lumière t’accompagne, colombe sainte. Salut, frère cochon. 

La colombe bat des ailes et Le cochon incline la tête. 

ÂNE
Vous dirigez-vous vers l’assem­blée ? 

COLOMBE
Nous y allons. Et toi, as-tu beau­coup à racon­ter ? 

ÂNE
J’ai telle­ment souf­fert que je pour­rais par­ler mille jours de suite sans en finir avec mes mal­heurs. Mais je n’y vais que pour hon­or­er mes engage­ments. 

COCHON
Explique-toi. 

ÂNE
Je veux dire, je me rends à l’assem­blée à con­trecœur. Je pense que rien ne sera tiré au clair… et s’il n’en tenait qu’à moi, les choses pour­raient en rester où elles sont. Je suis soumis et bon, je com­prends que je suis né pour endur­er et pour souf­frir. En dépit de tout, j’éprou­ve pour l’homme une cer­taine affec­tion, quand bien même, tant de fois, il m’au­rait roué de coups, c’est lui aus­si, en d’autres cir­con­stances, qui a caressé mon crin revêche. De plus, l’homme est bien plus intel­li­gent que nous. C’est pour quelque rai­son, il me sem­ble, que Dieu en a fait le roi des créa­tures. 

COCHON
Au sein de cette assem­blée, ma voix sera celle de la rébel­lion et de la haine. Je chercherai à venger ma race et je plaiderai pour l’esclavage de l’homme. 

ÂNE
Prends garde à ce que tu dis, son Dieu nous châtiera. 

COCHON
Tu mens, ce Dieu des hommes n’ex­iste pas, c’est eux qui l’ont inven­té. 

ÂNE
Tais-toi, je t’en prie, qu’il n’aille pas enten­dre tes paroles haineuses. Ma race, pré­cisé­ment, a con­nu la gloire de l’avoir servi et louangé. Ce Dieu était assis sur le dos d’une de mes ancêtres, un matin de print­emps, lorsqu’il entra dans sa ville. J’ai enten­du racon­ter par ma mère que la voix de ce Dieu était plus douce que le foin neuf. 

COCHON
Légen­des ! Légen­des ! 

COLOMBE
Calmez-vous ! Le ciel est si bleu ! 

ÂNE
Il vaudrait mieux nous taire, en effet. 

COCHON
Il vaudrait mieux. (Entre ses dents) Espèce de poltron ! 

(Sur un peu­pli­er vert, un rossig­nol est per­ché). 

COLOMBE
Rossig­nol, ne viens-tu pas avec nous à l’assemblée ? 

ROSSIGNOL
C’est une assem­blée de chan­sons ? 

COCHON
L’heure n’est pas aux chan­sons et autres calem­bredaines. Il s’a­gi­ra de la destruc­tion ou de l’esclavage de l’homme. Ain­si donc, en avant et trêve de bon­i­ments. 

COLOMBE
Viens avec nous. 

ROSSIGNOL
En aucune façon, cela ne m’in­téresse pas. 

COCHON
Parce que tu es plus libre que nous. O sacrées ailes ! Mais tu es un égoïste. 

ROSSIGNOL
Je déton­nerai dans une fête de haine. Je ne vis que pour l’amour. 

COCHON
Si j’avais des ailes, je te forcerais à y aller. 

ROSSIGNOL
C’est que. (À part, en s’adres­sant à la colombe). Qui est cet indi­vidu qui me par­le ? 

COLOMBE
C’est le cochon 

ROSSIGNOL
Quel infâme coquin ! 

COLOMBE
C’est un raté ! 

ÂNE
Ne per­dons pas de temps, nous avons encore beau­coup de chemin devant nous. 

COCHON
En route ! 

COLOMBE
Quel mag­nifique ciel bleu ! 

ROSSIGNOL
Que mon cœur débor­de de lumière ! Ô chant divin ! Les étoiles ont sur­gi des chants pétri­fiés de mes aïeux. Je suis le sens musi­cal du vent. Mon chant est lumière, couleur… Chaque note issue de ma gorge est une per­le qui trem­ble par­mi les rayons de la lune. Sur la nuit obscure mes chan­sons ne sont que des gouttes de lumière. Le pre­mier rossig­nol tom­ba de l’azur. Ma gorge est d’eau et d’om­bre. 

(Le vent fait trem­bler les feuilles des arbres et les blés presque mûrs). 

Dans le silence reten­tit le chœur des cigales. 

CHŒUR DES CIGALES 

Lumière, ah, ne nous tour­mente plus davan­tage ! O dieux implaca­bles, délivrez-nous du chant et des jeux du soleil ! Ô silence admirable, donne-nous tes man­tilles d’om­bre ! 

La colombe s’en­v­ole au loin ; V’âne et le cochon réveil­lent la pous­sière du chemin dans leur marche. 

Rideau 

Traduit par Claude Este­ban. 

Le poème dra­ma­tique DE L’AMOUR — THÉÂTRE D’ANIMAUX de Fed­eri­co Gar­cia Lor­ca est inédit. Le man­u­scrit, retrou­vé en 1991 par la sœur du poète, porte la date du 2 mars 1919. Fed­eri­co a vingt ans. Son pre­mier livre, IMPRESSIONS ET PAYSAGES, inspiré de ses voy­ages uni­ver­si­taires à tra­vers l’Es­pagne a été pub­lié à Grenade, à compte d’auteur, au print­emps 1918. En 1919, Gar­cia Lor­ca s’installe à Madrid. Pour le jeune provin­cial, c’est la décou­verte du monde mod­erne et de la mou­vance avant-gardiste qui renou­velle la poésie, la pein­ture et le théâtre. Ent­hou­si­as­mé par les poèmes ingénus de Fed­eri­co, l’écrivain et directeur de théâtre Mar­tinez Sier­ra lui com­mande une pièce sur le même ton. Mal­gré les dans­es de l’Argentina, l’innocente féerie du MALÉFICE DE LA PHALÈNE ne sera jouée qu’un soir, le 22 mars 1920. Sans doute la petite pièce que nous pub­lions ici n’aurait-elle pas eu beau­coup plus de suc­cès. On se lais­sera pour­tant aller au charme d’une anec­dote can­dide qui ménage par­fois la sur­prise d’un souf­fle poé­tique aus­si soudain que puis­sant.

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Le théâtre de l’hispanité

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