Lettre à une amie péruvienne après une visite à Lima alors qu’elle en était absente
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Lettre à une amie péruvienne après une visite à Lima alors qu’elle en était absente

Le 14 Juil 1992
Article publié pour le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
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Chère Ali­cia, 

VINGT ans déjà… pour par­ler comme Gaev, je dirais que nous sommes de la généra­tion qui fête « les vingt ans ». Les vingt ans du Théâtre du Soleil, les vingt ans des Bouffes du Nord, les vingt ans du Fes­ti­val d’Au­tomne, les vingt ans d’Art Press.
«Après vingt ans », le titre du roman de Dumas résonne autrement. Il y a vingt ans, tu quit­tais Bucarest accom­pa­g­née par nous tous, amis et pro­fesseurs aujourd’hui dis­per­sés dans le monde. Depuis vingt ans aus­si, nous avons pris le chemin de l’ex­il comme Brecht dont tu avais mon­té au Con­ser­va­toire GRAND’PEUR ET MISÈRE DU IIIÈ REICH. Alors, nous avions expurgé ensem­ble Le texte de ce qui risquait d’apparaître comme allu­sion trop directe à l’ac­tu­al­ité, afin que tu puiss­es le met­tre en scène. Quelques années plus tard, même cette ruse aurait échoué car tout en Roumanie avait fini en « grand’peur et mis­ère ». Ce fut le fas­cisme au quo­ti­di­en sous la houlette de celui qui osa se faire appel­er Con­d­u­ca­tor, ce qui en tra­duc­tion ne donne ni plus ni moins que Führer. C’est son délire que nous avons fui, lais­sant der­rière amis, par­ents, livres, pro­jets. Et par­mi eux la tra­duc­tion aban­don­née sur un bureau de la Télévi­sion de cette belle pièce péru­vi­enne LA TRAVERSÉE DU NIAGARA d’Alonso Ale­gria que nous avions faite à deux voix. Elle vient d’être don­née à Paris « vingt ans plus tard ». Dans la vic­toire sur la cas­cade du vieil acro­bate qui porte sur ses épaules un jeune garçon exalté, quelqu’un avait lu la réus­site à laque­lle peut con­duire l’alliance entre la force de la pen­sée con­crète et l’imagination de la pen­sée utopique. Belle inter­pré­ta­tion qui nous avait échap­pé… Aujourd’hui, n’avons-nous pas besoin d’un jeune homme afin de réveiller ce qui men­ace de s’étein­dre ? Aujourd’hui où, comme me dis­ait Peter Stein, « per­son­ne ne peut plus hiss­er de dra­peaux », nous sommes pareils au funam­bule cen­sé tra­vers­er le Nia­gara sur un fil car, comme lui, nous avançons audessus d’un gouf­fre dont les pro­fondeurs agitées évo­quent le chaos des eaux de la ter­ri­ble cataracte. Com­ment tra­vers­er le chaos sans guide ni aide ? Où trou­ver le jeune ado­les­cent con­fi­ant ?

Un jour, on m’ap­pela du bureau de Peter Brook afin que je reçoive un artiste péru­vien. J’ai don­né tout de suite mon accord car je l’ai assim­ilé à un mes­sager qui pou­vait racon­ter, témoign­er, m’in­former sur ton théâtre et celui de Lima. Il n’a jamais dev­iné les motifs de mon extrême sol­lic­i­tude à son égard. Jorge Chiarel­la-Krüger vint me voir à Chail­lot, ensuite par­la dans un de mes cours à l’Université où il expli­qua les principes de son théâtre inspirés par la con­ven­tion pro­pre aux jeux des enfants : elle exige, insiste-t-il, un respect intran­sigeant pen­dant la durée et dans l’espace de l’activité ludique, respect qui cesse brusque­ment dès que le par­tic­i­pant se retire. Nous sommes allés ensem­ble au stage de Brook. Il devint mon autre ami péru­vien. 

Quand Tereza Wag­n­er me pro­posa de par­ticiper au col­loque Unesco sur le théâtre lati­noaméri­cain qu’elle dirigeait à Lima, je n’hésitai pas un instant. Mais bien que je me réjouisse de la chance offerte, je craig­nais nos retrou­vailles. J’avais changé et, inqui­et, je me dis­ais que tu n’allais pas me recon­naître. « Impos­si­ble, me ras­sur­ait Anne Kokkos, ton regard est le même. C’est à l’aune des yeux que l’on iden­ti­fie des amis, fût-ce après de très longues sépa­ra­tions ». Depuis, je sur­veille avec minu­tie le regard des acteurs car dès lors je sais à quel point il donne à lire les défaites ou les accom­plisse­ments par delà l’âge et l’histoire con­fon­dus.
J’ai vite appris que tu allais être absente de Lima. Main­tenant, des années plus tard, je réu­nis mes sou­venirs pour te racon­ter les décou­vertes et les trou­bles de ma vis­ite à Lima. Mais surtout pour te dire d’emblée qu’elle m’a poussé à te don­ner rai­son, cat à Bucarest où la cen­sure frap­pait dure­ment, per­son­ne, ni moi non plus, ne se résig­nait à croire tout à fait ce que tu racon­tais sur l’am­pleur des dif­fi­cultés du théâtre péru­vien. Les artistes de l’Est se pen­saient comme étant les plus sanc­tion­nés dans l’ex­er­ci­ce de leur art. Le pas­sage à Lima allait cor­riger cette con­vic­tion.
Dès les pre­miers jours je fus frap­pé par l’im­pos­si­bil­ité cri­ante de pra­ti­quer le « théâtre d’art » qui alors, en France, regag­nait de plus en plus droit de cité. Le théâtre où le plaisir vient de l’ex­plo­ration d’un texte de jadis, de la décou­verte d’un per­son­nage, d’un bon­heur scéno­graphique ou de la réus­site d’un cos­tume. Le théâtre qui développe ses ressources pour entraîn­er son pub­lic vers la con­nais­sance sub­tile de soi tout en lui offrant la délec­ta­tion pro­pre à une scène bien maîtrisée. Non, au Pérou, cette hypothèse est inac­ces­si­ble car la sit­u­a­tion exige le choix entre une cor­rup­tion et une rad­i­cal­ité, entre le théâtre de boule­vard et le tiers théâtre.
L’év­i­dence de ce con­stat devint cer­ti­tude fla­grante lorsque je me rendis dans les lieux de l’U­ni­ver­sité catholique de Lima, uni­ver­sité au nom chargé de réso­nances mag­iques pour ces isolés du monde que nous étions en Roumanie lors de ton long séjour à Bucarest. Une salle aux murs lépreux abri­tait l’ex­po­si­tion du théâtre français et les pho­tos gon­do­lées, de tra­vers, évo­quaient à des mil­liers de kilo­mètres des spec­ta­cles si étrangers. à Lima, l’im­mense PEER GYNT de Chéreau m’ap­pa­rais­sait comme un tem­ple somp­tu­aire d’un autre monde, audelà des mers, un Bouro­bo­dur mythologique. Cette expo­si­tion, que pou­vait-elle racon­ter aux artistes péru­viens, me demandais-je avec amer­tume ? Rien, je le crains. En revanche elle me révélait à moi le fos­sé pro­fond, infran­chiss­able, qui sépare les deux théâtres. Désor­mais, me suis-je dit, il fal­lait pass­er pour quelques jours sur l’autre rive, sans plus retourn­er le regard. Oubli­er la France, plonger dans le Pérou. Je pas­sai dans la salle voi­sine. Salle aux gradins impro­visés, médiocre­ment éclairée par quelques vieux pro­jecteurs délabrés. C’é­tait la salle où tu as don­né LA MOUERE… Tant d’ab­sence de moyens me fai­sait mal. Com­ment peut-on y tra­vailler ? Jorge Chiarel­la-Krüger présen­tait avec son groupe Alon­dra AMEN, un texte de Juan Rivera Saave­dra. As-tu vu cette parabole biblique imprégnée de références au monde actuel ? Les acteurs vêtus de blanc se livrent corps et Âme au jeu, ils mon­trent leur joie d’ou­bli­er le monde pour faire du théâtre et une actrice, l’in­ter­prète de Marie, séduit par sa fraîcheur et La bril­lance du regard. C’est la femme de Chiarel­la.… ils font ensem­ble du théâtre, mais en même temps lui est jour­nal­iste et elle tra­vaille auprès des jeunes dans une ban­lieue autour de Lima. Son courage de s’aven­tur­er quo­ti­di­en­nement là-bas, de s’en­gager dans cette expéri­ence périlleuse au nom d’une exi­gence éthique per­son­nelle n’est sans doute pas étranger au ray­on­nement de son vis­age. Elle s’ap­pelle Céleste.
Comme toi, Jorge manque de livres, d’in­for­ma­tions, d’échanges. Une nuit, comme dans une con­fes­sion, il s’avoue frus­tré de cette pos­si­bil­ité de dia­logue sans laque­lle la cul­ture, et le théâtre en par­ti­c­uli­er, est men­acée d’enfermement sur soi. Voire même d’épuisement. S’il a assisté à des séances de Lee Stras­berg à l’Actor’s Stu­dio, l’ac­cès aux textes ou le dia­logue avec d’autres témoins lui est inter­dit. « La soli­tude est dif­fi­cile à sup­port­er. Elle n’aide pas à avancer », con­state-t-il amère­ment. À Paris il a ren­con­tré Brook et a par­ticipé à ses stages, mais nul film ou vidéo n’est par­venu jusqu’à Lima. Sans cet air de l’ex­térieur Chiarel­la se sent guet­té par l’as­phyx­ie immi­nente pro­pre à tout milieu clos. D’ailleurs, depuis ma vis­ite, il a aban­don­né, sem­ble- t‑il, le théâtre. Comme toi, m’a‑t-on dit. Le Pérou ne sat­is­fait pas la soif de savoir des met­teurs en scène intel­lectuels.
C’est en pen­sant à vous deux que j’ai adhéré à l’ini­tia­tive de Mary Ann Var­gas qui se bat en Europe pour son Cen­tre de Recherch­es à Lima. Ce qui ici peut être perçu comme une courageuse ini­tia­tive cul­turelle, s’érige là-bas, je le sais main­tenant, en véri­ta­ble opéra­tion de survie : les doc­u­ments aident car ils entre­ti­en­nent et par­fois même engen­drent l’imag­i­naire théâ­tral. Te sou­viens-tu de la lec­ture que nous fai­sions à Bucarest des études sur LE PRINCE CONSTANT de Gro­tows­ki ou sur ANTIGONE de Julian Beck ? Nous les décou­vri­ons par la voix des livres.
Con­nais-tu un autre Jorge ? Jorge Guer­ra qui vit aux États-Unis et tra­vaille pour une revue de théâtre. À Lima, il appor­tait un savoir raf­finé, une disponi­bil­ité et une atten­tion par­ti­c­ulière pour la mise en scène. Sans qu’il n’avoue rien, sans intim­ité aucune, ses exi­gences intel­lectuelles par leur sim­ple for­mu­la­tion expli­quaient implicite­ment son exil volon­taire. De même qu’une artiste comme toi est venue se for­mer dans cette haute école de théâtre qu’é­tait alors le Con­ser­va­toire de Bucarest, Jorge Guer­ra cherche ailleurs des espaces de tra­vail. Lorsqu’on étouffe il faut tou­jours par­tir. Sans pour autant écarter toute hypothèse de retour. Ce qui nous a man­qué à nous, les exilés roumains, ce fut juste­ment la chance de ce retour virtuel, retour tou­jours pos­si­ble. Aujourd’hui, tar­di­ve­ment, nous accé­dons enfin à cette sit­u­a­tion. mais n’est-elle pas dan­gereuse, car dès lors que les fron­tières de l’espace cessent d’être étanch­es, il faut puis­er en nous la force d’une iden­tité apte à résis­ter au voy­age entre le pays de choix et le pays natal. Savoir retourn­er péri­odique­ment comme Jorge Guer­ra ou Mary Ann Var­gas — voilà ce que nous devons appren­dre aujourd’hui. Euge­nio Bar­ba par­le, lui, de « la mai­son à deux portes ».
À Lima, où ta présence me man­quait, j’ai vu des spec­ta­cles. En assis­tant au tra­vail de Mario Del­ga­do avec son groupe his­torique Cua­trotablas, j’ai recon­nu l’in­flu­ence trop évi­dente du théâtre de recherche européen, de Bar­ba en par­ti­c­uli­er. J’ai regret­té cette imprég­na­tion mais ensuite, je Me suis rap­pelé que Del­ga­do fut un pio­nnier : il a les mérites et les défauts des défricheurs. Après le sen­ti­ment de réserve, j’ai éprou­vé un véri­ta­ble émer­veille­ment face au spec­ta­cle du groupe Yuy­achkani1, ENCUENTRO DE ZORROS. Nous arrivâmes dans un jardin décoré avec ce goût fes­tif dont seule l’Amérique latine détient encore Le secret. Miguel Rubio avait adap­té un roman célèbre, roman racon­tant le pas­sage de la cam­pagne à la ville d’une jeune femme. Alors, dans cette salle d’une mai­son privée, j’ai vécu l’ex­péri­ence théâ­trale d’un univers immé­mo­r­i­al qui remonte à la lumière du jour, l’u­nivers d’un Pérou archaïque que la pro­tag­o­niste ame­nait de la mon­tagne et que la vie en ville devait phago­cyter. Les corps et les jeux, les acces­soires et les lamen­ta­tions, le deuil et la poly­chromie, les paysans et les divinités, le naturel et le sur­na­turel révélaient ensem­ble l’i­den­tité d’une cul­ture incar­née grâce à la pra­tique exem­plaire d’un groupe. Yuy­achkani… ma pas­sion ! Existe-t-il encore ce « grupo cul­tur­al », comme il aimait à se présen­ter, le seul à même de réalis­er l’union heureuse entre l’héritage péru­vien et l’in­flu­ence « bar­bi­enne » ?
Un matin on me présen­ta Cesar Escuza, jeune homme frêle mar­qué par cette mal­for­ma­tion courante au Pérou due au mau­vais maniement du for­ceps : la hanche accrochée, il mar­chait en claudi­quant. Cesar tra­vail­lait à Vil­la Sal­vador, une de ces ban­lieues à l’é­cart de la ville où comme dans l’‘ENCUENTRO DE ZORROS, la pop­u­la­tion venue de la cam­pagne s’in­stal­la et con­sti­tua une véri­ta­ble com­mu­nauté autar­cique. Nulle part le sen­ti­ment com­mu­nau­taire sur fond de paupéri­sa­tion extrême ne m’ap­parut avec plus de vio­lence ; cette paupéri­sa­tion que tu nous décrivais à Bucarest et dans laque­lle nous voyions un excès dû à tes options idéologiques. Elle existe, je l’ai ren­con­trée et, une fois encore, je te donne rai­son.
À Vil­la Sal­vador, Escuza nous a présen­té un spec­ta­cle réal­isé par les habi­tants du quarti­er, inspiré et nour­ri par leur vie, leurs douleurs et leurs rires. Il procu­rait l’é­mo­tion d’un théâtre authen­tique­ment naïf où les gens guidés par un jeune homme moral théâ­tral­i­saient l’ex­is­tence à Vil­la Sal­vador. Le spec­ta­cle, vu là-bas sur place, je l’ai perçu comme un vrai et admirable auto­por­trait de groupe. Si tu ren­con­tres un jour Cesar Escuza qui lui aus­si a aban­don­né, dis-lui que je n’ai pas oublié la soirée à Vil­la Sal­vador… Tant d’abandons !
Faute de place, je n’ai pu entr­er à l’Institut Français de Lima, seul lieu de ren­dez-vous pour tous les groupes du tiers théâtre. En revanche, j’ai passé une soirée avec quelques-unes de tes anci­ennes comé­di­ennes qui venaient de se lancer dans l’aven­ture d’un théâtre fémin­iste. Là-bas, le théâtre doit servir, comme il a servi à Boal que tu as accom­pa­g­né dans la grande cam­pagne d’alphabétisation. Elles m’ont par­lé de toi, de ta vie, de ton courage, car faire du théâtre au Pérou, c’est d’abord se bat­tre. Au nom d’une néces­sité. D’un besoin inéluctable. D’un refus de l’iniquité.
Tu m’avais per­suadé de ne rater sous aucun pré­texte le voy­age à Cuz­co. Je ne t’ai jamais remer­ciée, j’en prof­ite main­tenant car, grâce à ton con­seil, j’ai pu assis­ter le ven­dre­di saint à l’une des plus extrav­a­gantes céré­monies théâ­trales de ma vie. Céré­monie hétérogène, laïque et pro­fane où le maire défi­lait à côté de l’évêque et les sol­dats accom­pa­g­naient les dépouilles du Christ pleuré par les Indi­ens autant que par les blancs. Le cortège s’achevait avec l’ambulance et la voiture des pom­piers : la ville toute entière se con­sacrait à la céré­monie pas­cale ! Dans la foule de Cuz­co, ce spec­ta­cle où les fonc­tions, les rites et les eth­nies s’en­laçaient indis­tincte­ment, j’ai éprou­vé le ver­tige de ce que devait être l’envoûtement sus­cité par les Mys­tères du Moyen-Âge.
À Cuz­co aus­si, j’ai fait la con­nais­sance d’un jeune homme épris de théâtre qui vint à ma ren­con­tre et à celle d’un ami brésilien avec lequel je fai­sais le voy­age. Cet être ren­fer­mé, secret, pro­fond, nous sommes-nous dit, devait avoir plus que des sym­pa­thies pour Le Sen­tier lumineux. Lui aus­si con­sid­érait le théâtre comme un moyen de com­bat, com­bat qui, cette fois-ci, devait s’a­jouter à l’autre com­bat, mil­i­taire, car « nous sommes en état de guerre » con­clut-il avant de nous quit­ter en longeant une de ces rues de Cuz­co où les maisons aux déco­ra­tions espag­noles intè­grent les immenses pier­res des Incas.
Madeleine Zuni­ga m’a mon­tré Lima et ses stat­ues, m’a par­lé des Incas et des con­quis­ta­dors qui ont trans­for­mé en lin­gots leurs superbes parures, Jorge Chiarel­la m’a accom­pa­g­né sur l’al­lée des princess­es, tes amis m’ont fait décou­vrir le théâtre du Pérou. Main­tenant, des années après, j’ai voulu évo­quer ce que j’ai décou­vert alors que tu étais absente. Alors seule­ment j’ai com­pris réelle­ment la justesse d’une de tes phras­es que je n’oublie pas : « Vivre à Lima sera tou­jours une épreuve ter­ri­ble pour tout Européen voué au théâtre ». Ton con­seil m’a peut-être sauvé.
À quand ? 

Georges

PS. À Bucarest, Ovid­iu Moldovan qui a joué mer­veilleuse­ment Don Per­limplin de Lor­ca sous ta direc­tion fait un tri­om­phe avec Lopakhine. Pour lui tu restes l’u­nique preuve de ce loin­tain théâtre péru­vien qu’il n’a jamais ren­con­tré. Pen­ci­ules­cu devait revenir au Con­ser­va­toire. Après vingt ans. 

  1. Yuy­achkani veut dire : « je me sou­viens en me sou­venant ». Le mot réu­nit trois sens : « je suis en train de penser, de me sou­venir, de méditer ».  ↩︎
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Le théâtre de l’hispanité

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