« Qui est-ce qui pleure ou rit devant une peinture ? »
João Brites

O Bando, comme son nom l’indique, est un collectif de création né en 1974, l’année de la Révolution des Œillets. Cette bande est constituée d’un nombre variable d’intervenants (entre neuf et vingt) qui se partagent les différentes tâches de fonctionnement du groupe : recherche documentaire, choix dramaturgiques et esthétiques, tâches techniques et administratives. Après plus de trente spectacles présentés dans le pays (des régions les plus peuplées aux plus petites agglomérations rurales) et à l’étranger, le groupe dirigé par le peintre et sculpteur João Brites occupe une place à part dans le panorama du théâtre portugais contemporain.
Essentiellement caractérisée par une volonté de recherche esthétique qui puise dans le patrimoine ethno-culturel (mise à jour de légendes ancestrales, utilisation d’instruments traditionnels), la démarche d’O Bando renvoie aussi bien à un imaginaire aux racines populaires qu’à un univers pictural d’origine expressionniste et surréaliste, au théâtre épique ou aux langages issus du théâtre panique. O Bando s’est dessiné un parcoutfs qui accompagne sans aucune concession à la facilité l’évolution socio-historique de notre pays. Après une phase optimiste et naïve, tournée vers l’intervention sociale immédiate et qui a donné naissance à des spectacles d’animation, les créations des dernières années (surtout à partir de la moitié des années 80) font montre d’options à teneur esthétique plus radicale sans qu’on ait pour autant délaissé les traits dominants d’un théâtre que l’on veut populaire, communautaire, dont la dimension est en même temps profondément portugaise et ouverte à la communication universelle.

Cette ligne de conduite souvent définie comme appartenant à une filiation épique s’est traduite par un travail de constante remise en cause et de préoccupation formelle _qui, dans la phase actuelle du groupe, se manifeste par une expérimentation radicale des limites de la narration scénique ainsi que des possibilités d’abstraction des différents systèmes théâtraux. C’est dans ce sens que João Brites et ses collaborateurs, après une phase qui a privilégié la création collective, se sont tournés de préférence vers l’adaptation et le collage de textes narratifs d’auteurs anciens ou contemporains. C’est le cas de BICHOS (Bêtes), un recueil de contes allégoriques (1940) de Miguel Torga, poète et écrivain portugais édité plusieurs fois en langue française. Le spectacle s’inscrit dans une tentative d’articulation de la recherche sur les formes et les images (point de départ des improvisations) avec la création d’une dramaturgie particulière, non conventionnelle, permettant d’amener la manière de raconter à une quasi-hystérie qui transforme le texte initial en un matériau théâtral manipulable.



