Une poétique de la différence
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Une poétique de la différence

Le 23 Sep 1991
VIEUX CARRÉ, de Tennessee Williams. Mise en scène de Carlos Fernando.
VIEUX CARRÉ, de Tennessee Williams. Mise en scène de Carlos Fernando.
VIEUX CARRÉ, de Tennessee Williams. Mise en scène de Carlos Fernando.
VIEUX CARRÉ, de Tennessee Williams. Mise en scène de Carlos Fernando.
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LE Grupo Teatro Hoje (Théâtre d’Au­jour­d’hui) est apparu en 1975, dans un panora­ma dom­iné par une con­cep­tion du théâtre essen­tielle­ment pam­phlé­taire et anti-for­mal­iste. Les pré­sup­posés du pro­jet du Teatro Hoje (nom choisi avec une volon­té de pro­gram­ma­tion évi­dente) étaient glob­ale­ment les suiv­ants : un théâtre cohérent avec la Révo­lu­tion vécue au Por­tu­gal depuis avril 1974 devrait chercher un lan­gage qui ne se lim­ite pas à la pri­mar­ité ni aux lieux com­muns les plus évi­dents d’une pro­pa­gande quel­conque. Le théâtre devrait se (re) con­stru­ire sur des bases con­sis­tantes et inno­va­tri­ces, en accord avec une époque de change­ment poli­tique. Seule façon de se ren­dre digne d’une révo­lu­tion cher­chant à bal­ay­er l’obscurantisme et la stag­na­tion qui, à cause de la cen­sure, s’é­taient par­ti­c­ulière­ment fait sen­tir dans Le champ théâ­tral. Ne pas sépar­er forme et con­tenu fut donc, depuis le départ, le point cen­tral du tra­vail de la com­pag­nie, ce qui (à une époque où le milieu théâ­tral por­tu­gais ne bril­lait pas par son dis­cerne­ment en matière artis­tique) lui a valu d’inévitables accu­sa­tions de for­mal­isme.

SOUDAIN L'ÉTÉ DERNIER, de Tennessee Williams. Mise en scène de Carlos Fernando.
SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER, de Ten­nessee Williams. Mise en scène de Car­los Fer­nan­do.

Le pre­mier spec­ta­cle, MARIANA PINEDA de FE. G. Lor­ca et le sec­ond, déjà en 1976, Os AMANTES PUERIS de F. Crom­me­lynck, mis en scène respec­tive­ment par la poétesse et dra­maturge Fia­ma Has­se Pais Brandão et par moi-même, ont ouverte­ment assumé cette ten­ta­tive de réno­va­tion des formes théâ­trales, en con­férant une égale atten­tion aux divers élé­ments du spec­ta­cle (texte, tra­vail des acteurs, espace scénique, etc. ), ce qui a provo­qué l’irritation de ceux pour qui, dans un con­texte poli­tique, le théâtre devrait exclu­sive­ment ou surtout fonc­tion­ner comme un véhicule idéologique.

LA VOIX HUMAINE, de Jean Cocteau. Mise en scène de Rogério de Carvalho. Photo Duarte Belo.
LA VOIX HUMAINE, de Jean Cocteau. Mise en scène de Rogério de Car­val­ho. Pho­to Duarte Belo.

En 1977, le Grupo Teatro Hoje obtient un espace pro­pre, le Teatro da Graça où est encore aujourd’hui situé son siège. C’est égale­ment à par­tir de cette année que Car­los Fer­nan­do (qui avait été l’un des fon­da­teurs de la com­pag­nie et s’y était affir­mé comme acteur et prin­ci­pal dynamisa­teur) dirige la plu­part des spec­ta­cles réal­isés et donne au réper­toire et au style de tra­vail des car­ac­téris­tiques qui, tout en respec­tant la ligne artis­tique tracée ini­tiale­ment, déter­mi­nent une nou­velle phase dans le vie du Groupe. Si, durant cette péri­ode, on peut sig­naler la présen­ta­tion de pièces comme par exem­ple LA LOCANDIERA de Goldoni (le pre­mier spec­ta­cle dirigé par Car­los Fer­nan­do) et MADEMOISELLE JULIE de Strind­berg, l’at­ten­tion de la com­pag­nie est prin­ci­pale­ment cen­trée sur des textes à car­ac­tère anti-estab­lish­ment (des dra­maturges anglais Joe Orton, David Hare, Edward Bond…) ou d’autres par­lant d’un monde mar­gin­al peu­plé d’êtres dés­espérés vivant au bord de l’abîme, tant du point de vue men­tal que social, comme cela se pro­duit dans le théâtre de Ten­nessee Williams. Par­al­lèle­ment, d’autres auteurs à com­posante poli­tique plus vis­i­ble ont été mis en scène, ain­si R. W. Fass­binder (LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT) et Edward Bond (ÉTÉ).
L’im­por­tance attribuée aux textes, dès le départ, con­duira au développe­ment de cer­tains auteurs au moyen de cycles de leurs pièces. C’est ce qui s’est pro­duit avec Joe Orton et Ten­nessee Williams dont on a présen­té un ensem­ble de trois spec­ta­cles qui ont en par­tie occupé la pro­gram­ma­tion du Grupo Teatro Hoje durant la par­tie cen­trale des années 80.
Ont été présen­tées les pièces LE GIGOLO DANS L’ESCALIER, COMÉDIE D’HORREURS (LOOT) et BIENVENUE, MONSIEUR SLOANE de Joe Orton ain­si que LE PAYS DU DRAGON (ensem­ble de six petites pièces) et VIEUX CARRÉ de Ten­nessee Williams. Ces deux cycles ont solide­ment établi la col­lab­o­ra­tion entre le met­teur en scène Car­los Fer­nan­do et le scéno­graphe Dal­ton Salem Ass­eff1, qui ont créé un lan­gage théâ­tral à forte déf­i­ni­tion styl­is­tique que nous pour­rions très som­maire­ment décrire comme un réal­isme poé­tique, déli­cate­ment atten­tif au détail et trans­fig­u­ra­tive­ment fidèle au texte.

LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT, de R.W. Fassbinder. Mise en scène de Carlos Fernando.
LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT, de R.W. Fass­binder. Mise en scène de Car­los Fer­nan­do.

Dans la logique d’un développe­ment des auteurs et des dra­matur­gies, le Grupo Teatro Hoje a égale­ment con­sacré deux spec­ta­cles à Jean Cocteau, LA VOIX HUMAINE et LE FILS DE L’AIR (une suite de divers textes du poète français, où s’in­crus­taient les pièces en un acte AVANT LE PETIT DÉJEUNER de E. O’Neill et LE CHANT DU CYGKNE de A. Tchekhov). Il faut aus­si men­tion­ner une récente (1990) incur­sion dans le théâtre nord-améri­cain, avec les pièces QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOL ? de E. Albee et TERMINAL BAR du jeune dra­maturge Paul Selig, pièces analysant crû­ment cer­taines strates de la société améri­caine et dont la sec­onde est cen­trée sur la thé­ma­tique de la mar­gin­al­ité et de la soli­tude rad­i­cale, si chère à Ten­nessee Williams.

FAUST, FERNANDO, FRAGMENTS, de Fernando Pessoa. Mise en scène de Ricardo Pais. Photo Mário Cabrita Gil.
FAUST, FERNANDO, FRAGMENTS, de Fer­nan­do Pes­soa. Mise en scène de Ricar­do Pais. Pho­to Mário Cabri­ta Gil.

Pour la sai­son 91 – 92, le Grupo Teatro Hoje a prévu un nou­veau cycle, cette fois de théâtre russe, qui débutera prochaine­ment avec la présen­ta­tion de PÈRES ET FILS de Tour­gue­niev (adap­ta­tion théâ­trale du roman homonyme de Bri­an Friel) ; suiv­ront LA MOUETTE de Tchekhov, VASSA GELEZNOVA de M. Gor­ki et ÉTOILES DANS UN CIEL MATINAL du con­tem­po­rain À. Galin.
Il faut not­er que lorsque le Grupo Teatro Hoje réin­tro­duit Tchekhov dans sa pro­gram­ma­tion, avec cette fois une de ses grandes pièces, il établit d’une cer­taine façon un pont dra­maturgique avec un auteur qui aura mar­qué défini­tive­ment son passé récent, Ten­nessee Williams dont la prédilec­tion pour l’auteur de LA MOUETTE ne peut qu’­ex­pli­quer les claires affinités exis­tant entre les deux dra­maturges. 

Grupo Teatro Hoje

  1. Scéno­graphe brésilien récem­ment dis­paru ↩︎
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Écrit par Gastão Cruz
Poète ; enseignant ; met­teur en scène ; fon­da­teur du Grupo Teatro Hoi­je.Plus d'info
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