Le visage et les jours
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Le visage et les jours

Le 19 Sep 1991
LES CHEVALIERS DE LA NUIT. Chorégraphie d’Olga Roriz. Scénographie de Nuno Carinhas.
LES CHEVALIERS DE LA NUIT. Chorégraphie d’Olga Roriz. Scénographie de Nuno Carinhas.
LES CHEVALIERS DE LA NUIT. Chorégraphie d’Olga Roriz. Scénographie de Nuno Carinhas.
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LE théâtre peut être le véhicule des magies du monde, un art supérieur de révéla­tion, un miroir infidèle du réel, et rien de ce que l’on pour­ra dire ne défini­ra pas son essence. Ce seront des approx­i­ma­tions. Il y a autant de vérités que de créa­teurs qui assu­ment l’authenticité de la vie théâ­trale. Le théâtre pos­sède une res­pi­ra­tion générale­ment con­sid­érée comme phénomène vital pour com­pren­dre, par exem­ple, l’u­til­ité d’une oeu­vre. C’est que la créa­tion d’une oeu­vre théâ­trale — et je dois ici affirmer l’horizontalité qui pré­side à cette idée de créa­tion, étant moi-même dra­maturge dans un groupe de créa­teurs -, doit répon­dre à cet appel loin­tain de l’être qui n’est rien d’autre que l’af­fir­ma­tion des désirs et des néces­sités de l’homme dans le monde, sa révéla­tion ; et, en même temps, elle doit don­ner à com­pren­dre ce que la voix intime de l’ac­teur apporte en scène, ce lieu qui devra tou­jours être vrai bien qu’il fasse illu­sion. C’est la beauté pro­pre au théâtre, le fonde­ment de sa poé­tique et sa res­pi­ra­tion. 

L’ac­teur et le texte, ensuite le paysage.
Que m’est-il don­né dans l’acte théâ­tral ? Des magies.

C’est à l’auteur du texte dra­ma­tique de pré­fig­ur­er une . sit­u­a­tion con­di­tion­nelle, exem­plaire et mythique, et de savoir que le coeur de l’ac­teur est le lieu par excel­lence où le verbe assume tout sa dynamique d’or­dre et de chaos. Qu’un auteur de texte puisse se con­fron­ter quo­ti­di­en­nement à cette main­mise de l’ac­teur sur le verbe est égale­ment une respon­s­abil­ité, un choix de méti­er. Rares sont les écrivains de théâtre qui vivent quo­ti­di­en­nement les instants éphémères de la vie des acteurs et de leurs per­son­nages. Mais il importe de savoir que le sens de la mesure et de la rigueur sera sans doute don­né en pro­por­tion à ceux qui auront eu la chance de vivre en accord avec la res­pi­ra­tion théâ­trale.
Ensuite, il y a le tal­ent et les mille façons d’affronter la page. Mais, et c’est là une évi­dence, tout dépend d’un choix intime. Il y aura des récom­pens­es et des richess­es dans ce choix, comme il y a des vices et des ver­tus au coeur du théâtre.
Un jour, alors que je pour­suiv­ais des études uni­ver­si­taires qui auraient pu m’ou­vrir une des­tinée de fonc­tion­naire en philoso­phie, je ren­con­trai Joäo Mota, met­teur en scène d’A Comu­na, à qui j’avais offert un texte exta­tique pour le théâtre dont le titre était LOUANGE DU JOUR. Joäo Mota m’in­vi­ta à col­la­bor­er avec le groupe. J’avais alors 23 ans. J’en viens à penser aujourd’hui qu’il y avait dans cette ren­con­tre quelque chose d’indicible qui me respon­s­abil­i­sait et m’im­pli­quait dans le théâtre. Et puisque me voici en pleine con­fes­sion, je dois dire que j’ai éprou­vé de l’orgueil d’avoir pu tra­vailler avec À Comu­na. J’ai con­tin­ué la poésie et l’écri­t­ure théâ­trale car en fait d’in­spi­ra­tion, c’est en tra­vail­lant tous les jours que l’on s’y retrou­ve, que le vis­age et les jours s’imprègnent d’une atmo­sphère induite par les acteurs. J’ai appris peu à peu, comme aujourd’hui. Et tel le forg­eron à sa forge, j’ai com­pris l’u­til­ité et la beauté d’appartenir au théâtre au lieu d’être fonc­tion­naire, comme j’au­rais pu l’être en philosophie…Certains jours je me suis pro­posé comme acteur et cela m’ar­rive encore par­fois. Je sais que ce n’est pas ma place, non que mon écri­t­ure soit déjà fructueuse, mais parce que c’est ce dont j’ai envie ou que le théâtre me le demande. Et dans une sai­son prochaine, je sais qu’il y aura de bons fruits. Alors, je con­tin­ue mon chemin, cer­tains jours j’écris, d’autres je lève le rideau, je mets de l’ordre et j’é­claire la scène. Les plus incré­d­ules diront avec ironie : « l’amour du théâtre ». Oui, celui-là et l’autre.
D’’Aristote, je retiens une phrase dans son Ethique à Nico­maque : « Il ne faut donc pas écouter ceux qui con­seil­lent à l’homme de lim­iter sa pen­sée aux choses humaines, parce qu’il est homme et aux choses mortelles parce qu’il est mor­tel. L’homme doit, dans la mesure du pos­si­ble, s’im­mor­talis­er et tout faire pour vivre ce qu’il y a de plus noble en lui ».
Et main­tenant, que les mots respirent en silence.

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Écrit par Abel Neves
Auteur de théâtre, dra­maturge, acteur attaché à À Comu­na.Plus d'info
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