Notes sur la musique de théâtre et de danse
JE prétends avec ces notes présenter quelques courtes réflexions strictement personnelles sur la musique composée pour Le théâtre et la danse. La relation entre la musique et la scène, la parole et le mouvement, est une question qui me semble intéressante surtout pouf ce que cette relation a de non linéaire, de problématique ou de sujet à discussion.
Nous vivons dans une époque et une culture où la musique est omniprésente. De façon incontrôlable et parfois insoutenable, elle envahit le quotidien dans les situations les plus diverses : au téléphone, dans les transports en commun, au Cinéma, à la télévision et à la radio (dans les indicatifs, génériques, spots publicitaires..), dans les lieux publics (restaurants, bars, ascenseurs, terrasses, aéroports, gares, boutiques, supermarchés, galeries d’art, hôtels, salles d’attente, musées…), dans la rue, dans la propagande, dans les rituels religieux et civils, etc.
Prenant en compte cette présence dominatrice de la musique dans le quotidien (avec une attention particulière à la forte influence du cinéma dans le conditionnement des spectateurs en ce qui concerne le rapport entre l’image, l’action et la musique) il n’y aurait rien d’étrange ou de problématique dans l’association de la musique au théâtre et, de façon plus évidente, à la danse. Disons que le rôle ambiant de la musique est si normal, si courant, si taken for granted qu’il n’y a pas lieu de s’interroger sur sa présence. La musique d’ambiance apparaît comme un élément apaisant d’une certaine peur du vide, d’une certaine horreur du silence, et propose ainsi une sorte de rapport apparemment plus confortable entre les situations et les espaces.
Or, dans ce sens, la perception de la musique est semblable à la perception du bruit ambiant, omniprésent dans les cultures urbaines, qui atteint en permanence les habitants des grandes villes et que ces derniers acceptent naturellement comme une part intégrante de leur vie. La présence du bruit est tellement enveloppante et annihilante qu’elle amortit la capacité de perception, l’homme finissant par neutraliser sa dimension d’élément agresseur. Avec, pour effet, une agression, une anomalie, un facteur de silence et d’angoisse en cas d’absence de bruit.
Dans la mesure où le bruit, même en quantité nocive, mentalement et physiologiquement, se trouve indissociablement lié au fonctionnement quotidien des choses, au cours normal de la vie, son absence serait un indice de paralysie, de mort et de vide.
Ce qui est curieux ici, c’est la façon dont la musique et les bruits se confondent dans les situations quotidiennes, contribuant indistinctement à tisser le fond sonore indifférencié qui caractérise la vie et le fonctionnement des grands centres urbains. Cela m’amène à poser une question fondamentale : qu’est-ce qui se passe avec la musique dans le théâtre et la danse contemporains ? Comment est-ce que la musique fonctionne ou doit fonctionner ?La musique est-elle aussi un bruit de fond, support sonore neutre, non intervenant qui se limite à remplir le vide effrayant qui enveloppe potentiellement la parole et le mouvement ?
La musique de scène doit-elle être une espèce de tapis sonore destiné à amortir la violence du silence ou à couvrir l’éventuelle fragilité du discours et des gestes scéniques proposés ?Est-ce que son rôle est de faciliter le travail de la mise en scène, de la dramaturgie ou de la chorégraphie, co-agissant et limitant l’activité perceptive d’un public préconditionné à une exposition sonore médiatique continue et massive ? Du point de vue de mon travail, je pense qu’une réponse affirmative à cette question ne peut donner qu’une vision appauvrie, réductrice et primaire de l’univers scénique de la création artistique.

