Parfois les mots font immédiatement image. Ils flambent alors d’une positivité qui jette sur le réel un peu d’intelligible.
Mais il arrive aussi que, l’embrasement des notions passé, l’effet de lumière s’achève dans une presque pénombre : on croyait voir de quoi il retourne et on ne voit plus grand chose.
Ainsi en va-t-il, ce me semble, de l’opposition du vivant et de l’artificiel. Il flotte sur elle comme une senteur d’évidence, de prime abord rassurante, qu’un peu de recul, cependant, dissipe sans peine.
Si on identifie « le vivant » au théâtre et « l’artificiel » aux images mécanisées (mais ce n’est là qu’un terrain parmi d’autres où donner figure aux mots, l’exposition du Festival d’Avignon laissant pour sa part le regard et l’imagination vagabonder vers des horizons plus diversifiés) la problématique paraît assez simple. Elle interroge la place matérielle et symbolique du théâtre, cet art de l’ici et maintenant, dans une société en voie de médiation généralisée. Mais si l’on s’avise que le théâtre est peut-être le lieu de l’artificiel par excellence face à une production d’images mécanisées qui poursuit désespérément l’illusion de la vie dans un naturalisme médiocre, on comprend sans peine que la simplicité de l’opposition est toute d’apparence.
On dira donc, en guise de point de départ, que du vivant et de l’artificiel traversent le théâtre sans que jamais celui-ci ne soit réductible à une seule des deux notions. Selon que l’on se situe sur le terrain économique, sociologique ou esthétique, la manière dont la traversée s’opère diffère profondément et cette différence amène avec elle le cortège de ses questions spécifiques.
La présente livraison d’Alternatives théâtrales veut en épingler quelques-unes. Elle propose en conséquence :
-quelques textes issus d’une récente rencontre de l’ATAC (janvier 1984) où l’on cherchait à mieux approcher la légitimité du théâtre dans la société que l’on sait. Aujourd’hui que l’image mécanisée jouit d’une audience chaque jour plus massive et où ses producteurs parlent haut, il importait de ramener avec quelque insistance l’actualité du théâtre.
-les contributions de certains groupes invités à présenter des spectacles au Festival. Ils situent leur démarche dans la perspective du thème proposé, soit qu’ils prennent l’artificiel et le vivant pour deux univers différents et qu’ils en explorent les zones d’intersection, soit qu’ils s’attachent à repérer le jeu dialectique des deux notions à l’intérieur de la pratique du théâtre.
-certains éléments de réflexion sur le rapport du théâtre aux images à partir du travail de créateurs qui ont l’expérience des médias vivants et mécanisés
-enfin, une série de photographies de John Vink, où l’artificiel et le vivant se trouvent mis en jeu dans le sujet traité, dans la composition de l’image ou encore dans le rapport de l’objet représenté au regard qui le fixe.

