Flagrant délit de décalage
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Flagrant délit de décalage

Le 28 Oct 2003
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PENDANT des siè­cles, la mar­i­on­nette a dan­sé. Pour extraire les hommes du quo­ti­di­en et les pré­par­er à l’im­pres­sion­nante écoute des dieux, lors des rit­uels religieux. Pour nar­guer le pou­voir et sur­mon­ter la mort le temps d’une représen­ta­tion, sur les places de vil­lages, les tréteaux de foire et les scènes des théâtres pop­u­laires. Pour dis­traire de la pesan­teur les « bien-nour­ris»…

Même si, enclose dans les castelets de mar­i­on­nettes à gaine, la danse des manip­u­la­teurs, invis­i­ble du pub­lic, choré­gra­phie tou­jours sur une par­ti­tion par­al­lèle cha­cun de leurs gestes, le lien étroit entre les fonc­tions cul­turelles de la mar­i­on­nette et celles de la danse s’est peu à peu dis­ten­du en Occi­dent avec la moder­nité, lorsque les con­tenus dra­maturgiques des spec­ta­cles de mar­i­on­nettes ont été enrichis et diver­si­fiés. Excep­tion faite, évidem­ment, des numéros de cabaret ou de cer­taines recherch­es d’a­vant-garde aux­quelles cette édi­tion fait large­ment référence. Tan­dis que, depuis une trentaine d’an­nées, de plus en plus de choré­graphes inter­ro­gent la mar­i­on­nette — et ses notions oblig­ées de corps arti­fi­ciel, de corps morcelé, de dou­ble, de matière en mou­ve­ment, d’ob­jet parte­naire -, rares sont les mar­i­on­net­tistes nota­bles qui ont inté­gré la danse à leur pro­pos : les Français Philippe Gen­ty ou Luc Amoros ; plus ponctuelle­ment l’Alle­mand Frank Söhlne, le Cata­lan Joan Baixas ou la Française Sylvie Bail­lon … La liste n’est pas exhaus­tive mais représen­ta­tive du faible élan man­i­festé par au moins deux généra­tions.

Qu’en est-il aujour­d’hui où l’en­tre­croise­ment des gen­res et la remise en cause pro­fonde des fron­tières de chaque ter­ri­toire sous-tend presque toute notion de représen­ta­tion ?

Les jeunes créa­teurs, nou­velle­ment for­més à la mar­i­on­nette dans les écoles d’art ou les uni­ver­sités, agis­sent dans un paysage con­sid­érable­ment élar­gi par la diver­sité des ren­con­tres artis­tiques et pro­fes­sion­nelles.

Leurs com­pé­tences d’in­ter­prètes ou de con­cep­teurs sont réclamées pour des pro­jets issus d’hori­zons var­iés : théâtre d’ac­teurs, cirque, danse, musique, vidéo … Mais c’est dans l’é­tat d’e­sprit que le change­ment — pré­paré par leurs aînés — est par­ti­c­ulière­ment probant. L’essen­tiel n’est plus le respect des codes étab­lis mais la néces­sité d’une expres­sion émise ici et main­tenant. Peu importe le nom de la langue employée puisqu’elle est inven­tée pour l’oc­ca­sion sans faire l’é­conomie de l’au­todéri­sion. Le corps glo­rieux est défunt, son dou­ble aus­si. Danse ou mar­i­on­nette, ce sont des pré­textes à une désta­bil­i­sa­tion exci­tante qui per­met aux artistes d’être là où on ne les attend pas.

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Écrit par Évelyne Lecucq
Évelyne Lecucq est jour­nal­iste et dirige Mû, pub­li­ca­tion consacrée à l’art de la mar­i­on­nette.Plus d'info
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