Rien de plus pur que le tombé d’un pli
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Rien de plus pur que le tombé d’un pli

Le 18 Juin 2010

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YANNIC MANCEL : Vous avez cos­tumé la qua­si total­ité des spec­ta­cles de Nicole Mossoux et Patrick Bon­té. Com­ment s’est faite la pre­mière ren­con­tre ?

Colette Huchard : J’ai d’abord con­nu Patrick en tant qu’as­sis­tant d’Alain Pop­u­laire avec lequel je tra­vail­lais et qui, je crois, a exer­cé une cer­taine influ­ence sur Patrick en ce sens qu’au départ met­teur en scène de théâtre, il s’est détaché pro­gres­sive­ment du texte.

Y. M. : Quelle fut la pre­mière col­lab­o­ra­tion avec Nicole et Patrick ?

C. H. : JUSTE CIEL, leur tout pre­mier spec­ta­cle.

Y. M. : Sur quelles options esthé­tiques vous êtes-vous accordés ?

C. H. : JUSTE CIEL était inter­prété en solo par Nicole et ce pre­mier cos­tume a été déter­mi­nant pour toute notre col­lab­o­ra­tion à venir. Il s’agis­sait de par­tir de Sainte Thérèse de Lisieux, et de con­cili­er à la fois l’ap­parence de l’u­ni­forme religieux et l’in­téri­or­ité mys­tique. Il fal­lait tout à la fois évo­quer la claus­tra­tion et tous les fan­tasmes que cette claus­tra­tion peut révéler et faire débor­der.
J’ai donc tout de suite pen­sé à un cos­tume trans­formable, en fonc­tion des étapes et des états aux­quels le par­cours du per­son­nage con­vo­quait Nicole. On devait ain­si pass­er en plusieurs sta­tions de l’austérité du corps dis­simulé à la révéla­tion du corps dévoilé, de l’en­fer­me­ment à la libéra­tion, de l’é­tat de con­trainte imposé à la jeune nonne à l’ex­plo­sion du plaisir et de l’ex­tase, c’est-à-dire à ce moment où se con­fondent le désir mys­tique et le désir éro­tique.

Y. M. : Après cette pre­mière aven­ture qu’on imag­ine très intense, quels furent par la suite les spec­ta­cles les plus mar­quants ?

C. H. : Je dirais peut-être LES CORPS MAGNÉTIQUES, le dernier spec­ta­cle de Patrick, prob­a­ble­ment parce que j’ai essayé, après avoir défi­ni avec Nicole et Patrick une
esthé­tique et un vocab­u­laire com­muns, de cass­er quelque chose de ce qui prob­a­ble­ment était devenu trop lisse.
J’ai pour la pre­mière fois ten­té quelques dis­tor­sions en ter­mes de formes et de matières par rap­port à l’esthé­tique très soignée, voire un peu glacée — au sens où on par­le de papi­er glacé — sur laque­lle jusqu’à ce jour nous nous étions accordés.

Y. M. : Quand vous évo­quez ensem­ble le corps et le mou­ve­ment, quelles con­traintes vous fix­ez-vous ?

C. H. : Ce que j’ap­pré­cie beau­coup dans le tra­vail avec eux, c’est que les entre­tiens préal­ables sont tou­jours très imagés. Par la suite, nous échangeons autour de ce que j’ap­pelle des « maque­ttes en live » : au fur et à mesure des répéti­tions, j’ap­porte des propo­si­tions con­crètes sous forme de vête­ments, de tis­sus, d’ac­ces­soires qui devien­dront cos­tumes ou pas — nul ne le sait encore — mais qui con­tribuent à l’af­fi­nage du pro­jet.


Y. M. : Vous ne dessinez donc pas ?

C. H. : Si, je des­sine un peu, mais surtout pour moi, pour faire avancer et met­tre en place le pro­jet dans ma tête — des formes, des vol­umes, des couleurs -, mais dans ma rela­tion aux artistes et à un pro­jet pré­cis, je préfère apporter des élé­ments con­crets et faire immé­di­ate­ment des essais au plateau. Lorsqu’avec Nicole et Patrick je suis invitée à inter­venir, ils ont déjà com­mencé à tra­vailler en amont avec les inter­prètes, ils ont déjà engagé les bases d’une recherche et ils ont déjà véri­fié la per­ti­nence du thème, de la dra­maturgie, de la gestuelle du pro­jet.
Je regrette par­fois de ne pas être asso­ciée au pro­jet plus tôt, mais c’est toute la dif­férence
entre le théâtre et la danse. Au théâtre, on a un texte sur lequel tout le monde peut se met­tre d’ac­cord en amont. En danse, on part de rien. Tout s’in­vente sur le plateau. Il me faut donc atten­dre un min­i­mum d’élab­o­ra­tion pour qu’à mon tour je puisse trou­ver ma place dans l’aven­ture.

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Entretien
Théâtre
Entretien
Compagnie MossouxBonté
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Écrit par Yannic Mancel
Après l’avoir été au Théâtre Nation­al de Stras­bourg puis au Théâtre Nation­al de Bel­gique, Yan­nic Man­cel est depuis...Plus d'info
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Par Pascal Crochet
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