Els comediants, le possible utopique
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Els comediants, le possible utopique

Le 21 Fév 2026
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His­toire de la troupe et vie
col­lec­tive

Els come­di­ants s’est con­sti­tué en 1971 : leur con­cep­tion du théâtre a impliqué dès le départ la néces­sité d’une vie en col­lec­tiv­ité. 11 fal­lait, dans le cadre de l’Es­pagne fran­quiste, ren­forcer la cohé­sion et affirmer une pra­tique théâ­trale nou­velle, en marge du théâtre tra­di­tion­nel en Cat­a­logne. Le pre­mier spec­ta­cle présen­té au pub­lic en 1971, Non plus plise mar­quait déjà une nou­veauté formelle : c’é­tait la pre­mière ten­ta­tive de théâtre en rond. Le groupe voulait faire sa pro­pre his­toire en plongeant dans les croy­ances pop­u­laires cata­lanes, util­isant de manière entière­ment neuve les mythes religieux et païens, les tra­di­tions les plus courantes du peu­plée cata­lan. Par­tic­i­pant aux fêtes pop­u­laires dans les vil­lages, la Com­pag­nie entraï­nait la pop­u­la­tion dans l’af­fir­ma­tion de sa réal­ité en récupérant usage tra­di­tion­nel des feux, des masques, des mar­i­on­nettes géantes. Prévu pour une salle de Barcelone, Non plus plise est en même temps le pre­mier con­tact des Come­di­ants avec la rue. Pour une ques­tion d’ho­raire, le bal qui ter­mi­nait le spec­ta­cle a dû se dérouler dehors. La rup­ture avec le théâtre tra­di­tion­nel se fait alors de manière défini­tive ; les Come­di­ants décou­vrent le théâtre de rue : ils ne vont plus jamais l’abandonner en créant doré­na­vant des spec­ta­cle poly­va­lents. Plou I fa sol est le pre­mier spec­ta­cle créé entière­ment pour la rue. Au début, les acteurs n’o­saient sor­tir que timide­ment, à la fin du spec­ta­cle, mais les Comé­di­ants se ren­dent vite compte que c’est dans la rue qu’ils pren­nent le plus de plaisir et qu’ils trou­vent un nou­veau lan­gage. IIS con­for­tent leur style théâ­tral en ajoutant la musique qui prend une place énorme dans les spec­ta­cles.

Après Bergame, où ils ent­hou­si­as­ment Euge­nio Bar­ba, ils sont appelés dans toute l’Eu­rope : ils col­la­borent très active­ment à la bien­nale de Venise avant d’être recon­nus au fes­ti­val d’Av­i­gnon 83, dont ils organ­isent le final.
Les Come­di­ants sont instal­lés à Canet De Mar, à 40 km de Barcelone, dans une immense et superbe pro­priété, la vil­la « Soledad », acquise pour une bouchée de pain à une vieille dame qui préférait le théâtre de rue aux réformes archi­tec­turales des pro­mo­teurs immo­biliers. Leurs Spec­ta­cles sont pro­duits entière­ment par eux-mêmes ‑des cos­tumes aux éclairages, en pas­sant par les masques, les décors, etc.- Une cer­taine forme de spé­cial­i­sa­tion s’est instal­lée dans le col­lec­tif, encore que la poly­va­lence des fonc­tions demeure une car­ac­téris­tique du groupe. 

Créa­tion et poly­va­lence 

Les Come­di­ants sont actuelle­ment vingt-deux : dix acteurs, qua­tre musi­ciens, trois tech­ni­ciens, trois admin­is­trat­ifs et deux cuisiniers inten­dants. Ces sépa­ra­tions sont arti­fi­cielles dans la mésure où l8s comé­di­ens jouent de divers instru­ments et où les musi­ciens « font l’ac­teur », où la tech­nique est sur scène et la scène dans la salle. Les mem­bres du col­lec­tif vien­nent dé tous les milieux et de tous les hori­zons. Entrés pour faire du théâtre, ou parce qu’ils étaient amoureux d’un des mem­bres du groupe ou parce qu’ils se sont liés d’ami­tié avec un autre ou encore parce qu’ils se sont intéressés aux rap­ports théâtre/ musique, les Come­di­ants ont en com­mun l’amour du théâtre, de la musique et le désir de le faire partager au pub­lic. Tout cela fait que le groupe « dure » depuis près de 13 ans mal­gré des crises, des ten­sions, par­fois col­lec­tives, par­fois indi­vidu­elles.

Ce con­flit, les mem­bres du groupe le trou­vent nor­mal, naturel, humain. C’est un des élé­ments du quo­ti­di­en, du social, Ce n’est pas une chose plus impor­tante qu’une autre.

Une économie de con­fi­ance spon­tanée 

Pen­dant 10 ans, les recettes des spec­ta­cles con­sti­tu­aient les seules ressources finan­cières de la troupe : depuis 2 ans, 20 % des moyens sont con­sti­tués par des sub­sides offi­ciels de l’E­tat cen­tral et de la Cat­a­logne. Les Come­di­ants vivent une vie de château, ils ont cha­cun un lieu où ils peu­vent s’isol­er. IS ne perçoivent pas de salaire mais dis­posent d’un argent de poche (+ 7.000 francs belges par mois) qui sat­is­fait de petites envies par­ti­c­ulières, Il y a encore peu de temps, les mem­bres des Come­di­ants ne rece­vaient pas d’ar­gent de poche :la caisse était à la portée de tous et cha­cun se ser­vait selon ses besoins du moment. Les choses ont dû chang­er avec l’in­ter­ven­tion des sub­sides offi­ciels dont les ser­vices intéressés récla­maient des jus­ti­fi­cat­ifs de dépens­es. Il a fal­lu pass­er à une men­su­al­i­sa­tion d’ar­gent de poche (qui varie selon les mois). L’ar­gent, finale­ment, a peu d’im­por­tance pour les Come­di­ants sauf au moment de leur créa­tion lorsqu’ils con­stru­isent leurs nou­veaux décors, leurs cos­tumes. rien ne compte plus alors que cela et l’ar­gent de poche dimin­ue sen­si­ble­ment pour par­venir à acheter le matériel. La col­lec­tiv­ité prend les besoins en charge y com­pris par­fois des besoins de pure con­som­ma­tion. Les deman­des, même quand elles impliquent des dif­férences ne con­stituent jamais un prob­lème. Un des principes explicites des Come­di­ants est : « situ es bien comme tu es, ce que l’autre pos­sède ne peut pas te déranger ».

Le théâtre des Come­di­ants 

Quand il se trou­ve devant (dans) un spec­ta­cle des Come­di­ants, le Spec­ta­teur se prend dans un grand jeu qui inter­pelle du début à la fin. Come­di­ants ne rejette pas à pro­pre­ment par­ler l’or­dre établi : il le trans­forme, le déforme au gré de sa Con­fronta­tion à la réal­ité. En faisant éclater et en mod­i­fi­ant l’espace Scénique, Come­di­ants fait éclater et mod­i­fie l’im­age de l’or­dre Social. C’est un moment de grande émo­tion, de com­plic­ité acteurs/ Spec­ta­teurs.
Le théâtre des Come­di­ants, c’est la fête, le Car­naval, un moment de prise de pou­voir à la lim­ite de l’art et de la vie. Le théâtre des Come­di­ants est un théâtre utopique.
Alter­na­tives théâ­trales :On a trou­vé très longtemps les notions de fête et de théâtre pop­u­laire dans les déc­la­ra­tions d’in­ten­tion de tous les théâtres. Cela fonc­tion­nait plus ou moins bien. Aujour­d’hui, chez les Come­di­ants, on décou­vre ces Options réal­isées. Com­ment peut-on expli­quer cela ?

Come­di­ants : Nous pen­sons que le théâtre pop­u­laire est un théâtre qui touche vrai­ment l’in­di­vidu, sa tête, ses pen­sées, ses sen­ti­ments, mais peut-être et surtout ses tripes.
Il faut que quelque chose en lui se mette à vibr­er, quelque chose d’in­térieur qui attaque le ven­tre puis qui monte a la tête pour créer la réflex­ion. Notre méth­ode de tra­vail est d’ailleurs intu­ition puis réflex­ion.
Chez nous, pour nous adress­er aux gens dans les Salles où dans la rue, nous employons tou­jours des élé­ments pop­u­laires encore vivants que l’on peut encore retrou­ver dans des fêtes de vil­lage — les masques et les gross­es têtes par exem­ple. Nous nous efforçons aus­si de nous inspir­er des idées et des impres­sions que nous avons reçues, dans notre enfance, de nos pères et grands-pères. Il était par exem­ple logique et cohérent que nous retrou­vions le soleil omm­niprésent dans la tra­di­tion Cata­lane, dans nos Spec­ta­cles, mais quand nous ” avons Com­mencé à voy­ager, nous nous sommes aperçus que le fond de cette tra­di­tion était le même dans d’autres pays à cul­ture très dif­férente, Comme la Pologne et l’Is­lande.
Il faut dire aus­si que jamais nous ne nous sommes réu­nis et Con­certés pour nous deman­der com­ment faire du théâtre pop­u­laire ou la fête : c’est venu comme ça !
A T. : Juste­ment, com­ment « fonc­tion­nez-vous » chez les Come­di­ants ?

C. : On ne sépare pas le tra­vail de la vie. Le fait que NOUS viv­ions ensem­ble, implique notre méth­ode de tra­vail — cha­cun de nous a une respon­s­abil­ité bien déter­minée, mais chaque étape de la créa­tion est dis­cutée en col­lec­tif (à 22). On dis­cute d’abord du thème du nou­veau Spec­ta­cle, on voit S’il est des­tiné par pri­or­ité à la rue ou à la scène, en Sachant qu’il pour­ra pass­er de lune à l’autre : on dis­cute alors libre­ment du thème — cette fois, il s’agit de l’homme- peut-être essayons-nous d’analyser les raisons qui ont poussé à ce Choix, ensuite, nous com­mençons les Impro­vi­sa­tions sur des moments qui font référence au Spec­ta­cle, avec et sans masques.
Nou­velles réu­nions après trois mois pour faire le point, pour définir une ligne direc­trice très Sim­ple sur laque­lle on va de nou­veau iIm­pro­vis­er, avec les musi­ciens.
On con­stru­it alors le corps même du Spec­ta­cle, les Cos­tumes, les lumières et l’e­space scénique qui, pour NOUS, a une impor­tance Cap­i­tale.
On ajoute alors ces élé­ments à nos impro­vi­sa­tions : sou­vent NOUS util­isons ce que nous avons acheté il ya longtemps… sans savoir ! Pour finir, avant la « pre­mière », on con­stru­it les gros élé­ments et on tra­vaille avec le pub­lic : c’est cela qui donne la vraie dimen­sion au Spec­ta­cle.
Après 3 représen­ta­tions, on Com­mence déjà à mod­i­fi­er cer­taines choses en fonc­tion des réac­tions du pub­lic. Après 6 ou 7, le spec­ta­cle prend un tour­nant défini­tif, mais il a, en fait, besoin d’un an pour être fixé.

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Écrit par Michel Tanner
Michel Tan­ner est met­teur en scène et directeur du Cen­tre Dra­ma­tique Hain­uy­er. Il a mis en scène le...Plus d'info
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