Histoire de la troupe et vie
collective
Els comediants s’est constitué en 1971 : leur conception du théâtre a impliqué dès le départ la nécessité d’une vie en collectivité. 11 fallait, dans le cadre de l’Espagne franquiste, renforcer la cohésion et affirmer une pratique théâtrale nouvelle, en marge du théâtre traditionnel en Catalogne. Le premier spectacle présenté au public en 1971, Non plus plise marquait déjà une nouveauté formelle : c’était la première tentative de théâtre en rond. Le groupe voulait faire sa propre histoire en plongeant dans les croyances populaires catalanes, utilisant de manière entièrement neuve les mythes religieux et païens, les traditions les plus courantes du peuplée catalan. Participant aux fêtes populaires dans les villages, la Compagnie entraïnait la population dans l’affirmation de sa réalité en récupérant usage traditionnel des feux, des masques, des marionnettes géantes. Prévu pour une salle de Barcelone, Non plus plise est en même temps le premier contact des Comediants avec la rue. Pour une question d’horaire, le bal qui terminait le spectacle a dû se dérouler dehors. La rupture avec le théâtre traditionnel se fait alors de manière définitive ; les Comediants découvrent le théâtre de rue : ils ne vont plus jamais l’abandonner en créant dorénavant des spectacle polyvalents. Plou I fa sol est le premier spectacle créé entièrement pour la rue. Au début, les acteurs n’osaient sortir que timidement, à la fin du spectacle, mais les Comédiants se rendent vite compte que c’est dans la rue qu’ils prennent le plus de plaisir et qu’ils trouvent un nouveau langage. IIS confortent leur style théâtral en ajoutant la musique qui prend une place énorme dans les spectacles.
Après Bergame, où ils enthousiasment Eugenio Barba, ils sont appelés dans toute l’Europe : ils collaborent très activement à la biennale de Venise avant d’être reconnus au festival d’Avignon 83, dont ils organisent le final.
Les Comediants sont installés à Canet De Mar, à 40 km de Barcelone, dans une immense et superbe propriété, la villa « Soledad », acquise pour une bouchée de pain à une vieille dame qui préférait le théâtre de rue aux réformes architecturales des promoteurs immobiliers. Leurs Spectacles sont produits entièrement par eux-mêmes ‑des costumes aux éclairages, en passant par les masques, les décors, etc.- Une certaine forme de spécialisation s’est installée dans le collectif, encore que la polyvalence des fonctions demeure une caractéristique du groupe.
Création et polyvalence
Les Comediants sont actuellement vingt-deux : dix acteurs, quatre musiciens, trois techniciens, trois administratifs et deux cuisiniers intendants. Ces séparations sont artificielles dans la mésure où l8s comédiens jouent de divers instruments et où les musiciens « font l’acteur », où la technique est sur scène et la scène dans la salle. Les membres du collectif viennent dé tous les milieux et de tous les horizons. Entrés pour faire du théâtre, ou parce qu’ils étaient amoureux d’un des membres du groupe ou parce qu’ils se sont liés d’amitié avec un autre ou encore parce qu’ils se sont intéressés aux rapports théâtre/ musique, les Comediants ont en commun l’amour du théâtre, de la musique et le désir de le faire partager au public. Tout cela fait que le groupe « dure » depuis près de 13 ans malgré des crises, des tensions, parfois collectives, parfois individuelles.
Ce conflit, les membres du groupe le trouvent normal, naturel, humain. C’est un des éléments du quotidien, du social, Ce n’est pas une chose plus importante qu’une autre.
Une économie de confiance spontanée
Pendant 10 ans, les recettes des spectacles constituaient les seules ressources financières de la troupe : depuis 2 ans, 20 % des moyens sont constitués par des subsides officiels de l’Etat central et de la Catalogne. Les Comediants vivent une vie de château, ils ont chacun un lieu où ils peuvent s’isoler. IS ne perçoivent pas de salaire mais disposent d’un argent de poche (+ 7.000 francs belges par mois) qui satisfait de petites envies particulières, Il y a encore peu de temps, les membres des Comediants ne recevaient pas d’argent de poche :la caisse était à la portée de tous et chacun se servait selon ses besoins du moment. Les choses ont dû changer avec l’intervention des subsides officiels dont les services intéressés réclamaient des justificatifs de dépenses. Il a fallu passer à une mensualisation d’argent de poche (qui varie selon les mois). L’argent, finalement, a peu d’importance pour les Comediants sauf au moment de leur création lorsqu’ils construisent leurs nouveaux décors, leurs costumes. rien ne compte plus alors que cela et l’argent de poche diminue sensiblement pour parvenir à acheter le matériel. La collectivité prend les besoins en charge y compris parfois des besoins de pure consommation. Les demandes, même quand elles impliquent des différences ne constituent jamais un problème. Un des principes explicites des Comediants est : « situ es bien comme tu es, ce que l’autre possède ne peut pas te déranger ».
Le théâtre des Comediants
Quand il se trouve devant (dans) un spectacle des Comediants, le Spectateur se prend dans un grand jeu qui interpelle du début à la fin. Comediants ne rejette pas à proprement parler l’ordre établi : il le transforme, le déforme au gré de sa Confrontation à la réalité. En faisant éclater et en modifiant l’espace Scénique, Comediants fait éclater et modifie l’image de l’ordre Social. C’est un moment de grande émotion, de complicité acteurs/ Spectateurs.
Le théâtre des Comediants, c’est la fête, le Carnaval, un moment de prise de pouvoir à la limite de l’art et de la vie. Le théâtre des Comediants est un théâtre utopique.
Alternatives théâtrales :On a trouvé très longtemps les notions de fête et de théâtre populaire dans les déclarations d’intention de tous les théâtres. Cela fonctionnait plus ou moins bien. Aujourd’hui, chez les Comediants, on découvre ces Options réalisées. Comment peut-on expliquer cela ?
Comediants : Nous pensons que le théâtre populaire est un théâtre qui touche vraiment l’individu, sa tête, ses pensées, ses sentiments, mais peut-être et surtout ses tripes.
Il faut que quelque chose en lui se mette à vibrer, quelque chose d’intérieur qui attaque le ventre puis qui monte a la tête pour créer la réflexion. Notre méthode de travail est d’ailleurs intuition puis réflexion.
Chez nous, pour nous adresser aux gens dans les Salles où dans la rue, nous employons toujours des éléments populaires encore vivants que l’on peut encore retrouver dans des fêtes de village — les masques et les grosses têtes par exemple. Nous nous efforçons aussi de nous inspirer des idées et des impressions que nous avons reçues, dans notre enfance, de nos pères et grands-pères. Il était par exemple logique et cohérent que nous retrouvions le soleil ommniprésent dans la tradition Catalane, dans nos Spectacles, mais quand nous ” avons Commencé à voyager, nous nous sommes aperçus que le fond de cette tradition était le même dans d’autres pays à culture très différente, Comme la Pologne et l’Islande.
Il faut dire aussi que jamais nous ne nous sommes réunis et Concertés pour nous demander comment faire du théâtre populaire ou la fête : c’est venu comme ça !
A T. : Justement, comment « fonctionnez-vous » chez les Comediants ?
C. : On ne sépare pas le travail de la vie. Le fait que NOUS vivions ensemble, implique notre méthode de travail — chacun de nous a une responsabilité bien déterminée, mais chaque étape de la création est discutée en collectif (à 22). On discute d’abord du thème du nouveau Spectacle, on voit S’il est destiné par priorité à la rue ou à la scène, en Sachant qu’il pourra passer de lune à l’autre : on discute alors librement du thème — cette fois, il s’agit de l’homme- peut-être essayons-nous d’analyser les raisons qui ont poussé à ce Choix, ensuite, nous commençons les Improvisations sur des moments qui font référence au Spectacle, avec et sans masques.
Nouvelles réunions après trois mois pour faire le point, pour définir une ligne directrice très Simple sur laquelle on va de nouveau iImproviser, avec les musiciens.
On construit alors le corps même du Spectacle, les Costumes, les lumières et l’espace scénique qui, pour NOUS, a une importance Capitale.
On ajoute alors ces éléments à nos improvisations : souvent NOUS utilisons ce que nous avons acheté il ya longtemps… sans savoir ! Pour finir, avant la « première », on construit les gros éléments et on travaille avec le public : c’est cela qui donne la vraie dimension au Spectacle.
Après 3 représentations, on Commence déjà à modifier certaines choses en fonction des réactions du public. Après 6 ou 7, le spectacle prend un tournant définitif, mais il a, en fait, besoin d’un an pour être fixé.