Le corps dénudé, exhibé sur le lieu scénique parle-t-il fortement le langage d’un être-là, lourd et insistant ? A‑t-il vraiment pour effet de confronter notre quiétude cultivée à la brutalité du naturel ? Ces corps dénudés que je vois raconteraient-ils un simple fait de première évidence que j’aurais quelque peine à saisir ? Ces bras, ces jambes, ces sexes, ces fesses, ces yeux, ces torses disent-ils : « Nous voilà sans fard, livrés tels quels, pâture pour votre voyeurisme, brûlure pour votre désir ? » Et pareil discours n’accroît-il pas son bien-fondé lorsqu’il se soutient de la proximité du corps montré et de regard voyeur là où nulle esthétique de limage n’allège le scandale ?
Le corps dénudé, exhibé sur le lieu scénique parle-t-il fortement le langage d’un être-là, lourd et insistant ? A‑t-il vraiment pour effet de confronter notre quiétude cultivée à la brutalité du naturel ? Ces corps dénudés que je vois raconteraient-ils un simple fait de première évidence que j’aurais quelque peine à saisir ? Ces bras, ces jambes, ces sexes, ces fesses, ces yeux, ces torses disent-ils : « Nous voilà sans fard, livrés tels quels, pâture pour votre voyeurisme, brûlure pour votre désir ? » Et pareil discours n’accroît-il pas son bien-fondé lorsqu’il se soutient de la proximité du corps montré et de regard voyeur là où nulle esthétique de limage n’allège le scandale ?
La nudité sied au Groupov — c’est de son dernier spectacle qu’il s’agira ici. Car de celle-ci, il ne tire aucun effet d’évidence et il n’attend aucun surcroît d’intérêt. Pas même un petit bénéfice équivoque ou une plus-value voyeuriste minable. À peine la griserie légère et fugace que donne toujours la provocation lorsqu’elle est assumée et sans hystérie. Si, par le corps dénudé, le Groupov capte et mon regard et mon désir, c’est pour ainsi dire calmement car de sa séduction, il fait un plaisir de théâtre d’abord.
L’impudeur de sa pratique est une arme du sens ‑et non des sens- une joie de l’écriture, une ruse du symbolique, tout sauf la fracassante irruption du vrai, du naturel, de authentique, du primitif, du tréfonds.
Passé le premier moment de stupeur que provoque toujours l’intrusion d’une réalité matérielle dans un espace obligatoirement voué aux langages, on reprend rapidement la mesure du dispositif théâtral : le corps dénudé se perçoit comme le vêtement du comédien ce soir-là à ce moment du spectacle. En abusant un peu du paradoxe, on dirait volontiers que ces comédiens, habillés comme vous et moi au début de la représentation, assis à nos côtés sur des chaises pareilles aux nôtres, lorsqu’ils se dressent et se positionnent dans l’aire de jeu, revêtent, en se déshabillant, leur non-costume de scène. Dans ce geste, ils énoncent théâtralement toute la contrainte Signifiante du costume au théâtre, le plaisir que l’on peut prendre à ruser avec elle, l’impossibilité néanmoins d’y échapper.