ÉTUDIER la scène portugaise du point de vue de l’alternative suppose l’existence d’un status quo auquel s’oppose une réalité différente.
Je crains cependant que les situations fort diverses du théâtre et de la danse au Portugal ne se satisfassent pas d’une définition simple et univoque des options alternatives dont il sera question ici.
Nous n’avons eu, ces dernières années, ni théâtre officiel ni théâtre commercial et la plupart des troupes se réclament de la tradition d’un théâtre indépendant sans même avoir à se poser comme alternative à l’insignifiant Théâtre National D. Maria à Lisbonne.
Cette indépendance proclamée est d’ailleurs fort relative, ces troupes dépendant davantage de l’aide de l’Etat que de leur public et devenant donc les otages de stratégies culturelles à court terme. Dans ces troupes, il faut donc voir tout le théâtre et comprendre que si elles cherchent une alternative, c’est plus dans leur quête d’un nouveau type d’insertion sociale que sur le plan formel.
À la danse manquaient, jusqu’à il y a un quart de siècle, des structures de référence, lesquelles se sont cristallisées par la suite dans le Ballet Gulbenkian et la Compagnie Nationale de Ballet. Le premier assura un espace à la création chorégraphique portugaise — reconnue comme telle par le public ; la seconde permet la présentation du répertoire traditionnel.

Une situation plus stable s’est donc dessinée au cours des années 80, ouvrant naturellement la porte à une ou, mieux, à des alternative (s). Lentement, les choses ont évolué dans ce sens sans pour autant que les valeurs plus traditionnelles ne soient mises en cause aux yeux du public. On sent l’ébauche d’un changement, mais celui-ci semble plus poussé par l’‘émulation provoquée par les expériences de la nouvelle danse européenne que par un désir ardent de renverser l’ordre établi. Pour que l’alternative-danse prenne toute sa dimension, il faudra que ces quelques chorégraphes récemment apparus trouvent un encadrement et qu’ensemble ils manifestent la volonté de constituer une première ligne proposant des options esthétiques audacieuses.
Les responsables d’Alternatives Théâtrales ont jugé évident d’associer le département ACARTE de la Fondation Calouste Gulbenkian (Lisbonne) à la production de ce numéro. Depuis 1984 en effet, l’ACARTE est le lieu privilégié des manifestations internationales se réclamant de l’alternative théâtrale ou chorégraphique aussi bien que le forum de discussion et de formation d’un public nouveau.
Il nous est donc agréable de vous présenter ces artistes portugais et Le fruit de leur efforts, tout en espérant que cette mise en avant sous les feux de la rampe européenne stimulera leur originalité et leur goût pour l’alternative.

