Scénographie — nouvelles tendances

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Le 17 Sep 1991
LA MISSION, de Heiner Müller. Teatro da Cornucópia. Scénographie de Cristina Reis. Photo Papel, produçées fotográficas.
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D'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives ThéâtralesD'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives Théâtrales
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Les créa­teurs pren­nent la parole

CET arti­cle tente de présen­ter quelques-uns des créa­teurs plas­tiques du théâtre por­tu­gais con­tem­po­rain à tra­vers leur pro­pre point de vue. Je me suis attachée à saisir leur créa­tionde l’in­térieur — par divers entre­tiens — sans don­ner d’ap­pré­ci­a­tion extérieure ou ana­ly­tique sur leurs styles et leurs méth­odes de tra­vail.
Ain­si — et ce mal­gré d’év­i­dentes dif­férences artis­tiques — s’est dégagé leur désir com­mun d’une inter­ven­tion et d’une par­tic­i­pa­tion plus grandes à la con­struc­tion des spec­ta­cles, visant à une inser­tion organique des propo­si­tions plas­tiques dans ce tout que con­stitue l’oeu­vre théâ­trale. Les scéno­graphes ont sou­vent souligné la néces­sité d’une com­plic­ité avec le met­teur en scène ain­si que leur volon­té d’obtenir les moyens suff­isants à une recherche per­ma­nente, pour éviter le sur-place tech­nique et artis­tique. 

Cristi­na Reis1
Un pro­jet d’én­ergie 

À mes débuts comme scéno­graphe et cos­tu­mière du Teatro da Cor­nucópia, alors que cette troupe démar­rait elle aus­si (avec Jorge Sil­va et Luis Miguel Cin­tra), la scéno­gra­phie con­sti­tu­ait une com­posante très impor­tante de la con­struc­tion visuelle du spec­ta­cle, même si cela tenait du mir­a­cle vu les moyens dont nous dis­po­sions. En seize ans, mon par­cours créatif s’est peu à peu éloigné de ce sens spec­tac­u­laire pour ten­dre vers des struc­tures plus sim­ples, qui enca­drent et ser­vent le jeu des acteurs. Ce qui m’émeut et m’in­téresse par-dessus tout, c’est le tra­vail des acteurs ; je ne tente jamais d’im­pos­er ma pro­pre vision du spec­ta­cle, extérieure à ce qu’ils sont en train de créer.
La Cor­nucópia est un corps vivant dont je fais par­tie. C’est grâce à cette rela­tion affec­tive très forte, à cet engage­ment total dans son fonc­tion­nement organique que j’ai conçu la scéno­gra­phie et les cos­tumes de presque tous les spec­ta­cles du groupe. J’ai la chance énorme de tra­vailler avec des gens que j’aime, dans une entente par­faite. D’abord, Luis Miguel Cin­tra et moi dis­cu­tons informelle­ment des pro­jets. Petit à petit, et de manière encore indis­tincte, appa­rais­sent les don­nées qui vont con­stituer le corps du spec­ta­cle. C’est par­al­lèle­ment aux pro­grès du tra­vail des acteurs et du met­teur en scène que la scéno­gra­phie s’a­chem­ine vers des solu­tions con­crètes. 

Sou­vent, je reprends des élé­ments scéno­graphiques de spec­ta­cles précé­dents. J’aime les revoir dif­férem­ment, dans d’autres cir­con­stances. Je pense qu’au théâtre, tout ne doit pas tou­jours être nou­veau. Le théâtre ne porte-t-il pas un regard tou­jours dif­férent sur quelques sujets éter­nels, comme la vie, la mort, les émo­tions ? 

Le théâtre n’est pas une machine. Il est fait d’én­ergie, d’ex­péri­ence et de quête. C’est l’ac­teur qui existe sur la scène. Le scéno­graphe lui peut délibéré­ment choisir de ne rien y met­tre. Je hais ces machiner­ies com­pliquées et coû­teuses, gra­tu­ites, tape à l’oeil, alors que les acteurs devraient rester l’élé­ment essen­tiel. Lors des répéti­tions, il y a des moment telle­ment intens­es que je regrette que per­son­ne ne les voie.Chaque pro­jet est nou­veau en soi, avec de nou­veaux défis, un savant mélange de plaisir et de mys­tère. J’e­spère que la Cor­nucépia con­tin­uera à utilis­er cette énergie brute, absolue, pour des pro­jets inat­ten­dus. J’aimerais que l’âge et l’ex­péri­ence nous aident à faire jail­lir ce qu’il y a de plus sauvage en nous pour rompre les sché­mas préétab­lis. 

José Manuel Cas­tan­heira2
Mar­ques du con­tem­po­rain 

LA CERISAIE, de Tchekhov. Novo Grupo. Scénographie de José Manuel Castanheira.
LA CERISAIE, de Tchekhov. Novo Grupo. Scéno­gra­phie de José Manuel Cas­tan­heira.

Dans un spec­ta­cle, les créa­teurs doivent tou­jours envis­ager les choses sous l’aspect du con­tem­po­rain en se dis­ant qu’à chaque moment, ils mar­quent leur époque. Cela sup­pose égale­ment de savoir ce qu’ils pensent du monde dans lequel ils vivent et com­ment ils s’in­scrivent dans ce monde.
Ce que je désire pour tra­vailler, ce sont des textes qui inter­ro­gent la vie, le verbe, le monde d’au­jour­d’hui, les choses fon­da­men­tales. Cela con­duit for­cé­ment à des sit­u­a­tions où l’ambiance créée par le scéno­graphe dia­logue avec les indi­ca­tions scéniques de l’auteur, provo­quant ain­si une ten­sion enrichissante pour Le pub­lic.
Je me sens attiré par les objets du quo­ti­di­en, surtout dégradés. J’ai une vision très intu­itive de la dégra­da­tion, d’une cer­taine crise de notre temps. Les portes, les déchirures sont autant de pos­si­bil­ités de fuite. Une ten­sion peut naître entre la ruine et le désir d’aller au-delà de cette ruine, par­fois même en l’accentuant. Déchir­er une feuille crée une frac­ture, une fente.
Avec l’âge, nos sou­venirs d’en­fance remon­tent à la mémoire, plus forts et plus présents : nos pre­mières notions d’échelle, de lib­erté, de bon­heur, notre peur ter­ri­fi­ante du noir. Dans PLATONOV, le couloir som­bre et toutes ces portes me sont apparus comme des élé­ments trans­posés de mes sou­venirs d’en­fant.
J’ai tou­jours con­sid­éré théâtre et archi­tec­ture comme des activ­ités simul­tanées. Il faudrait trou­ver les moyens de créer un ate­lier exclu­sive­ment réservé aux prob­lèmes liés au théâtre (la scéno­gra­phie, la pho­to, l’ar­chi­tec­ture scénique et toutes ses ram­i­fi­ca­tions). En ce qui con­cerne l’ar­chi­tec­ture scénique, je con­stitue en ce moment un inven­taire de l’équipement des théâtres por­tu­gais et des salles poten­tielles, ce qui se fait dans un plan d’action élar­gi impli­quant une étude démo­graphique et socio-cul­turelle du pays.
L’idée d’un théâtre-lab­o­ra­toire est née de mes col­lab­o­ra­tions avec le met­teur en scène Rogério de Car­val­ho. Cette idée implique la disponi­bil­ité — économique, mais aus­si intel­lectuelle — de plusieurs per­son­nes prêtes à s’in­ve­stir dans la créa­tion de struc­tures de base pour le spec­ta­cle. Pour ce qui est de la scéno­gra­phie, cela sup­poserait égale­ment la disponi­bil­ité d’e­spaces pour expéri­menter et dévelop­per divers­es struc­tures en évo­lu­tion con­stante. La recherche est indis­pens­able en matière de créa­tion théâ­trale, ce pour quoi il faut des moyens, un min­i­mum d’in­vestisse­ment. Le rôle du lab­o­ra­toire s’é­tend aus­si aux lumières, à l’aspect des couleurs, de leur effet sur l’ex­pres­sion des acteurs, de ce qui résulte du mariage de l’espace et des fig­ures humaines. Voilà ce que j’en­tends par proces­sus de recherche per­ma­nente

Nuno Car­in­has3
Une dra­maturgie de l’espace 

TREIZE GESTES D'UN CORPS. Ballet Gulbenkian.
Scénographie de Nuno Carinhas. Chorégraphie d’Olga Roriz.
TREIZE GESTES D’UN CORPS. Bal­let Gul­benkian.
Scéno­gra­phie de Nuno Car­in­has. Choré­gra­phie d’Olga Ror­iz.

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Écrit par Graça Corrêa
Graça Cor­rêa Jeune actrice et dra­maturge récem­ment diplômée de l’É­cole Supérieure de Théâtre et de Ciné­ma. Col­la­bore actuelle­ment...Plus d'info
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