ENTRE le premier spectacle d’A Comuna, PARA ONDE IS ? autour de textes de Gil Vincente (1973) et les réalisations de 1991, comme par exemple TERRA, pièce d’Abel Neves attaché au groupe comme auteur mais aussi comme acteur, il s’est opéré un travail théâtral empreint d’une grande cohérence, tant du point de vue idéologique qu’esthétique.
Cette cohérence est essentiellement due à la présence de João Mota, fondateur et directeur du groupe ; il a su donner aux créations d’A Comuna les marques d’un théâtre qui souhaite interpeller la société avec une esthétique où le corps domine le verbe.
L’évolution suivie par le groupe que dirige João Mota et dont Carlos Paulo, acteur et créateur de costumes, est un des précieux collaborateurs depuis la première heure, est celle d’un théâtre de création collective, vestige des expériences des années 60, qui aboutit à un théâtre où prédomine le texte institutionnalisé et dont les auteurs sont Peter Weiss, Brecht, Camus, Schwartz, Vitrac, Sophocle, Richard Demarcy, Neil Simon, Raymond Dutherque, ainsi que les auteurs classiques et contemporains portugais.
Cependant, le travail dramaturgique et la mise en scène s’intègrent dans la recherche d’une réalité théâtrale homogène : la corporalité de l’acteur, le rapport à l’espace scénique dont João Mota est en général l’auteur, la complicité avec le public sont les éléments les plus révélateurs de cette grande cohérence. Les spectacles d’A Comuna peuvent traverser des territoires dramaturgiques aussi différents que OEDIPE ROI de Sophocle, VICTOR OU LES ENFANTS AU POUVOIR de Roger Vitrac, HOMME POUR HOMME de Brecht, UN ÉTRANGER DANS LA MAISON de Richard Demarcy, TERRA d’Abel Neves ou de spectacles plus anciens avec des textes collectifs. Un regard, un signe, une spécificité en montrent les racines, et leur confèrent une communauté de sens.
Au-delà des inévitables accidents de parcours, il est toujours possible (comme pour tous les créateurs dignes de ce nom) de maintenir vivante la mémoire de la carrière d’A Comuna. De A CEIA, texte collectif et vision prophétique du 25 Avril, à À PÉCORA de Natália Correia (1990), je me suis toujours senti très proche du travail de ce groupe, et cela en dehors de tout jugement de valeur. Ce travail touche par ailleurs un autre champ de production, celui du Café théâtre, influencé en certains points par des procédés du théâtre de revue ancrés traditionnellement dans le théâtre portugais. Grâce à ces spectacles, où se sont révélés Carlos Paulo comme acteur de REVISTA et les possibilités d’expression de certains acteurs, le groupe a pu franchir des étapes difficiles dues au manque de subventions et approfondir ses rapports avec le public.
A Comuna est le groupe portugais ayant la plus grande capacité de production : au début de l’année, il a mis en scène simultanément trois spectacles. Il est aussi le groupe connaissant la plus grande diffusion à l’étranger et rassemble un public nombreux, jeune et fidèle.
A Comuna

