LE Grupo Teatro Hoje (Théâtre d’Aujourd’hui) est apparu en 1975, dans un panorama dominé par une conception du théâtre essentiellement pamphlétaire et anti-formaliste. Les présupposés du projet du Teatro Hoje (nom choisi avec une volonté de programmation évidente) étaient globalement les suivants : un théâtre cohérent avec la Révolution vécue au Portugal depuis avril 1974 devrait chercher un langage qui ne se limite pas à la primarité ni aux lieux communs les plus évidents d’une propagande quelconque. Le théâtre devrait se (re) construire sur des bases consistantes et innovatrices, en accord avec une époque de changement politique. Seule façon de se rendre digne d’une révolution cherchant à balayer l’obscurantisme et la stagnation qui, à cause de la censure, s’étaient particulièrement fait sentir dans Le champ théâtral. Ne pas séparer forme et contenu fut donc, depuis le départ, le point central du travail de la compagnie, ce qui (à une époque où le milieu théâtral portugais ne brillait pas par son discernement en matière artistique) lui a valu d’inévitables accusations de formalisme.

Le premier spectacle, MARIANA PINEDA de FE. G. Lorca et le second, déjà en 1976, Os AMANTES PUERIS de F. Crommelynck, mis en scène respectivement par la poétesse et dramaturge Fiama Hasse Pais Brandão et par moi-même, ont ouvertement assumé cette tentative de rénovation des formes théâtrales, en conférant une égale attention aux divers éléments du spectacle (texte, travail des acteurs, espace scénique, etc. ), ce qui a provoqué l’irritation de ceux pour qui, dans un contexte politique, le théâtre devrait exclusivement ou surtout fonctionner comme un véhicule idéologique.

En 1977, le Grupo Teatro Hoje obtient un espace propre, le Teatro da Graça où est encore aujourd’hui situé son siège. C’est également à partir de cette année que Carlos Fernando (qui avait été l’un des fondateurs de la compagnie et s’y était affirmé comme acteur et principal dynamisateur) dirige la plupart des spectacles réalisés et donne au répertoire et au style de travail des caractéristiques qui, tout en respectant la ligne artistique tracée initialement, déterminent une nouvelle phase dans le vie du Groupe. Si, durant cette période, on peut signaler la présentation de pièces comme par exemple LA LOCANDIERA de Goldoni (le premier spectacle dirigé par Carlos Fernando) et MADEMOISELLE JULIE de Strindberg, l’attention de la compagnie est principalement centrée sur des textes à caractère anti-establishment (des dramaturges anglais Joe Orton, David Hare, Edward Bond…) ou d’autres parlant d’un monde marginal peuplé d’êtres désespérés vivant au bord de l’abîme, tant du point de vue mental que social, comme cela se produit dans le théâtre de Tennessee Williams. Parallèlement, d’autres auteurs à composante politique plus visible ont été mis en scène, ainsi R. W. Fassbinder (LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT) et Edward Bond (ÉTÉ).
L’importance attribuée aux textes, dès le départ, conduira au développement de certains auteurs au moyen de cycles de leurs pièces. C’est ce qui s’est produit avec Joe Orton et Tennessee Williams dont on a présenté un ensemble de trois spectacles qui ont en partie occupé la programmation du Grupo Teatro Hoje durant la partie centrale des années 80.
Ont été présentées les pièces LE GIGOLO DANS L’ESCALIER, COMÉDIE D’HORREURS (LOOT) et BIENVENUE, MONSIEUR SLOANE de Joe Orton ainsi que LE PAYS DU DRAGON (ensemble de six petites pièces) et VIEUX CARRÉ de Tennessee Williams. Ces deux cycles ont solidement établi la collaboration entre le metteur en scène Carlos Fernando et le scénographe Dalton Salem Asseff1, qui ont créé un langage théâtral à forte définition stylistique que nous pourrions très sommairement décrire comme un réalisme poétique, délicatement attentif au détail et transfigurativement fidèle au texte.

Dans la logique d’un développement des auteurs et des dramaturgies, le Grupo Teatro Hoje a également consacré deux spectacles à Jean Cocteau, LA VOIX HUMAINE et LE FILS DE L’AIR (une suite de divers textes du poète français, où s’incrustaient les pièces en un acte AVANT LE PETIT DÉJEUNER de E. O’Neill et LE CHANT DU CYGKNE de A. Tchekhov). Il faut aussi mentionner une récente (1990) incursion dans le théâtre nord-américain, avec les pièces QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOL ? de E. Albee et TERMINAL BAR du jeune dramaturge Paul Selig, pièces analysant crûment certaines strates de la société américaine et dont la seconde est centrée sur la thématique de la marginalité et de la solitude radicale, si chère à Tennessee Williams.

Pour la saison 91 – 92, le Grupo Teatro Hoje a prévu un nouveau cycle, cette fois de théâtre russe, qui débutera prochainement avec la présentation de PÈRES ET FILS de Tourgueniev (adaptation théâtrale du roman homonyme de Brian Friel) ; suivront LA MOUETTE de Tchekhov, VASSA GELEZNOVA de M. Gorki et ÉTOILES DANS UN CIEL MATINAL du contemporain À. Galin.
Il faut noter que lorsque le Grupo Teatro Hoje réintroduit Tchekhov dans sa programmation, avec cette fois une de ses grandes pièces, il établit d’une certaine façon un pont dramaturgique avec un auteur qui aura marqué définitivement son passé récent, Tennessee Williams dont la prédilection pour l’auteur de LA MOUETTE ne peut qu’expliquer les claires affinités existant entre les deux dramaturges.
Grupo Teatro Hoje
- Scénographe brésilien récemment disparu ↩︎



