Françoise Wallemacq : Pourquoi, après avoir abandonné l’idée de travailler sur L’homme et l’enfant d’Adamov, vous êtes-vous repliés sur un travail théâtral élaboré essentiellement à partir de l’expérience propre des comédiens ?
Isabelle Pousseur : Avant d’aborder le texte d’Adamov, qui nous fascinait mais nous était relativement étranger, nous nous sommes familiarisés avec son univers. L’idée était d’essayer de trouver des motivations à partir du travail d’improvisation des comédiens, qui tournent autour de choses qui hantaient Adamov, mais en essayant de leur donner un aspect personnel. Cela tient à ma façon de travailler, à laquelle je tiens beaucoup, l’objectif étant d’éviter de placer l’acteur dans la contrainte d’être l’objet des phantasmes d’autrui, que ce soit du metteur en scène ou de l’auteur. J’essaie au contraire de l’amener à se situer dans une position de confrontation, d’échange face à l’auteur.
Et puis, l’idée de travailler sur L’homme et l’enfant n’a jamais signifié celle de mettre en scène la vie d’Adamov lui-même. Il s’agissait plutôt, dès ce moment-là, de voir comment nous recevions Adamo, comment la génération de gens qui ont entre vingt et trente ans pouvait percevoir l’existence d’un homme dont la principale obsession, présente dans son théâtre et concrétisée dans sa vie, était de « trouver ce qui se situe aux confins de la vie dite individuelle et de la vie dite collective. »
F. W.: Il vivait un conflit permanent entre un sens du « devoir social » et sa vie personnelle ?
I.P.: Oui, mais cela allait plus loin qu’un sens du devoir, puisqu’il éprouvait une sensibilité et un intérêt réels pour le monde. Mais il s’est toujours trouvé à des points de confrontation difficile entre les deux. Cela correspondait à sa difficulté de vivre à la fois ses rapports douloureux aux autres et à lui-même, aux femmes, à la sexualité, au monde des adultes et des responsabilités, dus à une névrose certaine, et sa volonté très forte d’appréhender le monde dans sa globalité, avec ses dimensions politiques, artistiques, historiques. Les pièces à couleur politique qu’il a écrites sont peuplées de ces fantômes.
Ce problème là nous touchait très fort, nous qui faisions partie d’une génération qui n’a vécu que les restes de Mai ‘68, et que l’on peut appeler dépolitisée. Cet ensemble de sentiments par rapport à Adamo, et puis les droits d’auteur qui n’arrivaient pas, tout cela me mettait dans une sorte de malaise …
F.W.: Celui de te servir d’Adamov comme prétexte pour parler de vous-mêmes ?
I.P.: C’est ça. J’avais un peu l’impression de me mentir à moi-même, en refusant de voir qu’un choix allait s imposer : soit abandonner le travail qu’on était en train de faire sur nous-mêmes, soit renoncer définitivement à Adamov. Et en un sens, le refus de la femme d’Adamov de nous accorder les droits nous a aidés à clarifier la situation.
F.W.: La présence d’Adamov ne reste-t-elle pas inscrite quelque part dans le spectacle ?
I.P.: Certainement, mais il est difficile, tant pour les spectateurs que pour moi-même de distinguer ce qui a « transpercé » les strates d’élaboration du spectacle, et qui appartenait au domaine d’Adamov. En ce qui me concerne, j’ai toujours pensé que le personnage de « l’homme au bandeau », incarné par Christian Crahay, était une figure adamovienne, celui qui Se souvient de son passé, qui désire le donner. Or c’était lui au départ qui devait jouer le rôle d’Adamov, j’ai d’ailleurs toujours trouvé qu’il avait son regard ! || en reste quelque chose dans le spectacle final : cette course ralentie, répétitive, le regard tourné vers un poursuivant fictif, c’est très clairement pour nous un homme qui essaie d’aller de plus en plus loin dans la précision du souvenir, une sorte de fonctionnement de la mémoire. || tourne la tête, il voit quelque chose, on ne sait pas quoi…
Un jour, en répétant ensemble, il nous a fait cette improvisation, et je me suis dit qu’il y avait là quelque chose qui parlait du fonctionnement de la mémoire de la part d’un homme à la recherche de l’enfant qu’il avait été. Il y avait là une façon de porter le spectacle, d’en être le lien au niveau formel et au niveau de la narration. Peut-être était-il seul dans ce couloir, peut-être tout se passait-il dans sa tête ? Je ne dis pas que c’est ça, c’est juste une image, une possibilité de sens. Un autre indice de la présence d’Adamov, qu’on a conservé au fil de répétitions, c’est l’image de la petite fille qui arrive à l’issue de la scène des enfants, avec son unique patin à roulettes, et sa balle. Elle arrive, toute seule, et elle tousse. Adamov raconte dans L’homme et enfant un rêve qu’il avait fait : il était seul, dans la rue et voyait passer des gens très beaux, habillés de blanc. Et puis progressivement, les gens s’enlaidissaient, rapetissaient, devenaient des nains de plus en plus affreux… et le rêve se terminait par une petite fille, très laide, qui jouait avec une balle et qui toussait. Adamov se réveillait en sueur, en se disant : « Je crois que le sens de mon-rêve, ce à quoi je viens d’assister, c’est à la dégradation du monde. »
J’ai voulu garder cette image parce que je voulais terminer cette scène par une image plus onirique et plus angoissante de l’enfance.
F.W.: Comment se sont déroulés concrètement le travail avec les comédiens, et l’écriture finale du spectacle ?
I.P.: J’ai travaillé en donnant d’énormes responsabilités aux comédiens, en leur faisant totalement confiance. Pendant des mois, je leur ai proposé chaque semaine des thèmes d’improvisation qui partaient d’Adamov ou de ce que j’imaginais, et ils préparaient seuls ce qu’ils voulaient présenter, avec même, g’ils le désiraient, proposition de costumes et de mise en place. J’ai essayé de trouver les sujets les plus stimulants pour eux, je leur ai demandé de raconter une peur d’enfant, un cauchemar d’acteur, d’écrire une lettre d’amour, de préparer une danse à deux… Chacun inscrivait dans son intervention sa propre vision du monde, au mème titre que les autres. Aucun souvenir n’était « privilégié » parce que plus tragique, chaque comédien se frayait un chemin qui était le sien à travers la structure du spectacle. Un tel fonctionnement n’aurait jamais été possible sans une complicité et un respect mutuel. Pendant un assez long temps de travail, j’ai essayé de ne pas me poser la question de savoir ce que tout cela deviendrait. Je notais énormément. Après, cela a été un véritable travail de création, à partir d’un matériau brut.
Les différents éléments du spectacle sont arrivés à un rythme inégal : la scène des enfants qui se poursuivent dans le couloir, est née du lieu théâtral lui-même. On était à un mois à peine de la première quand Michel Boermans nous a emmenés dans ce couloir de pensionnat abandonné. Le premier soir, j’ai demandé aux acteurs de me proposer des fragments de situation, sans me raconter d’histoire, juste des images furtives de l’enfance. Ils ont improvisé pendant trois heures, il y a eu une centaine de propositions, les gens étaient fous, le lieu fonctionnait à merveille. Et moi, pendant deux jours, j’ai écrit en essayant de donner une structure, une évolution. J’ai rajouté des choses auxquelles je tenais beaucoup depuis le début du travail … L’ange de la première scène par exemple. C’est peut-être ma première image du spectacle.
F.W.: C’est l’ange qui introduit la dimension du chant dans le spectacle…
I.P.: Je voulais que le rôle de la voix chantée dans le spectacle soit cette espèce de recherche très profonde de l’enfance, quelque chose qui vienne de très loin, et qui fascine les autres à cause de ça. Un dramaturge d’opéra disait quel’effort du chanteur est un effort de mémoire, et que toute son énergie semblait être dirigée vers la quête du paradis perdu. Je crois que ce qui trouble le plus dans la voix d’un chanteur, c’est la sensation d’étrangeté qui émane de cette voix, la sensation d’un ailleurs, et que cet ailleurs est divin. La fascination pour la divinité dans le chant, c’est quelque chose qui reste, même si on ne croit pas en Dieu. Dans le texte, cela correspondait à cette recherche d’un bonheur absolu, un passé perdu qui était l’enfance, sans doute, mais peut-être aussi plus que cela, quelque chose de plus conceptuel.
J’ai un certain passé religieux, enfant, j’ai été à la messe, et j’ai fait ange dans les processions.… Il y avait là quelque chose de trouble qui restait. L’ange, c’était mon premier vrai souvenir de théâtre, quand j’avais cinq ans, et que je défilais dans les rues, habillée en blanc et me croyant investie d’un pouvoir divin!…
F.W.: L’image de l’ange, c’était alors ta façon d’évoquer l’enfant qui était en toi, tout comme les comédiens ?
L.P.: Oui, Sans doute. Je trouve merveilleux la manière dont les acteurs ont pu à la fois comprendre le texte d’Adamov, et restituer quelque chose qui était d’eux. La scène où Marianne et Alain courent en s’embrassant dans la nuque est partie d’une improvisation sur un texte d’Adamov : il raconte que lorsqu’il était enfant, il dormait avec sa sœur, et qu’il voulait absolument, pour pouvoir bien dormir, être le dernier à lui dire « bonne nuit ». C’était un rite superstitieux tout à fait important pour lui. Immuablement, sa sœur lui répondait, et il lui répondait, et ainsi pendant des heures. A partir de cette anecdote, Marianne et Alain ont fait une improvisation, dont le principe de répétition était devenu le baiser dans la nuque. J’ai trouvé ça très beau, la façon dont ils s’étaient appropriés cette image.
F.W.: Comment, à partir de l’enfance, en êtes-vous arrivés à parler de l’adolescence ?
I.P.: Il n’y a pas eu de volonté en soi de parler de l’adolescence. Seulement, à partir du moment où on a commencé à évoquer des souvenirs, les choses qui se sont révélées avoir compté pour les comédiens c’étaient les rapports amoureux.
Michel Boermans : Je n’ai jamais ressenti qu’il y ait eu une partie duspectacle consacrée à l’adolescence, mais je comprends que tout ce qu’il y avait d’excessif et de romantique dans leurs lettres et leur façon de vivre l’amour ait été assimilé à l’adolescence.
I.P.: En fait, il n’y a pas eu le désir de retracer une chronologie à partir de l’enfance. C’était plutôt essayer de resserrer de plus en plus le microscope sur l’individuel, le particulier.
M.B.: Il faut voir le plaisir que les comédiens (et nous) ont pris à « faire l’enfant » aux répétitions. Cela prouve bien que l’enfant en nous n’est pas mort, et que cela n’a pas de sens de le dissocier de l’adolescent et de l’adulte. Dans le spectacle, je vois simplement une mémoire en fonctionnement. Est-ce que les gens qui se souviennent en sont pour autant des adultes ?
I.P.: Oui, mais c’est justement ça la grande question, celle qui reste à l’issue du spectacle, celle qui vient d’ailleurs de L’homme et l’enfant : qu’est-ce que ça veut dire, être un homme ? Tout ce qui me reste de mon enfance et qui me fascine, est-ce que cela existe encore en moi ?
En qui suis-je un homme responsable ? Chacun se dit « je n’y arrive pas, je passe mon temps à danser comme un fou, à me consacrer à une chose. » C’est vraiment Adamov cela, cette façon de ne pas arriver à quitter son désir de l’autre, en même temps que son impossibilité à l’atteindre. Tout cela est déjà inscrit dans l’enfance, les tentatives d’appréhender l’autre et d’être vu de l’autre, et aussi échec du désir de l’autre, de la relation, la frustration de cet échec, et la solitude.
F.W.: La seule incursion d’un quelconque vécu politique dans les souvenirs des comédiens se fait par l’intermédiaire d’une extraordinaire bande-son, où se mêlent musique et actualités radiophoniques, mais qui ne semble qu’effleurer les acteurs, comme un écho étouffé du monde extérieur…
M.B.: C’est une volonté très ancienne, qui vient de la forme mème de L’homme et l’enfant : un journal, écrit de manière extrêmement brève, à partir de dates charnières. Adamov mettait en parallèle les événements du monde et ce qu’il vivait, mais ces événements, il les traverse sans jamais y prendre part, ni avoir prise sur eux. Ballotté par les grands bouleversements du siècle, il se définit toujours par rapport au monde, mais le politique ne faitjamais irruption dans sa vie intime, profonde. Le statut du monde extérieur dans le spectacle est comparable : il est là, comme une enveloppe à l’histoire que les individus produisent d’eux-mêmes. Ce qu’on a voulu tenter de faire, et c’était dément sans doute, c’était de réaliser cette perception de la vie complète au travers de l’émotion individuelle.
I.P.: Je pense que cela allait même plus loin. L’objectif était de montrer que nous ne voulions pas nous mentir à nous-mêmes en ne reconnaissant pas que nous étions dans un rapport de malaise au politique.
Aussi bien dans notre rapport à la vie qu’au théâtre. Personnellement, j’ai toujours été sensible à la difficulté de prendre parti ou de m’inscrire dans une idéologie et je voulais être lucide là-dessus. Je voulais parler du fait que je n’avais pas de vécu.
Cela paraît peut-être énorme, mais je sais très bien que c’est quelque chose qui m’a obsédée pendant longtemps de me dire : « est-ce que j’ai véritablement quelque chose à raconter sur un plateau de théâtre ? Je n’ai pas eu d’enfance malheureuse, je n’ai participé à rien d’extraordinaire. Qu’est-ce que je suis finalement ? »
Ce spectacle est un véritable défi que je me suis lancé. Mais la problématique est double : elle concerne aussi le malaise qui existe entre le politique et le plateau de théâtre. Comment exprimer cela au théâtre sans parler de quelque chose que lon ne connaît pas, sans se mettre dans la peau de gens qui ne sont pas nous. Du temps où nous étions étudiants à l’Insas, la conception du théâtre était marquée par l’influence brechtienne. Par la suite, nous avons suivi un itinéraire qui passait, pour Michel, par la recherche sur le théâtre militant et le théätre-action. Depuis que nous enseignons à lInsas, nous avons le sentiment d’un repli du théâtre sur lui-même, d’une introspection qui va jusqu’au narcissisme, et nous ne voulions pas que notre spectacle parte de ce principe. Nous sommes allés vers la simple constatation que le politique faisait partie de notre univers par les échos radiophoniques qui tissent notre quotidien, de la même manière que les rapports amoureux, à la différence que ceux-ci ont statut de « vécu », alors que les premiers ne nous parviennent que par nos sens.
M.B.: C’est aussi dans une manière de travailler, de considérer les gens que se situe le politique. Lesrapports entre le metteur en scène, le scénographe et les comédiens, sont le reflet d’un certain type de rapports sociaux. Toute scène de théâtre est un microcosme social, qui peut être un lien de pouvoir dictactorial ou d’expression individuelle. Accepter que chaque soir, sur le plateau, les choses puissent se dérouler autrement que ce qu’il avait été initialement imaginé, en le dépassant peut-être, nécessite beaucoup d’humilité de la part d’un metteur en scène.
Chacun d’eux est confronté à l’angoisse du sens qui lui échappe. Ce qui rend le travail avec Isabelle infiniment riche, c’est qu’elle accepte ce que les autres lui donnent. Elle situe sa création dans un endroit bien précis, mais elle laisse une liberté active à chacun, à la place où il est le plus productif. Ma propre marge de liberté, c’était aléatoire du son, puisque chaque soir je le mixais en direct. Chaque soir cela créait un espace sonore différent, ce qui, je pense, n’est pas sans influence sur le jeu des comédiens.
F.W.: Le contenu de cette bande-son, et la manière dont tu en joues font de toi une sorte de huitième acteur ?
M.B.: Je crois qu’il n’y a pas d’autre manière de concevoir un espace sonore. On ne voulait pas prendre le son comme illustration d’un texte, comme quelque chose qui vient en plus, « pour mettre de la couleur ». Le son fait partie intégrante du tout, il travaille ici sur une mise en perception des choses. Je crois que le son transforme l’espace au même titre que la lumière peut le sculpter. Et c’est la mort du spectacle si la bande-son se contente d’être son métronome. Je pense que l’intervention humaine du mixage en direct est fondamentale. Sans quoi, c’est comme si l’on jouait une scène d’amour avec un automate.
F.W.: Il est peu courant de voir le scénographe d’un spectacle en assumer la régie. Cette constante imbrication entre le travail de mise en scène et celui de « mise en son et en lumière », correspond à une volonté de rapports réellement complémentaires entre le scénographe et le metteur en scène ?
I.P.: Oui, le statut de chacun s’élargissait du fait de se voir confronté. Je n’aurais pas voulu que Michel participe au travail comme un scénographe qui dessine son décor au loin. |l était important qu’il participe, des mois à l’avance, aux répétitions, aux iImprovisations, aux discussions sans fin. Et cela afin que, en l’absence de texte, nous puissions trouver un langage commun.
Parallèlement à cela, il y a eu la découverte du lieu : un couloir d’école, le décor idéal, ouvert, pluriel, multiple. || permettait, par son dispositif de portes, de travailler le fragment, le fugitif « j’apparais-je disparais ». Et puis ce couloir était encore investi de passé, des enfants y avaient vécu, les murs racontaient des choses.
M.B.: Cet espace est venu à nous par hasard, mais le fait que nous avions déjà travaillé nous l’a fait voir avec d’autres yeux. Cette découverte a quelque chose de fascinant, parce que depuis la première répétition, j’avais dans la tète un espace tout en profondeur, avec un système de tentures qui révélaient successivement un champ de vision sans limites. Et puis, le fait que les comédiens aient la possibilité de rentrer et de sortir, toujours du même côté a son importance. |l y a quelque chose qui se crée dans le regard du spectateur qui est de l’ordre de la fascination. Il n’y a pas l’image mentale d’un équilibre, l’objet est asymétrique, et cela suffit à faire basculer la convention théâtrale.
F.W.: Quelle a été la place du spectateur dans ce spectacle ?
I.P.: Je crois que ce que nous avons voulu faire passer n’est pas de l’ordre du signe, mais davantage de celui de l’indice. Il y a dans le spectacle une foule de choses, un bandage autour d’un front, un bouquet de roses rouges, une toute petit toux… Peu importe que cela vienne de nous ou d’Adamov, ils fonctionnent de façon inconsciente, ils rappellent d’autres choses : « Tiens, ça me fait penser à…»
C’est ce qui m’a le plus fascinée quand j’ai vu Pina Bausch : ses images théâtrales s’inscrivent dans un vécu quotidien des gens, tout en les faisant voyager. Ce que nous avons voulu faire avant tout, c’est proposer des indices, sans rien chercher à reproduire, mais en laissant aux gens la même liberté de voyager, avec d’autres possibilités de perception. Christian Crahay, et son bandage autour de la tête, a fait penser les gens à mille et une choses. C’était une image théâtrale très forte, qui venait pourtant d’un simple fait divers : quand il était petit, de peur d’oublier ses leçons, Christian s entourait la tête d’un bandeau, avec un gros bonnet par dessus, afin que rien ne s’en échappe.
Un des plus beaux indices du spectacle, un des plus gratuits aussi puisque presque personne ne pouvait s’en rendre compte, c’est que la fin de la lettre d’amour de Christian est la traduction des paroles de la chanson de Nina Simone, sur laquelle il danse avec Marianne.
Ces paroles sont très belles : « something takes so long…» « Il y a des choses qui prennent si longtemps, tout va trop vite, tout va trop vite, ce n’est pas possible, il y a des choses qui prennent si longtemps. Juste un peu de temps, juste un peu de souci, un petit mot écrit en l’air…» C’est pour cela que nous avons pris ces paroles comme sous-titre au spectacle. Les choses prennent si longtemps, ce que nous avons donné n’était qu’un tout petit mot et on a encore tant de choses à dire,
laissez-nous le temps.
Propos recueillis par Françoise Wallemacq