Ce texte a été rédigé par Jean-Marie Piemme comme introduction aux deux journées organisées par l’ATAC à Paris les 12 et 13 janvier 1984. Ces journées avaient pour objet l’étude de la légitimité du spectacle vivant dans une société en voie de médiation technologique généralisée.
Préambule
En préambule à un travail sur la spécificité des Arts vivants aujourd’hui et sur les rapports que ceux-ci pourraient entretenir avec les Arts mécanisés, on fera les deux constats suivants :
1. On serait passablement naïf de tenir le champ culturel pour une surface homogène où se découpent égalitairement les différents secteurs culturels.
Séduit par la belle simplicité des images d’Epinal, on affecte de faire parfois comme si l’éternité des temps avait toujours vu les arts coexister démocratiquement, comme si chaque discipline arrivait toujours à occuper une place de droit qui lui revient, ni plus ni moins avantageuse qu’une autre. On parle comme s’il s’agissait d’une évidence, de la Poésie, de la Musique, du Théâtre, des Médias, etc. Sans doute, constate-t-on ici des naissances, là des morts ; un art s’en va, un autre naît. Mais on affecte de croire que ce va-et-vient relève plus de l’accident que de la loi. Or si on tient la culture pour un produit historique, force est de reconnaitre ce qu’elle est : une réalité topologiquement instable. Les arts et les médias ne sont pas figés dans une localisation éternelle, ils bougent au fil du temps, changent de place sociologique et selon le cours de l’histoire, se positionnent différemment à l’échelle des valeurs culturelles. || y a aujourd’hui des arts en baisse et d’autres en hausse, il y a des centres désertés et des périphéries prétendantes. Depuis un bon siècle maintenant, en fait depuis l’avènement de l’époque industrielle, on peut affirmer que le champ culturel a connu un remodelage trés profond dont on commence à peine aujourd’hui à enregistrer les effets et sur les conséquences desquels beaucoup s’interrogent. Avec le développement des techniques consécutives à l’essor du capitalisme industriel, on a vu naître ce que l’on appelle aujourd’hui les arts de reproduction ou arts mécanisés, c’est-à-dire les arts dont le support est indéfiniment reproductible sans altération qualitative. Le développement rapide de ces arts ‑qui a opéré la Jonction entre la culture et la marchandise- a considérablement engagé le processus culturel dans une nouvelle dimension.