Donner aux gens de théâtre la possibilité de filmer

Donner aux gens de théâtre la possibilité de filmer

Entretien avec Bernard Faivre d’Arcier. Propos recueillis par Jean-Marie Piemme

Le 22 Juil 1984

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Jean-Marie Piemme : Je voudrais com­mencer par un para­doxe. D’une part, cer­tains atten­dent beau­coup de la cap­ta­tion du spec­ta­cle vivant. C’est une activ­ité qui leur paraît pou­voir con­tribuer utile­ment à la diver­si­fi­ca­tion des images. D’autre part, les prati­ciens du théâtre dans leur grande majorité, insis­tent sur l’incompatibilité théorique qui existe entre les deux lan­gages.

Bernard Faivre d’Arcier : Le théâtre, le spec­ta­cle vivant, ‑l’opéra, la danse, et cela va jusqu’au cirque- est par déf­i­ni­tion un art non repro­ductible. Les pro­duc­tions théâ­trales sont de l’ordre du vivant avec toutes les car­ac­téris­tiques afférentes au vivant : l’éphémère, la vari­a­tion, la fragilité. En rai­son de ce car­ac­tère par­ti­c­uli­er, c’est donc un art qui appa­raît assez archaïque au niveau de sa pro­duc­tion et de sa dif­fu­sion. Son mode de fonc­tion­nement lié à sa nature est archaïque par rap­port à une société de com­mu­ni­ca­tion et de dif­fu­sion où les coûts de l’information con­nais­sent une baisse ten­dan­cielle assez forte. Tous les autres arts sont repro­ductibles, le mot, l’image, le ciné­ma, la télévi­sion, l’art pic­tur­al même bien qu’il ne s’agisse pas de l’original, le disque. Le théâtre, lui, fait excep­tion.
En fait, il n’y a pas de marché pour la repro­ductibil­ité du théâtre. Lorsque les gens dis­ent : « nous allons ouvrir des nou­veaux canaux, par con­séquent il nous faut de nou­veaux stocks d’images », il faut bien com­pren­dre qu’en leur don­nant des images du théâtre on ne dif­fuse pas le théâtre. On dif­fuse de la bonne ou de la mau­vaise télévi­sion. Le théâtre n’est pas repro­ductible. Au mieux, on peut con­stru­ire une œuvre télévi­suelle qui retra­vaille le spec­ta­cle. On ne peut pas sim­ple­ment faire de l’archivage et dif­fuser celui-ci.

J.M.P. : La cap­ta­tion sem­ble bien être une mis­sion impos­si­ble. Mais n’est-elle pas aus­si por­teuse de hauts risques pour le fonc­tion­nement du théâtre luimême ?

B.F.A : Il faut en effet pren­dre garde au fait que cette course à la repro­ductibil­ité ne vienne fauss­er les con­di­tions de la pro­duc­tion théâ­trale. Cer­tains, en effet, dis­ent que la dif­fu­sion du théâtre par les médias est une bonne solu­tion de poli­tique cul­turelle ‑elle résoudrait la ques­tion de la démoc­ra­ti­sa­tion- et une bonne solu­tion de poli­tique économique. Or ce n’est pas si sim­ple que ça. Les coûts du théâtre ont ten­dance à aug­menter parce que c’est une activ­ité arti­sanale où les gains de pro­ductibil­ité sont très faibles, les recettes spec­ta­teurs dimin­u­ent et le déficit est crois­sant. D’où les aides publiques au théâtre. Mais l’Etat s’inquiète évidem­ment de cette sit­u­a­tion. Par ailleurs, il aide au développe­ment aujourd’hui des indus­tries cul­turelles et à la pro­duc­tion de pro­grammes. Mais ceux-ci, à leur tour, vont sol­liciter la clien­tèle poten­tielle du théâtre. D’un côté donc l’Etat aide à pro­duire des pro­grammes qui vont occu­per le bud­get­temps d’un pub­lic théâ­tral poten­tiel, de l’autre l’Etat investit beau­coup dans le déficit théâ­tral pro­pre­ment dit. Pour sor­tir du para­doxe, il pour­rait être ten­té de se dire : « on va faire d’une pierre deux coups, on va intro­duire sys­té­ma­tique­ment dans la pro­duc­tion théâ­trale un copro­duc­teur télévi­suel. On aidera ain­si les indus­tries de pro­grammes qui dis­poseront d’une cap­ta­tion et le théâtre lui-même qui recevra un apport financier ». C’est là, évidem­ment, qu’il faut être très vig­i­lant. Il ne faudrait en effet pas évac­uer le débat esthé­tique dans ce raison­nement économique. Il faut savoir que lorsqu’on par­le d’une pénurie pos­si­ble d’images provo­quée par le fait qu’on a mul­ti­plié les canaux — on se trou­ve face à une demande qui relève plutôt d’un choix indus­triel que cul­turel. Et si on pense combler en par­tie cette pénurie par le spec­ta­cle vivant et faire simul­tané­ment du pro­gramme et des économies en cap­tant tout ce qui existe, on se trompe sur la dif­fi­culté de l’entreprise.

J.M.P. : Compte tenu de cette cri­tique de la cap­ta­tion trop vite envis­agée comme une dou­ble planche de salut, quelles formes peu­vent pren­dre, selon vous, les col­lab­o­ra­tions entre le théâtre et l’audiovisuel ?

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Jean-Marie Piemme écrit pour le théâtre depuis 1986. Ses deux dernières pièces L’INSTANT et UNE PLUME EST UNE...Plus d'info
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21 Juil 1984 — Une image mentale, tenace et collante, a souvent régi, et peut être encore aujourd’hui, la manière de penser la relation…

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