« L’histoire commence à 20 heures » Mirages à tous les étages

« L’histoire commence à 20 heures » Mirages à tous les étages

Le 27 Déc 1987

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Théâtre/Passion-Couverture du Numéro 28 d'Alternatives ThéâtralesThéâtre/Passion-Couverture du Numéro 28 d'Alternatives Théâtrales
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Le théâtre est un lieu étrange, louche, mal famé, une sorte de mai­son close. Le texte en est sa putain, favorite ou délais­sée, disponible à tous les caprices.
Vous passez dans la rue, attiré et sur vos gardes. Avec tous les dan­gers déli­cieux de ses arti­fices, ses décors et lumières en toc, les jeux des corps et des voix, le théâtre offre au lan­gage, à la réal­ité, un moment d’adultère pour quelques francs. Vous en avez envie et peur à la fois, ce jeu de la ten­ta­tion doit aboutir. Si entre le texte, le spec­ta­cle et le pub­lic, le plaisir ne passe pas, il n’y a pas de théâtre, pas de rêve, mais un malaise lourd, un genre de honte partagée, de rage con­tenue.
Et le texte arpente, seul, un trot­toir vide aux lou­pi­ottes lugubres, déplacé, indé­cent, floué, il n’a plus qu’à retourn­er se couch­er, plat, triste et silen­cieux sur des pages blanch­es. Le théâtre dit à ses auteurs, à ses met­teurs en scène, à ses acteurs, à son pub­lic, à tous ceux qui s’in­scrivent dans cette folie du spec­ta­cle : « Tu viens chéri ? ».
Vous êtes là pour cela, vous y allez. Cela peut être si bon ! Vous jouez le jeu, le don, l’a­ban­don, le moment mag­ique, le moment volé. Vous savez quand cela va s’ar­rêter, quand il fau­dra se quit­ter. Vous savez qu’on ne vous répètera pas la scène, qu’on ne se rever­ra pas. Que les lumières s’étein­dront. Votre seule ressource, c’est de revenir une autre fois si vous le désirez.
«Tu viens, chéri ? » Mais l’échange est clair, il reste le même. Rup­ture sans retour ou retour sans promesse.
Vous emportez une his­toire, des sons, l’im­age de corps tout proches et intouch­ables et un texte pris dans le filet de la séduc­tion qu’en­suite vous bal­ladez, démail­lé au hasard du quo­ti­di­en, au petit bon­heur la chance.
Con­tent d’avoir été ému, d’avoir ri ou souri, d’avoir un peu mieux com­pris le monde et les êtres, d’avoir été absent de tout le reste et un peu plus présent à vous-même. Vous êtes prêt pour d’autres ren­con­tres. Vous aimez les joies et les risques de la fic­tion, vous aimez le théâtre. Vous serez de plus en plus exigeant.
«Tu viens, chéri ? » « Non, t’es pas mon genre, ma poule. » L’amour clan­des­tin mérite des égards. Il est et doit être beau. S’il est sans fards, sans dan­gers, il n’est pas.
La vraie vie, — mais est-ce là la vie ? — le spec­ta­cle, — mais n’est-ce que du spec­ta­cle ? — peut se repro­duire, pas se com­pro­met­tre. Le théâtre est beau, il est vrai, et vous ne deman­dez qu’à être sous l’in­flu­ence de sa per­sua­sion. À lui de vous plaire.
Le théâtre a hor­reur du vide, des sièges inoc­cupés et des textes creux, des spec­ta­teurs endormis et des mis­es en scène fan­tômes. C’est « Tu montes ou tu montes pas ? »
Aux teints cireux et aux fess­es plates des spec­ta­cles glacés, n’hésitez pas, dites non.
Venez au théâtre comme dans une cham­bre d’hô­tel con­fort­able, pour une intim­ité, une con­nivence, une pas­sion éphémère, qui per­me­t­tent seules la par­faite con­fi­dence. Vous prof­iterez de l’ob­scu­rité. Le texte dira ce que l’on ne dit pas, parce que les drames que l’on vit, que l’on a vécus, que l’on voudrait vivre, sont représen­tés. Le texte dit en grand ce que l’on est en petit.
Il répar­tit le drame, les émo­tions, l’esthé­tique sur la scène et c’est une part de vous-même qu’à chaque instant vous pou­vez saisir ou rejeter. Au théâtre, vous êtes libre.

Le texte, com­ment dire le con­traire?; est le grand man­i­tou de cette céré­monie. Mais d’où vient-il ? Com­ment s’y prend-il pour déclencher tant de phénomènes bizarres, con­tra­dic­toires et cap­ti­vants, aus­si bien du côté des couliss­es que de celui de la salle ?
Tous les sujets sont pos­si­bles et impos­si­bles, neufs et rebat­tus. Toutes les sit­u­a­tions se valent. Seul l’art fait la dif­férence.
L’en­jeu unique, ce qui emporte l’ad­hé­sion, c’est la cohérence, la beauté con­stru­ite autour d’un lan­gage, d’une action. Cette prég­nance des mots dépasse l’ar­ti­fice de départ, elle le jus­ti­fie et la mise en scène du texte doit en faire un objet de désir.
Ces textes-là, qui d’emblée instau­rent un rap­port immé­di­at et unique à la réal­ité s’in­scrivent dans la mémoire col­lec­tive d’une époque et dans la sen­si­bil­ité par­ti­c­ulière du spec­ta­teur. Le texte est une Con­sti­tu­tion, la mise en scène en fait une république vivante.

Et les textes qui ne sont pas des pièces des­tinées a pri­ori au théâtre ?
Vous avez enten­du dire des poèmes, des pages de jour­naux d’écrivains, des frag­ments d’œu­vres, des pas­sages de Mémoires. Vous avez peut-être vu des pièces adap­tées de romans.
Je vous en pro­pose une, sans hasard.

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