Années 80 : une nouvelle génération ?

Années 80 : une nouvelle génération ?

Le 27 Sep 1991

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D'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives ThéâtralesD'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives Théâtrales
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LES années 80 ont dess­iné un nou­veau panora­ma du théâtre au Por­tu­gal : l’im­plan­ta­tion à Lis­bonne d’un noy­au dur de com­pag­nies a suc­cédé au mou­ve­ment de décen­tral­i­sa­tion qui, dans tout le pays, avait accom­pa­g­né la vital­ité des mou­ve­ments soci­aux nés du mou­ve­ment du 25 Avril. Ces com­pag­nies, toutes issues de groupes créés au début des années 70, précurseurs du théâtre indépen­dant — instau­ra­teur d’une dynamique de rup­ture esthé­tique et de l’af­fir­ma­tion du théâtre comme espace poli­tique et idéologique, doté d’une nou­velle logique d’or­gan­i­sa­tion basée sur le mod­èle coopératif — ont suivi toutes les phas­es de l’évo­lu­tion du théâtre por­tu­gais. Elles ont réus­si, petit à petit, à s’in­staller dans des espaces pro­pres tout en dévelop­pant une cohérence artis­tique polar­isée sur leur met­teur en scène/directeur.
En moins de dix ans, vingt d’entre elles qui au début de la décen­nie perce­vaient 13% du mon­tant total des sub­ven­tions sont passées à 46% de ce mon­tant en 1989 (voir tableau D).
La mul­ti­pli­ca­tion des com­pag­nies, signe d’une plus grande démoc­ra­tie des pra­tiques cul­turelles à la fin des années 70 et début des années 80, va être suiv­ie d’une phase d’in­sta­bil­ité et d’une dégra­da­tion des con­di­tions de pro­duc­tion de la plus grande par­tie d’entre elles. Ce phénomène touche surtout les plus petites com­pag­nies de la décen­tral­i­sa­tion et les plus frag­iles de la cap­i­tale. 

Tableau I

1.000 Con­tos (mil­lion d’escudos)

Année ou sai­son (6)

Com­pag­nies
8182/8383/8484/8585/8686/878889Total
Cor­nucópia3.4
(1)
5.2
(1)
6.4
(2)
8.0
(2)
16.0
(2)
18.0
(2)
22.0
(1)
26.0
(1)
105.0
Théâtre expéri­men­tal de Cas­caïs3.4
(1)
4.5
(1)
4.5
(2)
6.5
(2)
16.0
(2)
16.0
(2)
20.0
(1)
22.0
(1)
92.9
A Comu­na3.2
(1)
4.6
(1)
5.4
(2)
6.5
(2)
9.0
(2)
12.0
(2)
14.0
(2)
17.0
(2)
71.7
Novo Grupo
(4)
1.5
(2)
3.8
(2)
6.5
(2)
7.0
(2)
14.0
(1)
20.0
(1)
26.078.8
O Ban­do2.4
(1)
2.8
(5)
3.8
(5)
4.0
(5)
3.0
(5)
5.0
(5)
10.0
(5)
14.0
(5)
45.0
Sous-total12.4
(13%)
18.6
(17%)
23.9
(23%)
31.5
(26%)
51.0
(31%)
65.0
(28%)
86.0
(37%)
105.0
(46%)
381.0
Total Nation­al98.6110.5101.9122.1164.6219.7229.5226.5-

Source : Secré­tari­at d’État à la Cul­ture (SEC)

(1) Con­trat pluri­an­nuel
(2) Sub­ven­tion régulière
(4) Sub­ven­tion aux nou­velles com­pag­nies
(5) Sub­ven­tion régulière au théâtre pour enfants
(6) La présen­ta­tion cor­re­spond aux rap­ports élaborés soit par année civile, soit par sai­son mais cou­vre dans tous les cas douze mois d’ac­tiv­ités.

Mal­gré cela, on assiste à une grande diver­sité de spec­ta­cles. Il naît autant de com­pag­nies pro­fes­sion­nelles que dans les pre­mières années de la dernière décade, bien que le nom­bre de spec­ta­teurs tende à dimin­uer jusqu’en 1988. Ce nom­bre va en dimin­u­ant surtout hors de Lis­bonne ce qui s’ex­plique pré­cisé­ment par le fait que ce sont les com­pag­nies de la décen­tral­i­sa­tion qui ont décru le plus rapi­de­ment. La légère aug­men­ta­tion des spec­ta­teurs au début des années 80 est liée à l’of­fre d’un plus grand nom­bre de spec­ta­cles et non à la présence d’un nom­bre de spec­ta­teurs plus élevé à chaque représen­ta­tion, ce nom­bre ayant ten­dance à dimin­uer (voir tableau II). Nous con­nais­sons ain­si un des traits mar­quants de L1\ réal­ité por­tu­gaise inhérente à tous les secteurs théâ­traux sans excep­tion : la dif­férence crois­sante entre l’of­fre et la demande de théâtre.
Ces dernières années, quelques indices sem­blent mon­tr­er que cette ten­dance à la réces­sion du pub­lic est en train de s’inverser1, car on assiste à une recrude­s­cence de la demande de théâtre, ce qui révèle le car­ac­tère cyclique et fluc­tu­ant de la fréquen­ta­tion por­tu­gaise du théâtre. Cette aug­men­ta­tion indique un raje­u­nisse­ment du pub­lic et son car­ac­tère hétérogène en con­traste avec l’im­age extrême­ment seg­men­tée des cli­vages idéologiques des années 70.
La crise théâ­trale por­tu­gaise est donc due à la désaf­fec­tion du pub­lic puisque, mal­gré leurs dif­fi­cultés finan­cières, les com­pag­nies ont réus­si à main­tenir une con­ti­nu­ité de pro­duc­tion. Ces cir­con­stances dif­fi­ciles ont con­duit à une struc­ture pro­fes­sion­nelle peu qual­i­fiée, au mélange des tâch­es de créa­tion et d’exé­cu­tion, au recours à une poli­tique de repris­es, à une diminu­tion du nom­bre d’ac­teurs par spec­ta­cle et d’ac­teurs per­ma­nents dans la majorité des com­pag­nies (ce dernier phénomène n’a pas suf­fi à empêch­er l’étiolement pro­gres­sif des troupes les plus pré­caires). L’un des indices les plus sig­ni­fi­cat­ifs du dynamisme et de la vital­ité des créa­teurs de théâtre est don­né dans le tableau III où l’on con­state un nom­bre crois­sant de deman­des de sub­ven­tions pour des pro­jets de théâtre bien qu’une minorité d’entre eux reçoive un appui. C’est dans la modal­ité des sub­ven­tions au pro­jet que l’on trou­ve le plus grand nom­bre de sol­lic­i­ta­tions et c’est pour­tant là que l’on con­state le plus grand nom­bre de refus. 

Tableau II
Nom­bre de représen­ta­tions et nom­bre de spec­ta­teurs

Saisons théâ­trales82/83
(1)
83/8484/8585/8686/87
(2)
88
Spec­ta­teursPays

Lis­bonne
498.785

209.292
(42%)
607.726

200.689
(33%)
516.597

135.329
(26%)
370.744

105.141
(28%)
341.194

133.686
(39%)
298.906

144.792
(48%)
Représen­ta­tionsPays

Lis­bonne
3.611

1.551
(43%)
4.698

1.553
(33%)
4.518

1.490
(33%)
3.625

1.318
(28%)
3.202

1.446
(45%)
3.177

1.518
(48%)

Moyenne de spec­ta­teurs par représen­ta­tions 
Pays

Lis­bonne
138

135
129

129
114

91
102

80
107

92
94

95
Spec­ta­clesPays9712512310510080

Source : SEC — Rap­port sur l’ap­pui à la créa­tion théâ­trale pro­fes­sion­nelle.
(1) Man­quent six pro­jets réal­isés à Lis­bonne et non compt­abil­isés.
(2) Valeurs obtenues par esti­ma­tion selon l’in­for­ma­tion disponible. Elles con­cer­nent la péri­ode allant de sep­tem­bre 1986 à décem­bre 1987.

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Écrit par Ana Cristina Baptista
Ana Cristi­na Bap­tista Soci­o­logue ; pro­fesseur à l’Institut Supérieur des Sci­ences du Tra­vail et de l’En­tre­prise.Plus d'info
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