JOANNA PROVIDÊNCIA appartient à la toute jeune génération de la danse portugaise. Elle a profité de la multiplicité des langages de cette génération pour se créer un espace propre, sans être obsédée par l’originalité à tout prix. Elle affirme sa personnalité dans tous ses spectacles depuis le premier en 1989, constitué de IN-TENSION et de MÉCANISMES.
Un souci de légèreté et d’équilibre et l’attention portée aux corps constituent les caractéristiques de ses créations. Comme elle le dit elle-même : « Tous les corps m’intéressent, pour leur magie, leurs singularités. Un corps maigre, quoi qu’il fasse, ne paraîtra jamais gros, seulement différent. Dans MÉCANISMES, par exemple, les cinq personnages exécutent le même mouvement mais, si l’on y regarde de plus près, chaque mouvement devient unique au sein de cette égalité. »
Si ce concept de corps unique est déterminant dans l’oeuvre de Joanna Providência, on y décèle également le regard féminin, presque biographique, des protagonistes de chaque histoire.
Dans GLORIA T. , chaque danseuse parcourt les cases de jeu qui lui ont été attribuées, le tout symbolisant la rencontre de différents individus. Ce jeu de la gloire évoque le parallélisme ou la proximité d’itinéraires divers, la personnalité de chaque danseuse en étant réduite à un état d’humeur, à une option, à presque rien.
Cette dernière oeuvre est résolument féminine. On y décèle aussi un virage sur le plan de la composition chorégraphique et l’affirmation du langage personnel de l’artiste. Auparavant, la féminité éthérée était opposée au corps athlétique, chaque type se différenciant par la qualité du mouvement (de IN-TENSION aux velléités d’envol et aux tensions d’équilibre des demis-anges de MÉCANISMES). Dans GLORIA T., Joanna Providência présente la femme qui s’offre au jeu armée d’un corps mesuré, au destin incontrôlable et marqué par les épisodes d’un quotidien singulier. Ce n’est pas par hasard : ici, le recours à la parole ne se concrétise pas, mais on retrouve le mouvement des lèvres et des mains, l’intention de personnaliser les danseuses dans les différentes séquences.
Si la chorégraphe prétend composer à partir du travail de son propre corps, elle raconte également ce que racontent les autres corps, respectant leur mouvement spécifique et une idée parfois onirique de la mélancolie.
L’utilisation de l’espace et des éléments scénographiques est d’une simplicité telle qu’elle confine au fonctionnel : dans MÉCANISMES, le mur sert au jeu d’équilibre des danseuses, au retour du mouvement ; dans GLORIA T. , la séquence du jeu ne pourrait se dérouler de la même manière sans les maisons. Dans cette dernière oeuvre, l’utilisation du décor — en parfaite relation chromatique avec les costumes et les lumières — est un autre exemple de la simplicité de ses recours : dans un décor simple, plat et horizontal, Joanna Providência dessine les situations des corps qui se couchent, se lèvent et sautent jusqu’au bord de la chute dans l’abîme.

Joanna Providência

