Des jeux de séduction
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Des jeux de séduction

Le 10 Sep 1991
Article publié pour le numéro
D'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives ThéâtralesD'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives Théâtrales
39
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JOANNA PROVIDÊNCIA appar­tient à la toute jeune généra­tion de la danse por­tu­gaise. Elle a prof­ité de la mul­ti­plic­ité des lan­gages de cette généra­tion pour se créer un espace pro­pre, sans être obsédée par l’o­rig­i­nal­ité à tout prix. Elle affirme sa per­son­nal­ité dans tous ses spec­ta­cles depuis le pre­mier en 1989, con­sti­tué de IN-TENSION et de MÉCANISMES.
Un souci de légèreté et d’équili­bre et l’at­ten­tion portée aux corps con­stituent les car­ac­téris­tiques de ses créa­tions. Comme elle le dit elle-même : « Tous les corps m’in­téressent, pour leur magie, leurs sin­gu­lar­ités. Un corps mai­gre, quoi qu’il fasse, ne paraî­tra jamais gros, seule­ment dif­férent. Dans MÉCANISMES, par exem­ple, les cinq per­son­nages exé­cu­tent le même mou­ve­ment mais, si l’on y regarde de plus près, chaque mou­ve­ment devient unique au sein de cette égal­ité. »
Si ce con­cept de corps unique est déter­mi­nant dans l’oeu­vre de Joan­na Providên­cia, on y décèle égale­ment le regard féminin, presque biographique, des pro­tag­o­nistes de chaque his­toire.
Dans GLORIA T. , chaque danseuse par­court les cas­es de jeu qui lui ont été attribuées, le tout sym­bol­isant la ren­con­tre de dif­férents indi­vidus. Ce jeu de la gloire évoque le par­al­lélisme ou la prox­im­ité d’itinéraires divers, la per­son­nal­ité de chaque danseuse en étant réduite à un état d’humeur, à une option, à presque rien.
Cette dernière oeu­vre est résol­u­ment fémi­nine. On y décèle aus­si un virage sur le plan de la com­po­si­tion choré­graphique et l’af­fir­ma­tion du lan­gage per­son­nel de l’artiste. Aupar­a­vant, la féminité éthérée était opposée au corps ath­lé­tique, chaque type se dif­féren­ciant par la qual­ité du mou­ve­ment (de IN-TENSION aux vel­léités d’envol et aux ten­sions d’équili­bre des demis-anges de MÉCANISMES). Dans GLORIA T., Joan­na Providên­cia présente la femme qui s’of­fre au jeu armée d’un corps mesuré, au des­tin incon­trôlable et mar­qué par les épisodes d’un quo­ti­di­en sin­guli­er. Ce n’est pas par hasard : ici, le recours à la parole ne se con­cré­tise pas, mais on retrou­ve le mou­ve­ment des lèvres et des mains, l’in­ten­tion de per­son­nalis­er les danseuses dans les dif­férentes séquences.
Si la choré­graphe pré­tend com­pos­er à par­tir du tra­vail de son pro­pre corps, elle racon­te égale­ment ce que racon­tent les autres corps, respec­tant leur mou­ve­ment spé­ci­fique et une idée par­fois onirique de la mélan­col­ie.
L’u­til­i­sa­tion de l’espace et des élé­ments scéno­graphiques est d’une sim­plic­ité telle qu’elle con­fine au fonc­tion­nel : dans MÉCANISMES, le mur sert au jeu d’équili­bre des danseuses, au retour du mou­ve­ment ; dans GLORIA T. , la séquence du jeu ne pour­rait se dérouler de la même manière sans les maisons. Dans cette dernière oeu­vre, l’utilisation du décor — en par­faite rela­tion chro­ma­tique avec les cos­tumes et les lumières — est un autre exem­ple de la sim­plic­ité de ses recours : dans un décor sim­ple, plat et hor­i­zon­tal, Joan­na Providên­cia des­sine les sit­u­a­tions des corps qui se couchent, se lèvent et saut­ent jusqu’au bord de la chute dans l’abîme. 

Joanna Providência. Photo João Tabarra.
Joan­na Providên­cia. Pho­to João Tabar­ra.

Joan­na Providên­cia

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Écrit par Cristina Peres
Cri­tique choré­graphique.Plus d'info
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D'autres imaginaires-Couverture du Numéro 39 d'Alternatives Théâtrales
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