Très jeune, quelques années avant la Révolution, elle était déjà prête à intégrer un corps de ballet. Elle en fit l’expérience et ne l’aima pas.
Déçue de ce que la danse lui offrait, elle la quitta pour le théâtre, puis celui-ci pour la peinture, la peinture pour l’architecture, revenant enfin à la danse juste après la Révolution.
Quand on suit l’évolution de la danse portugaise de la fin des années GO aux années 80, on pourrait presque toujours mentionner Paula Massano comme l’exception.
Contrairement à la plupart de ses contemporains dans la danse portugaise, elle avait été engagée dans les mouvements d’étudiants. Liée au théâtre universitaire, elle s’intéressait au Living Théâtre et à la danse postmoderne, lisait beaucoup et suivait les débats sur les questions esthétiques.
Toujours intéressée par l’expérimentation, refusant les langages prédéterminés et la copie, elle se retrouve souvent seule, ou presque. Elle essaye toujours d’attirer ses interlocuteurs à cette idée qui la fascine — fascination est d’ailleurs un mot qui revient quand elle parle de ses sources d’inspiration -, l’idée d’une danse qui ne soit jamais ni prévisible ni redondante mais née d’un besoin et construite par une recherche.
Née et élevée en Afrique, elle en garde un souvenir idyllique des grands espaces, des corps qui dansent, libres. Elle aura, de 82 à 84, l’opportunité de travailler avec des étudiants de théâtre africains et ce sera pour elle une période de grand bonheur et d’apaisement, puisqu’en enseignant à ces étudiants elle apprend d’eux une façon de bouger si différente de la sienne. Il en résultera la chorégraphie qu’elle fait pour le spectacle ZOO & LOGICA, une chorégraphie inspirée sur la langueur, l’apaisement et Le repos.
Elle s’intéresse beaucoup aux autres arts et collabore avec le théâtre (O Bando, Cornucépia, les metteurs en scène Ricardo Pais et Mério Feliciano), la musique (Carlos Zingaro, Anténio Emiliano, António Pinho Vargas), la littérature (António Pinto Ribeiro), la peinture (Nuno Carinhas). Elle encourage les praticiens des autres arts à s’intéresser à la danse et recherche dans les autres langages une logique qu’elle puisse transposer à la danse.
L’une de ses premières chorégraphies, faite en collaboration avec Elisa Worm pour Dança Grupo, NA PALMA DA MA0 À LAMPADA DE GUERNICA, est inspirée par la peinture de Picasso. Elle a toujours le projet de faire un travail inspiré par l’hétéronomie de Fernando Pessoa : ANTERUS. Elle étudie un an à New York, au Merce Cunningham Studio et est fascinée par le mouvement et l’insolite des rues de New York, ce qui va l’inspirer en partie dans une pièce qu’elle crée pour ACARTE en 1990, Estranhezas.
Elle respecte le corps et le rythme individuel des danseurs et travaille toujours au départ d’improvisations. Elle leur suggère un thème et fournit le stimulus à l’improvisation dont elle choisit des mouvements, les fait répéter, démembrer, les rend abstraits. Pour elle la danse est avant tout un art visuel.
Elle a essayé l’activité de chorégraphe/soliste et a introduit la danse à Coimbra aux Semaines Internationales de Théâtre Universitaire (SITU), aujourd’hui Biennale Universitaire de Coimbra (BUC), un espace qui devient de plus en plus important pour la Nouvelle Danse Portugaise.
En tant que soliste, elle ne pratique que l’improvisation pure et préfère travailler avec d’autres, comme Francisco Camacho, José Laginha et Filipa Pais avec qui elle a créé Pinacolada, une pièce inspirée par les expressionnistes.
Elle a ainsi traversé toute la décennie sans faire de concessions à l’ordre établi ni fuir la marginalisation, en faisant face à des périodes de solitude. Mais aujourd’hui l’évolution de la danse portugaise lui donne raison.
On pourrait dire d’elle qu’elle est le précurseur de la Nouvelle Danse Portugaise. Mais elle en fait toujours partie et l’on attend encore beaucoup d’elle.

Paula Massano

