La pierre solitaire
Non classé

La pierre solitaire

Le 25 Mai 1992
Article publié pour le numéro
Le théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives Théâtrales
40
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

Le cail­lou énig­ma­tique

LE noir épais reste obstiné­ment opaque tan­dis que côté cour une jeune femme assise dans un fau­teuil se tait dans la com­pag­nie d’un homme fort. Cou­ple esseulé qui se détache dis­crète­ment dans l’ob­scu­rité totale. Soudain, un bruit à peine déce­lable tra­verse la scène en diag­o­nale : il fend la nuit et déchire son silence. Léger éclair sonore. C’est un cail­lou que l’homme debout essaie de rat­trap­er. Il ne réus­sit pas tou­jours, mais cela n’a pas d’im­por­tance. Mais d’où vient-il ce cail­lou ? Qui l’a lancé ? Ni l’œil ni l’or­eille ne parvi­en­nent à iden­ti­fi­er la source de son impul­sion pre­mière. Elle reste secrète. Ain­si débute LA MORT DE DANTON de Büch­n­er dans la mise en scène de Grüber. Avant le défer­lement de l’histoire, le trou­ble de l’énigme pre­mière, celle du cail­lou sans réponse. Serait-il la métaphore de tout être dans le monde même s’il s’ap­pelle Dan­ton ? Sans doute car le spec­ta­cle s’achève sur la jeune femme morte dont le corps dans le fau­teuil de jadis des­sine la courbe d’une pein­ture de Füssli : LE SOMMEIL. L’homme ne lui tient plus com­pag­nie et nul cail­lou ne tinte plus dans la nuit qui la recou­vre. La nuit ultime qui suc­cède à La nuit ini­tiale, la nuit d’avant l’u­topie révo­lu­tion­naire. Grüber plus que quiconque pos­sède le génie d’en­gen­dr­er au théâtre ces images-noy­au autour desquelles une mise en scène s’ordonne et une mémoire se con­stitue. Elles ont la force d’un vers essen­tiel arraché à l’ensemble du texte. d’une énigme ray­on­nante.
Ces derniers temps un autre cail­lou se chargea d’un pou­voir égal, mais, cette fois-ci, parce qu’il res­ta silen­cieux. L’homme fort était le même inter­prète, André Mar­con, seul sur le plateau de l’Odéon, en train de dire/lire le texte de Valère Nova­ri­na, L’INQUIÉTUDE. Des pier­res, dis­posées ici et Là, sug­gèrent un ciimat plus qu’elles ne dessi­nent un paysage ; elles désig­nent une errance plus qu’elles ne soulèvent une inter­ro­ga­tion. Des mots et des pier­res. Des mots — pier­res. Il faut s’y cogn­er, se bless­er, s’y faire mal tout en riant par­fois. À l’in­stant où l’on cherche ironique­ment à définir l’homme, Marc Blézinger, le met­teur en scène, demande à l’in­ter­prète de jeter un cail­lou dans la trappe ouverte d’où un écho loin­tain revient comme d’un de ces puits aux pro­fondeurs démesurées qui ren­voie le son avec un trou­blant retard. Puits mys­térieux dont l’eau trop loin­taine ne reflète plus l’image et appelle la chute du cail­lou pour attester ain­si sa présence. Puits noir. Presque fer­mé sur lui-même. L’interprète y lance un sec­ond cail­lou, et le spec­ta­teur attend son écho. Vaine­ment. Nul son ne retourne et la répéti­tion ne s’installe pas : le puits a hap­pé la pierre, la pierre sans écho ! Le cail­lou de Blézinger est la réponse au cail­lou de Grüber. Les deux se com­plè­tent comme deux par­en­thès­es. L’un trou­ble la nuit, l’autre s’y engouf­fre pour ne plus revenir. Le silence souter­rain se ferme sur lui. Ain­si il y a le cail­lou dont on ignore l’origine et l’autre dont on ignore le lieu d’accueil.
Dans ELECTRE, mise en scène par Deb­o­rah Warn­er, en guise d’in­tro­duc­tion c’est aus­si avec un cail­lou jeté dans un caniveau que la tragédie com­mence : l’as­sim­i­la­tion avec l’héroïne bafouée reste pos­si­ble, bien que non entière­ment explicite. Au terme de la vengeance, Elec­tre retrou­ve le cail­lou du début, le prend dans ses doigts et le regarde en l’interrogeant. Enigme dernière. Trois cail­loux… trois assim­i­la­tions à l’homme sans écho ni orig­ine, à l’homme seul entouré de ques­tions sans réponse. Dans ces trois cail­loux ce qui fascine c’est la présence, comme dis­ait Bachelard, du « sujet trans­porté dans les choses », un sujet anonyme, sujet orig­i­naire. Le cail­lou ne le définit pas mais dit secrète­ment sa place dans le monde, place infinitési­male. 

La pierre météori­tique 

Pour BÉRÉNICE, mise en scène par Grüber, Gilles Ail­laud place à la base de la con­struc­tion qui évoque le Pan­théon romain une immense pierre blanche, bien polie, ovale. Elle est là sans jus­ti­fi­ca­tion ni légitim­ité dra­maturgique évi­dente. Les per­son­nages la con­tour­nent et les mots ne la pren­nent pas en compte, on la voit sans la voir, on l’oublie et on y revient pour l’interroger ou pour repos­er son regard. Elle a la splen­deur lisse d’un galet sor­ti des mers, mais galet géant, démesuré, rond : si la matière est naturelle, les pro­por­tions, de même que le polis­sage la dénat­u­ralisent car la pierre de Grüber-Ail­laud tient de la con­struc­tion men­tale, de la propo­si­tion philosophique, de la ques­tion pre­mière. C’est l’œuf ini­tial, l’omphalos. Le même que Bran­cusi sculp­ta en traçant par le milieu la ligne légère à peine sai­siss­able d’un pro­fil de femme. Il l’appela LA MUSE, celle qui sur­git de l’œuf pre­mier comme la déesse des vagues. La pierre de BÉRÉNICE est une sculp­ture, elle est aus­si sans con­teste, l’énigme. De quoi ? De tout. Cette énigme qui gît au cœur des choses, l’énigme sans solu­tion.
Par la pierre, la nature fait irrup­tion au théâtre, et, comme tou­jours, elle per­turbe une con­ven­tion. Elle provoque une rup­ture car si le mur du Pan­théon sur la scène du Français ne peut être que décor, la pierre, elle, apporte la vérité des matéri­aux et désta­bilise Le règne du faux. Mais, intu­ition admirable, cette pierre n’a rien de brut, elle porte la trace de l’e­sprit qui l’a arrondie et l’a ren­due par­faite. Ain­si, par sa pureté, elle appa­raît comme un équiv­a­lent des alexan­drins tan­dis que par sa nature elle inter­vient comme une déné­ga­tion de l’artifice scéno­graphique. Cette pierre, car­refour entre la splen­deur maîtrisée de l’alexandrin et la douleur d’une pas­sion, affirme une par­en­té et impose une étrangeté, une lumière et un mys­tère.
Sur la sug­ges­tion de Gilles Ail­laud, sem­ble-til, une pierre géante fut aus­si placée sur le sol de la chapelle des Péni­tents Blancs pour la reprise de L’INQUIÉTUDE de Nova­ri­na à Avi­gnon. Pierre brute cette fois-ci, arrachée à une car­rière et reprise telle quelle. La main de l’homme ne l’a pas tra­vail­lée, ni domes­tiquée, elle l’a trans­portée seule­ment pour la pos­er là devant nous. Pierre vio­lente, non maîtrisée, pierre sauvage. Elle s’ac­corde main­tenant non pas avec la poé­tique racini­enne, mais avec la langue toute en rup­tures de Nova­ri­na. Et comme celle-ci, cette pierre sem­ble être un météorite, pro­jeté de nulle part, fruit d’une dis­lo­ca­tion et non pas d’une éro­sion, d’une force et non pas d’une maîtrise. C’est d’un arrachage qu’il s’agit et non d’un mûrisse­ment.
Il y a aus­si une pierre dans LA TEMPÊTE de Brook. Pierre de dimen­sions réduites cette fois-ci, pierre presque mar­ginale qui se détache à l’angle du jardin zen brook­ien. Pierre brute, certes, mais par l’emplacement rat­tachée à la cul­ture car qu’est-ce qu’un jardin sec sinon une vision arti­fi­cielle de la nature obtenue à l’aide de ses matéri­aux orig­i­naires dis­posés selon un ordre spir­ituel ?Ce n’est pas à la suite du tra­vail opéré:sur elle que la pierre témoigne du pas­sage de l’homme, mais par sa mise en place dans une éten­due haute­ment organ­isée. Par son aspect la pierre de LA TEMPÊTE rap­pelle la pierre brute de L’INQUIÉTUDE, tan­dis que par sa posi­tion elle évoque l’omphalos de BÉRÉNICE.
La pierre de dimen­sions impor­tantes se retrou­ve, ces dernières saisons, dans de nom­breux spec­ta­cles. Elle préserve toute sa puis­sance car elle n’est pas encore érigée en « mytholo­gie », dans le sens barthésien du terme, de la scène mod­erne. Yan­nis Kokkos l’emploie dans IPHIGÉNIE de Racine, Andreï Ser­ban dans HIPPOLYTE d’Euripide — mais en soulig­nant qu’il s’agit de pier­res fab­riquées théâ­trale­ment —, Claude Régy et Rober­to Plate dans LES MAÎTRES CHANTEURS. La grosse pierre est tou­jours une présence. Jamais un parte­naire.
Les cail­loux bougent et leur secret gît dans le mou­ve­ment tan­dis que les gross­es pier­res restent immo­biles, et leur pou­voir vient de la masse présente sur le plateau. Le cail­lou qui se déplace et la pierre indé­plaçable réalisent, cha­cun à sa manière, le rap­port entre motric­ité et réal­ité du matéri­au. La scène joue égale­ment avec les deux.

Le rocher scéno­graphique 

Si la scène sup­porte les cail­loux et la pierre, pour des raisons tech­niques elle ne peut être que réfrac­taire au rocher. Une alter­na­tive se présente alors : soit le chercher dans sa vérité à l’ex­térieur, soit le dress­er comme un décor sur le plateau.
Brook, surtout à Avi­gnon, mais en Aus­tralie aus­si, aime les rochers des car­rières, leur présence et leur réso­nance. Ces rochers accueil­lent le spec­ta­cle, le rap­por­tent à leur orig­ine loin­taine, l’inscrivent dans un foy­er par­ti­c­uli­er, celui des com­mence­ments. Ils ont une valeur d’am­biance, ils pro­posent un cadre, mais bien qu’ex­térieurs à l’œuvre présen­tée, ils l’élèvent et l’inscrivent dans une durée immé­mo­ri­ale. Ici la dis­tinc­tion acteurs — spec­ta­teurs cesse d’opérer car tous sont égale­ment impliqués dans un même paysage. Ces rochers que la scène ne peut con­tenir, agis­sent sut la per­cep­tion du spec­ta­cle, mais ils n’en font pas par­tie directe­ment. Ils rehaussent sa portée épique mais restent inex­is­tants sur le plan dra­maturgique. Con­scient de cet écueil Brook cherche la con­ti­nu­ité entre le cadre et le spec­ta­cle afin de nouer une liai­son et d’assurer une inté­gra­tion.
Jean Jour­d­heuil et Jean-François Peyret avec la col­lab­o­ra­tion de trois scéno­graphes, Gilles Ail­laud, Titi­na Masel­li, Nicky Rieti pour les trois spec­ta­cles qui, ensem­ble com­posent LE CAS MÜLLER présen­té au Cloître des Carmes à Avi­gnon en 1991, ont élevé côté cour un rocher. Un rocher qui mal­gré l’at­ten­tion extrême portée au ren­du des matéri­aux ne laisse aucun doute quant à son arti­fice. Mais le jour revien­dra où la tra­di­tion des rochers théâ­traux, rochers faux qui sur­gis­sent d’une mer men­tale comme chez Patinir, vont retrou­ver leur place sur scène car, à côté de la forêt, le rocher et la mon­tagne furent les motifs naturels priv­ilégiés des pein­tres du décor du XIXè siè­cle. En Alle­magne, la cou­tume de la toile peinte à été restau­rée ces derniers temps et si en Autriche on aime sou­vent grimper pour des spec­ta­cles qui se don­nent dans les grottes, Zadek et son scéno­graphe Grützke, Luc Bondy et Erick Won­del peignent glac­i­ers et mon­tagnes. Comme les rochers, la scène ne les admet qu’insupportablement faux, ils se présen­tent, dirait Jean-Claude Liéber comme la lim­ite du théâtre. Comme la cime ultime.
Le rocher du CAS MÜLLER se trou­ve au car­refour du vrai et du faux, de l’indiscutable évi­dence de l’un et de l’autre, entre la car­rière et la toile peinte. Si chez Brook les rochers des Tail­lades ou de la car­rière Boul­bon n’ont nulle mis­sion dra­maturgique, le rocher des Carmes n’a de valeur que dra­maturgique. L’un tient de l’en­cadrement, l’autre de l’accompagnement, l’un précède le spec­ta­cle, l’autre n’ex­iste que par le spec­ta­cle, la force du pre­mier vient de son indépen­dance, celle du sec­ond de sa dépen­dance.
Les rochers des car­rières et les glac­i­ers des toiles peintes ne se méta­mor­pho­sent pas : ils appor­tent la vérité de la nature ou son écho plas­tique sans suiv­re le cours du temps. Il y est fixé défini­tive­ment et le spec­ta­cle se déroule dans son sil­lage arrêté une fois pour toutes. Le rocher Müller, par con­tre, en se trans­for­mant sert de parte­naire aux trois œuvres. Pour MÉDÉE il est creusé et chaque cho­riste entouré de ban­delettes, pareil à une momie égyp­ti­enne, a son siège tail­lé dans le faux gran­it du décor. Le rocher est habité. Ensuite, pour QUARTETT il sera déserté de même que les per­son­nages aban­don­nés de leur pas­sion. Un rocher évidé… Et enfin pour HAMLET-MACHINE il sera dénon­cé, le cam­ou­flage à été retiré et tout faux sem­blant écarté, il ne reste plus qu’un squelette, squelette de théâtre, un squelette de lattes et de planch­es. C’est ain­si que le rocher accom­pa­gne le chemin mül­lérien de Prométhée à Ham­let, de la révolte à la bureau­crati­sa­tion, en pas­sant par l’amour désagrégé. Oui, c’est cela, le rocher racon­te l’histoire d’une décep­tion. Il est le réc­it scéno­graphique d’une perte.
Si l’on revient à la tri­ade pro­posée ini­tiale­ment — cail­lou — pierre — rocher — on peut observ­er l’au­torité du sin­guli­er. Chaque fois dans tous les exem­ples cités c’est l’unicité qui l’emporte, jamais le pluriel. Celuici con­stru­it tou­jours une ambiance tan­dis que l’autre impose une ques­tion. Au théâtre n’est énig­ma­tique que la pierre soli­taire. 

De Prométhée à Beck­ett 

Les années 60 furent les années du feu. Les années des torch­es qui tra­versent la nuit, des flammes qui se révoltent, des êtres qui se con­sument.. Le feu et son incan­des­cence affir­ment alors un opti­misme de la rébel­lion con­tre l’ob­scu­rité, un incendie des pas­sions con­tre la neu­tral­ité des affects. Il apporte le roman­tisme auquel la scène bretchti­enne de l’époque était réfrac­taire : si elle voulait éclair­er l’histoire par la rai­son, le feu, lui, appelait à la dérai­son que seul l’ex­cès sat­is­fait. D’un côté on envis­ageait l’avenir, de l’autre une con­som­ma­tion du présent. Le feu, parce qu’il brûle et ne dure pas, dis­ait à lui seul la con­fi­ance dans l’acte et le corps. Le feu était artau­di­en. 

Dans les années 70, chez Kan­tor la pierre paraît. La femme de LA CLASSE MORTE accouche de deux cail­loux dans un berceau-cer­cueil, objet mécanique, dont le bruit insup­port­able rem­place les cris du nou­veau-né. Il n’y a plus de vie à engen­dr­er et la classe sera morte à jamais. La pierre l’emporte. Ces années là, furent aus­si celles du brouil­lard en France et du sable en Alle­magne : années où l’in­cer­ti­tude pointe et où le doute s’installe. Le brouil­lard efface les corps et le sable n’enregistre pas les traces. Qui arrive et qui vient de pass­er ? Les deux ques­tions restent en sus­pens. Où va-t-on, d’où vient-on ? Rien de plus muet… Mais cette inquié­tude n’est alors que con­stat d’un état, diag­nos­tic d’un trou­ble, et la jouis­sance provient de sa recon­nais­sance ; c’est pourquoi Bernard Dort rêvait d’un côté d’un Brecht envahi par la fumée et son fameux cyclo blanc ren­du trou­ble par le brouil­lard et de l’autre côté d’un Wag­n­er sor­ti des brumes afin d’ac­céder à la clarté brechti­enne.
Ces dernières années, sans que son usage soit général­isé, on observe le recours à la pierre. Une pierre qui rap­pelle que le cœur du monde reste secret. Que la ques­tion ultime sera à jamais dépourvue de solu­tion. Mais cette pierre-là s’op­pose au feu qui appelait à une éthique de l’in­ten­sité, de même qu’au brouil­lard qui per­me­t­tait au doute de regag­n­er ses droits. La pierre n’ap­porte pas de réponse, elle sus­cite seule­ment des inter­ro­ga­tions. Ces inter­ro­ga­tions aux­quelles l’être doit depuis tou­jours se con­fron­ter. Quelques exem­ples récents : Alain Ollivi­er fait se couch­er les bonnes de Genet sur un lit de pier­res, lit mythologique loin de toute assim­i­la­tion pos­si­ble avec un intérieur bour­geois. Bruno Meyssat inscrit son AJAX dans un espace entière­ment cou­vert de pier­res, Grüber/Aillaud font déam­buler les chœurs d’HYPÉRI­ON de Mader­na dans la prox­im­ité de deux rochers sur­gis des mers, indif­férents à tout et en même temps exces­sive­ment présents. 

La pierre sur scène ne serait-elle pas la preuve qui atteste le pas­sage de la per­spec­tive prométhéenne des années 60 à la réal­ité beck­et­ti­enne du présent : le feu s’est éteint et la minéral­i­sa­tion s’est général­isée. Comme dans LE LIVRE DE JOB, mis en scène par André Engel, où, après la sim­u­la­tion de l’in­cendie — le feu échoue en effet théâ­tral — le plateau se recou­vre de cail­loux et de pier­res, paysage de l’abandon. Ici il ne s’agit pas de créer une ambiance mais d’im­pos­er un cli­mat, celui du com­bat dernier, de la résis­tance suprême, celui d’après Prométhée qu’En­gel avait enflam­mé il y 15 ans à Nan­cy pour arriv­er main­tenant à ce Job beck­et­tien dépourvu de tout sauf des pier­res.
Le chemin débouche sur la déser­ti­fi­ca­tion finale, celle d’un Job sans autre per­spec­tive qu’une croy­ance absurde ou une sagesse suprême, celle d’un Prospéro apte à recon­naître dans le sable, les cail­loux et les pier­res, le reflet du ciel. Le Prométhée des années 60 s’est éteint et il ne reste plus que les sages pétri­fiés des années 90.

Non classé
Partager
Portrait de George Banu
Écrit par Georges Banu
Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
Le théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives Théâtrales
#40
mai 2025

Le théâtre de la nature

26 Mai 1992 — CATHERINE Naugrette-Christophe: Richard Demarcy, dans chacun de vos spectacles, vous intégrez divers éléments de la nature, depuis l’eau qui recouvrait…

CATHERINE Nau­grette-Christophe : Richard Demar­cy, dans cha­cun de vos spec­ta­cles, vous inté­grez divers élé­ments de la nature, depuis l’eau…

Par Richard Demarcy
Précédent
24 Mai 1992 — À propos de l’utilisation des éléments naturels dans L'ANNONCE FAITE À MARIE de Paul Claudel, mise en scène de Philippe…

À pro­pos de l’utilisation des élé­ments naturels dans L’ANNONCE FAITE À MARIE de Paul Claudel, mise en scène de Philippe Adrien, au Théâtre de la Tem­pête, décem­bre 90, reprise octo­bre et novem­bre 91.  Celui qui…

Par Pedro Kadivar
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?
Mon panier
0
Ajouter un code promo
Sous-total