L’épreuve de la nature
Non classé

L’épreuve de la nature

Le 31 Mai 1992
Article publié pour le numéro
Le théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives Théâtrales
40
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

HORIZON loin­tain ou réal­ité proche, fic­tion men­tale ou expéri­ence vécue, dans l’univers clos d’une salle, la nature ne s’absente jamais. Elle est là, tou­jours, directe­ment ou par con­tu­mace. Ici nous sac­ri­fierons volon­taire­ment la neu­tral­ité du regard panoramique, son désir de tout embrass­er, de réper­to­ri­er l’ensemble des ques­tions au prof­it d’une recherche sur la matéri­al­ité de la nature au théâtre, dans le con­texte du faux scéno­graphique. Cette matière-là va appa­raître alors comme une provo­ca­tion car elle déchire, trou­ble et inquiète un théâtre ayant ten­dance à se repli­er sur lui-même comme domaine autre, fic­tif, à l’é­cart du réel dans ses expres­sions les plus con­crètes. La présence de la nature se charge sur un plateau de valeurs polémiques ; elle est ou a été désta­bil­isatrice. Ce n’est ni le dis­cours sur la nature qui nous préoc­cupe ni sa représen­ta­tion avec les moyens de l’artifice théâ­tral, représen­ta­tion qui se place entre les mots et Les choses. Nous écar­tons aus­si la présence de la nature dans les lieux non théâ­traux le plus sou­vent traités comme des stu­dios ciné­matographiques ayant pour per­spec­tive l’ef­face­ment de la con­ven­tion théâ­trale. Ce à quoi nous nous atta­chons con­cerne la volon­té d’in­té­gr­er sur le plateau des matières organiques, de jouer avec les élé­ments et d’ad­met­tre l’imprévisibilité des ani­maux. Bref, tout ce qui se dérobe au règne de la con­ven­tion non pas occultée sim­ple­ment mais éprou­vée, agressée, con­testée de l’intérieur du plateau. Nous cher­chons la ten­sion entre le faux et le vrai, au sein même du théâtre. Com­bat sans issue des con­traires voués à se trou­ver en co-présence, Car nous n’allons pas nous attarder non plus sur cette belle solu­tion des années 70 qui con­sis­tait à ouvrir un instant les portes de la scène afin de don­ner à voir le dehors comme espace autre, comme plein air libéra­teur. Là il s’agis­sait de révéler une con­tiguïté de con­traires tan­dis que notre but con­siste à saisir le com­bat des con­traires voués à la co-présence sur une scène fer­mée et dépourvue de toute soupape de sécu­rité. Cette nature-là met à l’épreuve le théâtre. Elle est un pari, enjeu d’un véri­ta­ble affron­te­ment esthé­tique où des refus et des accords, des malen­ten­dus et des alliances se jouent. Le théâtre, peut-il inté­gr­er la matéri­al­ité de la nature ? Jusqu’où ?Et alors que veut-il défendre, affirmer ou per­turber ? Ques­tions à embranche­ments mul­ti­ples, gageures à relever, inter­ro­ga­tions régulière­ment relancées.

Une présence sys­té­ma­tique 

Avec Antoine ou Stanislavs­ki, le met­teur en scène, dès l’origine, entend cri­ti­quer le faux-sem­blant du plateau par le recours à la nature au nom du vrai, du con­cret, du matériel. Par ses man­i­fes­ta­tions les plus immé­di­ates la nature vient enracin­er l’acte théâ­tral dans la vie. Le nat­u­ral­isme érige sa présence en pro­gramme car la voca­tion de la matière con­siste à dimin­uer jusqu’à l’anéantissement l’é­cart entre le faux scéno­graphique et le vrai quo­ti­di­en. Mais le dan­ger d’assimiler la scène à la vie sera vite man­i­feste.
Pareille volon­té va engen­dr­er des réac­tions vio­lentes de refus qui appel­lent à l’ex­clu­sion et au ban­nisse­ment de tout ce qui se dérobe à la scène comme espace de l’ac­teur entouré par des con­struc­tions théâ­trales. Désor­mais tout sera fab­riqué arti­fi­cielle­ment et la nature, dans sa matéri­al­ité, devien­dra cible focal­isant toutes les attaques. Les portes se fer­ment à toute intru­sion de l’organique : le théâtre se replie et il engage sa recherche sur la meilleure manière de re-présen­ter la nature. En ce sens le con­cret brechtien ne relâchera pas le com­bat con­tre la matéri­al­ité de la nature car le théâtre con­tin­ue à réclamer obstiné­ment la sur­veil­lance intran­sigeante des fron­tières qui le dis­tinguent de la vie. Brecht veut seule­ment don­ner à l’élé­ment théâ­tral la fac­ture de la matière vivante comme s’il craig­nait tou­jours cette inser­tion étrangère de l’organique. Mais, plus tard, dans la lignée brechti­enne, la nature fait retour. Tout aus­si mas­sive­ment qu’au début du siè­cle, bien que cette fois-ci ce ne soit guère pour des illu­sions réal­istes ; bien au con­traire, c’est afin d’asseoir une lec­ture matéri­al­iste. Plan­chon pour son célèbre GEORGE DANDIN des années 60 cou­vre la scène de paille, apporte des légumes et du lait, réha­bilite le plaisir de l’organique sur Le plateau ; tout cela pour arracher l’œuvre de Molière à la lec­ture essen­tial­iste au prof­it d’une approche con­crète qui rend explicites les mécan­ismes de l’histoire poli­tique. Le pro­jet n’a rien d’une quête vériste, il se nour­rit d’une volon­té marx­iste. Volon­té explica­tive qui trou­ve dans les matières organiques un appui de poids. (Cela ne doit pas nous empêch­er de rap­pel­er l’usage plas­tique de la nature auquel procé­dait Plan­chon qui dres­sait sur le plateau de véri­ta­bles cita­tions des tableaux de Le Nain). Une fois encore, le recours aux matières vivantes appa­raît comme glob­al, sys­té­ma­tique, total­isant : il con­cerne la scène dans son ensem­ble.
L’oc­cu­pa­tion du plateau dans la même per­spec­tive se retrou­ve chez des artistes habités par le désir ciné­matographique qui, le plus sou­vent, finis­sent par ériger la scène en stu­dio où le spec­ta­teur sem­ble assis­ter à une hypothé­tique prise de vue. Lorsqu’André Engel a quit­té les lieux non théâ­traux pour regag­n­er la salle il n’a pas trahi son anci­enne pas­sion et il a injec­té une dose mas­sive de con­cret afin d’y retrou­ver la sen­sa­tion d’un dehors per­du. Ce fut le cas du MISANTHROPE, de LA NUIT DES CHASSEURS, du LIVRE DE JOB.
Dans ces trois hypothès­es, nat­u­ral­iste, marx­iste ou ciné­matographique, pour des raisons dif­férentes, la scène subit l’extension général­isée, voire sys­té­ma­tique, des matières naturelles au nom d’une quête explicite. Elle tient égale­ment du pro­jet esthé­tique et du pro­gramme poli­tique. Bien que l’on sache qu’il y a du faux dans toute solu­tion scéno­graphique celui-ci ne s’af­fiche pas, il se dis­simule afin que le théâtre soit perçu comme un micro-mod­èle du réel. Mod­èle qui peut tromper la vue et séduire par l’effet de vrai. 

Une présence duelle 

La nature, on l’a dit, nous intéresse ici non pas en dehors du théâtre — dans ces lieux qui ne lui appar­ti­en­nent pas et où juste­ment le spec­ta­cle appa­raît comme venu d’ailleurs — mais surtout dans le théâtre, lieu qu’elle cherche à inté­gr­er. Et par­tant à trou­bler. Après la nature envis­agée comme déni de la con­ven­tion on con­state sa présence comme pari d’un dou­ble pos­si­ble, celui du faux et du vrai réu­nis en une même image. Lorsqu’on regarde les décors de MASSACRE À PARIS, de Mar­lowe pro­posés par Chéreau/Peduzzi, ce qui cap­tive vient de là, de cette ten­sion entre le comble de l’artifice qu’est la toile peinte et le comble du vrai qu’est le sol cou­vert d’eau. Le même con­traste, bien qu’atténué, inter­vient dans IL CAMPIELLO de Goldoni où murs en toile peinte et flaque d’eau cohab­itent. Strehler et Dami­ani réalisent ici un des plus beaux oxy­morons scéno­graphiques. Point de total­ité, soci­ologique ou ciné­matographique.. seule­ment un face-à-face entre le faux et le vrai égale­ment assumé.
Quand la dis­tor­sion entre la matéri­al­ité naturelle du sol et la con­ven­tion arti­fi­cielle ambiante est exas­pérée on retrou­ve par­fois l’e­sprit de la pra­tique chère aux sur­réal­istes, qui met­tait en con­tact deux ter­mes antag­o­nistes, voire incon­grus. Leur ren­con­tre cherche à pro­duire un effet de sur­prise comme celui qu’obte­nait Richard Demar­cy avec DISPARITIONS d’après Lewis Car­oll lorsqu’il réu­nis­sait une machine à coudre et une auto­mo­bile sur un plan d’eau ; le théâtre devient le pen­dant d’un tableau de René Magritte.
La nature, quand on ne cherche pas à l’imposer comme total­ité, mais à l’intégrer comme événe­ment, se charge d’un fort coef­fi­cient de théâ­tral­ité. Théâ­tral­ité dans le sens d’une présence spec­tac­u­laire, exces­sive et sur­prenante. Un orage qui éclate et déverse des tonnes d’eau sur une scène provoque tou­jours l’étonnement d’une per­for­mance tech­nique inespérée. Il y a là de la sur­prise, sur­prise grossière, con­crète, sur­prise liée à une cer­taine déf­i­ni­tion du théâtre comme art rudi­men­taire. On recon­naît avec évi­dence un cer­tain plaisir naïf car ce type d’irruption de la nature sur le plateau se rat­tache tou­jours à l’ancien univers du mer­veilleux. La nature appa­raît alors comme symp­tôme d’une théâ­tral­ité portée à l’ex­cès. Par­fois il y a même risque que cette théâ­tral­ité dévore le spec­ta­cle tout entier, qu’elle le con­cen­tre, qu’elle l’épuise ; ce fut le cas de l’in­cendie ini­tial du LIVRE DE JOB d’An­dré Engel et Nicky Rieti.
Les modes d’in­ter­ven­tion de cette nature-là sont opposés pour ce qui est du rap­port au temps. Lorsqu’on recou­vre le sol de terre ou de feuilles mortes elle agit dans la durée, tan­dis qu’elle se man­i­feste dans l’éclat d’un instant prodigieux lorsque la pluie ou le feu s’abattent sur le plateau. D’un côté la per­sis­tance avec tout ce qu’elle com­porte comme imprég­na­tion du regard, de l’autre côté la vitesse avec tout ce qu’elle sup­pose comme ful­gu­rance visuelle. Mais chaque fois cette inser­tion se pro­duit sur fond de recon­nais­sance du théâtre. On ne le nie pas, on cherche seule­ment à élargir son ter­ri­toire. La nature sur scène n’est intéres­sante que lorsqu’elle s’at­taque au théâtre. Lorsqu’elle l’ouvre, le débor­de, le trou­ble, et jamais lorsqu’elle cherche à le cou­vrir d’une nappe de faux-vrai.
La nature, de la terre au feu et à l’eau n’a de sens que dans le con­texte d’une théâ­tral­ité puis­sante. C’est leur com­bat qui nous intéresse. 

Une présence min­i­male 

La nature peut avoir aus­si une présence matérielle dis­crète, parci­monieuse. Ni glob­ale, ni duelle, elle sera cette fois-ci min­i­male et cette présence, presque par prélève­ment n’a plus rien de provo­ca­teur ; elle tient plutôt du sou­venir, rap­pel de la vaste nature qui se déploie au-delà des murs du théâtre. Elle appa­raît au spec­ta­teur comme dernier terme ayant pour voca­tion d’évo­quer l’extérieur, d’attester sa survie dans l’espace clos de la scène, de désign­er le réel par ce qui, en dernière instance, échappe à la con­ven­tion théâ­trale. La présence min­i­male de la nature se perçoit telle une poche de résis­tance : c’est ce qui reste lorsque tout a été écarté. Ain­si on se dérobe et à l’il­lu­sion total­isante de la nature qui cam­ou­fle le théâtre et à la polémique con­stante de la nature qui com­bat le théâtre.
La pincée de la nature sur scène révèle la valeur poé­tique du con­cret. Elle ne s’af­firme pas comme image du monde et sert à peine de sup­port au jeu : sa rai­son d’être se lim­ite à sa présence et à tout ce qu’elle com­porte comme charge imag­i­naire. Sur le plateau entière­ment soumis aux con­ven­tions scéno­graphiques elle per­met le sur­gisse­ment intense et ponctuel d’un événe­ment presque autonome. L’eau gicle, la flamme vac­ille, le cail­lou résonne.
En évo­quant ces inter­ven­tions parci­monieuses de la nature au théâtre com­ment échap­per au mod­èle du petit paysage sur lequel s’ou­vrent les intérieurs de la pein­ture fla­mande ? Il ne con­teste point la préémi­nence de la scène cen­trale et de ses pro­tag­o­nistes, il apporte seule­ment l’air néces­saire puisque cette ouver­ture entraîne vers un dehors à jamais inscrit en soi-même. Afin que la cham­bre ou la scène ne soient pas syn­onymes d’enfermement, on sauve­g­arde ce petit rec­tan­gle de paysage ou ce frag­ment de nature qu’est sur une scène la flamme ou la flaque.
La présence min­i­male de la nature au théâtre tire son pou­voir poé­tique du fait qu’elle don­rie tou­jours le sen­ti­ment de se trou­ver là par acci­dent, voire même gra­tu­ite­ment, sans rai­son d’être explicite. Nature en attente. Elle se laisse oubli­er pour mieux sur­pren­dre, elle reste tapie au cœur de la scène pour sur­gir brusque­ment : son inter­ven­tion s’opère tou­jours sur le mode de la dis­con­ti­nu­ité. La nature, sur le plan même de la ges­tion générale du regard fait événe­ment sur la scène nue. Dans LES MORTS D’OTHELLO, spec­ta­cle d’An­toine Caubet, l’eau cachée dans une cré­celle ne se décou­vre que lorsqu’un acteur/personnage plonge ses mains et mouille le fameux mou­choir. Quand elle est économique, la nature n’accompagne pas le spec­ta­cle sur sa longueur et ses inter­ven­tions sont fugi­tives.
Cette nature économique attire et cap­tive l’œil lorsque celui-ci fatigué par l’ag­i­ta­tion des corps et désireux de repos, trou­ve un instant de calme objec­tif dans la présence par­cel­laire des élé­ments sur le plateau. Ils sont là, comme des paus­es, des par­en­thès­es, des moments de sus­pen­sion. Pareille donc au paysage miniat­ur­al des pein­tures fla­man­des, la nature min­i­male échappe au déter­min­isme de l’action cen­trale et préserve une cer­taine autonomie. 

Témoin et parte­naire 

Le plus sou­vent, la nature par­ticipe directe­ment au spec­ta­cle, elle enreg­istre et par­fois retient sa trace. Grâce aux mar­ques sur le sol en terre on recon­naît qu’il y a eu des êtres qui se sont affron­tés, aimés, heurtés. de même que les cos­tumes salis, tachés, indiquent, eux aus­si, la rela­tion directe avec la boue, l’eau ou le sable. Dans une des plus belles util­i­sa­tions de la terre, terre dis­simulée sous le par­quet de la scène et ensuite révélée, dans LA MISSION de Müller, mise en scène par Michel Dezo­teux et Mar­cel Del­val, l’état des cos­tumes enreg­is­trait comme un sis­mo­graphe les com­bats directs, non médi­atisés avec la glaise. La nature, presque tou­jours, laisse des signes vis­i­bles sur les vête­ments et les vis­ages. Elle rap­pelle que le jeu peut revêtir l’aspect d’une expéri­ence exces­sive, d’une véri­ta­ble plongée dans la matière qui recou­vre le plateau. Plateau traité comme plaque de bro­mure sen­si­ble et non point comme sur­face demeurée lisse au bout de la représen­ta­tion. Si celle-ci laisse prévoir l’imminence d’une reprise, d’un recom­mence­ment, bref de la répéti­tion, le plateau sali, bafoué, per­tur­bé, rat­tache l’ex­péri­ence théâ­trale à un événe­ment unique dont la clô­ture est évi­dente.
On peut qual­i­fi­er de roman­tique quelques-uns des spec­ta­cles où le comé­di­en s’affronte aux élé­ments. Son com­bat sera tou­jours perçu comme réel, com­bat d’ac­teur, com­bat avec la nature en tant que matière pre­mière, importée illé­gale­ment sur la scène. Cette expéri­ence con­crète, directe du feu, de l’eau, de la terre, partagée par­tielle­ment lorsque du sable ou de l’eau touchent les pre­miers rangs du pub­lic apporte le roman­tisme d’un vécu, d’un corps véri­ta­ble, d’un corps inscrit dans le théâtre mais soucieux de l’ou­bli­er.
Dans les mis­es en scène de Matthias Lang­hoff, il y a beau­coup de matières organiques, mais rarement de sol homogène, unifié. Pour LE PRINCE DE HoM­BOURG de Kleist le sol était recou­vert de terre et pour PROMÉTHÉE de pommes de terre, pour LA CERISAIE, à l’avant- scène, sur une zone isolée s’en­tas­saient des feuilles mortes. Mais le plus sou­vent, le sol reste celui de la scène, sol en lattes de bois sur lequel gisent à la fin des déchets, des restes de nour­ri­t­ure, du vin ren­ver­sé. Il n’y a plus guère de roman­tisme ici, mais, l’as­sim­i­la­tion du plateau à un sup­port qui révèle Le chaos d’un monde inté­grale­ment soumis au désor­dre du bas cor­porel. Le traite­ment des ali­ments chez Lang­hoff dénonce une dégra­da­tion et n’exalte en rien un com­bat. Les per­son­nages con­som­ment et déversent les résidus sur cette page blanche ini­tiale qui, à la fin, dénonce le délabre­ment général­isé des êtres et des valeurs. C’est d’ailleurs ain­si que s’achevait le spec­ta­cle d’Eu­ge­nio Bar­ba, TALABOT, véri­ta­ble con­stat d’échec d’une généra­tion. Par le traite­ment infligé aux matières naturelles, la mise en scène récon­forte ses pris­es de posi­tions. Elles devi­en­nent explicites.
Sur scène, générale­ment, les élé­ments invi­tent à une rela­tion ludique. On joue avec l’eau, on porte en courant les torch­es en flammes, on fouille la terre, on écrase les fleurs, on par­le aux ani­maux : la nature appelle à cet échange. Il peut s’ex­ercer pleine­ment dans la durée ou inter­venir briève­ment, comme une petite et trou­blante déto­na­tion dans l’univers fic­tif de la scène. Il y a, sans nul doute, un rap­port direct entre l’im­por­tance quan­ti­ta­tive des matières naturelles sur le plateau et le lien qu’in­stau­rent avec elles les acteurs. La nature sur scène per­met d’en­gager un dia­logue physique entre les mots et les gestes, de même que de dress­er une passerelle entre Le dehors et le dedans. Elle agit comme un écho du dehors, comme une matière vivante inscrite dans les belles con­struc­tions men­tales dressées par des scéno­graphes en attente de ces inter­cesseurs entre le vrai le faux que sont tou­jours les comé­di­ens. 

Non classé
Partager
Portrait de George Banu
Écrit par Georges Banu
Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
Le théâtre de la nature-Couverture du Numéro 40 d'Alternatives Théâtrales
#40
mai 2025

Le théâtre de la nature

4 Juil 1992 — Cet été à Avignon Robert Cantarella va mettre en scène LE SIÈGE DE NUMANCE1 de Cervantes et coordonner une lecture…

Cet été à Avi­gnon Robert Cantarel­la va met­tre en scène LE SIÈGE DE NUMANCE1 de Cer­vantes et coor­don­ner…

Par Robert Cantarella
Précédent
30 Mai 1992 — LA nature et le théâtre. Ou le théâtre de la nature, vaste sujet. Il me semble que l’on trouve deux…

LA nature et le théâtre. Ou le théâtre de la nature, vaste sujet. Il me sem­ble que l’on trou­ve deux ten­dances con­tra­dic­toires : d’une part, il y a celle que vous excluez, l’utopie d’un théâtre qui…

Par Bernard Dort
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?
Mon panier
0
Ajouter un code promo
Sous-total