Éclat
Non classé

Éclat

Les metteurs en scène latino-américains en France dans les années 60

Le 7 Juil 1992
Article publié pour le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
41 – 42
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

EN même temps que les com­pag­nies lati­no-améri­caines con­ver­gent à Paris et à Nan­cy pour par­ticiper aux fes­ti­vals inter­na­tionaux1, faisant con­naître avec plus ou moins de bon­heur l’état de leur théâtre, com­men­cent à arriv­er aus­si quelques jeunes met­teurs en scène, qui avaient débuté dans leurs pays respec­tifs et qui cher­chaient à sat­is­faire leurs inquié­tudes créa­tri­ces dans un milieu plus stim­u­lant pour l’ex­péri­men­ta­tion et, peut-être aus­si, d’une plus grande sta­bil­ité poli­tique.
Le pèleri­nage pour venir étudi­er le théâtre en France est une pra­tique anci­enne en Amérique latine, mais, pour autant que nous sachions, jamais aupar­a­vant il ne s’é­tait pro­duit une inser­tion dans le milieu pro­fes­sion­nel français, com­pa­ra­ble à celle qui a com­mencé à se pro­duire de façon man­i­feste au début des années soix­ante, même si cer­tains Lati­no-Améri­cains étaient arrivés la décade précé­dente. Voici la liste des prin­ci­paux met­teurs en scène par ordre d’ar­rivée : Ale­jan­dro Jodor­owsky (1953), Alber­to Rody (1954), Rafael Rodriguez Vigouroux (1957), Jorge Lavel­li (1960), Víc­tor Gar­cía (1962), Anto­nio Diaz Flo­ri­an (1968), Alfre­do Rodriguez Arias (1969), Gus­ta­vo Gac Arti­gas (1974), Oscar Cas­tro (1976) et Augus­to Boal (1978). Il est impor­tant de sig­naler que les met­teurs en scène qui sont arrivés en France à la fin des années cinquante et durant les années soix­ante sont des exilés volon­taires, alors qu’un grand nom­bre de ceux qui sont arrivés la décen­nie suiv­ante le font pour des raisons poli­tiques et sont accueil­lis en tant que réfugiés. Cette dis­tinc­tion n’est pas pure­ment formelle, étant don­né que la con­di­tion d’exilé poli­tique ou non a eu, dans une cer­taine mesure, une influ­ence sur l’ori­en­ta­tion du tra­vail artis­tique dans le pays d’adop­tion.
Ce serait une entre­prise trop vaste que d’é­tudi­er la con­tri­bu­tion de cha­cun de ces met­teurs en scène. C’est pour cette rai­son que nous n’avons choisi que qua­tre d’entre eux : Rafael Rodriguez Vigouroux, Alber­to Rody, Jorge Lavel­li et Víc­tor Gar­cía, qui nous sem­blent être les plus représen­tat­ifs de la pre­mière vague (les exilés volon­taires) et dont l’ap­port artis­tique s’est révélé avec éclat dans les années 60 où il prit des allures de véri­ta­ble mou­ve­ment, selon l’avis de cer­tains cri­tiques.
Il faut insis­ter sur les con­di­tions favor­ables offertes par le milieu théâ­tral français de cette péri­ode et qui ren­dent pos­si­ble l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle des hommes de théâtre étrangers. Ils trou­vaient en France des con­di­tions prop­ices pour enrichir leur bagage cul­turel et théâ­tral, ain­si que pour créer en pleine lib­erté et par­fois avec des moyens économiques qu’ils auraient obtenu dif­fi­cile­ment dans leur pays. Nous pen­sons surtout à cer­tains spec­ta­cles de Lavel­li, Rody et Gar­cia. La mise en scène de GILGAMESH faite par ce dernier nous servi­ra d’ex­em­ple. Elle a néces­sité une adap­ta­tion spé­ciale de la salle (Théâtre de Chail­lot), l’in­stal­la­tion d’un dis­posi­tif scénique com­plexe et exigé la par­tic­i­pa­tion de douze machin­istes, cinq acces­soiristes, huit élec­triciens, qua­tre habilleuses, en plus, naturelle­ment des qua­torze comé­di­ens de la dis­tri­b­u­tion et des autres col­lab­o­ra­teurs proches du met­teur en scène.
La décen­tral­i­sa­tion théâ­trale, la créa­tion des Maisons de la Cul­ture, le Con­cours des Jeunes Com­pag­nies2, l’Aide à la pre­mière pièce, l’U­ni­ver­sité du Théâtre des Nations sont autant de portes d’ac­cès pour les jeunes met­teurs en scène lati­no-améri­cains, qui sauront en prof­iter avec plus ou moins de chance. Leur présence mul­ti­ple et active prend même, pour cer­tains cri­tiques français, un air « d’é­cole » ou de « ten­dance» ; c’est le cas, par exem­ple, de Lucien Attoun qui pub­lie en 1969 un long arti­cle inti­t­ulé « L’É­cole argen­tine de Paris et LE CONCILE D’AMOUR d’Oscar Paniz­za »3 

Récep­tion cri­tique 

Attoun com­mence son com­men­taire en se référant, en général, aux ten­dances qui se man­i­fes­tent par­mi les jeunes met­teurs en scène, tâche dont il recon­naît la dif­fi­culté en rai­son de la nature même du théâtre, art éphémère par excel­lence, étroite­ment lié à son con­texte. Ces ten­dances pren­nent corps à par­tir des critères diver­gents ou con­ver­gents sur la con­cep­tion du théâtre, la fonc­tion de celui-ci dans la société et, en dernier lieu, le mod­èle même de société dont il est ques­tion.
Par­mi les dif­férents courants qui émer­gent, il y en a un dont la fil­i­a­tion lui paraît la plus évi­dente. Le para­graphe mérite d’être cité inté­grale­ment : « Cepen­dant, il serait pos­si­ble de trou­ver une com­mu­nauté de pen­sée pour quelques-uns d’entre eux dans une atti­tude com­mune vis-à-vis du théâtre qui toute­fois ne sem­ble pas vouloir par­ticiper d’une con­cep­tion mil­i­tante de cet art : les Lati­no-Améri­cains forte­ment mar­qués par leur orig­ine, dont l’empreinte dans le théâtre français se fait de plus en plus voy­ante, et dont l’É­cole argen­tine de Paris, est, pour l’in­stant, le moteur le plus dynamique et déjà le plus copié. Les Lati­no-Améri­cains de Paris défend­ent avec con­stance un théâtre musi­cal, céré­mo­ni­al, liturgique et par­fois thérapeu­tique !»
Néan­moins, le cri­tique prend soin de bien pré­cis­er qu’il ne s’agit pas là d’une ten­dance mono­lithique, mais qu’elle pos­sède la diver­sité que l’on attribue dans le domaine de la pein­ture à l’École russe de Paris. Les représen­tants du groupe lati­no-améri­cain seraient : Gar­cia, Jorodowsky, Lame­da, Lavel­li, Rody et Savary, qui auraient un héritage cul­turel com­mun : «(…) né du métis­sage entre l’indien hiéra­tique, aux lignes épurées, précurseur de la styl­i­sa­tion, et l’es­pag­nol, angois­sé, trag­ique et théâ­tral ».
Attoun fait ensuite un compte ren­du de l’it­inéraire théâ­tral de cha­cun d’entre eux en France, en com­mençant par le péru­vien Rafael Rodriguez, avant-garde du groupe, révélé en 1960 par une ver­sion sur­prenante d’OEDIPE ROI. Pour chaque cas, il s’ef­force de mon­tr­er les sin­gu­lar­ités respec­tives. Par­mi les noms déjà cités, il remar­que trois Argentins : Gar­cia, Lavel­li et Savary, dont le tra­vail artis­tique a été par­ti­c­ulière­ment bril­lant. Finale­ment, il esquisse la tra­jec­toire de Lavel­li et se con­cen­tre spé­ciale­ment sur LE CONCILE D’AMOUR, sa dernière œuvre représen­tée, «(…) un des plus beaux spec­ta­cles qu’on ait vus en France depuis longtemps. »
L’ar­ti­cle de Nicole Zand inti­t­ulé « Le besoin de vivre »4, bien qu’il ait été pub­lié l’année précé­dente, paraît répon­dre directe­ment à celui d’Attoun : « Ils ne sont ni un ‘clan’, ni un ‘groupe’, ni une ‘école’, ni une ‘famille’, ni un ‘mou­ve­ment’, ni une ‘chapelle’, ni une ‘cel­lule’, ni une ‘loge’. On les appelle ‘les Lati­no-Améri­cains’ ». Un long épigraphe d’Arrabal où il énonce sa con­cep­tion du « théâtre panique » (fête, rit­uel, céré­monie), ouvre ce com­men­taire de N. Zand. Ces idées d’Arrabal seraient com­munes aux hommes de théâtre lati­no-améri­cains qui, en moins de cinq ans, auraient pris pos­ses­sion de Paris : «(…) ce sont eux qui, dans le milieu du théâtre, appa­rais­sent comme les hommes à abat­tre. ou à imiter ».
Nicole Zand fait elle aus­si remar­quer que la majorité d’entre eux sont argentins : Lavel­li, Copi, Savary, Gar­cia, avec en plus le péru­vien Rafael Rodriguez comme précurseur de ce style « néo-baroque », à tra­vers sa mise en scène de SAINT-GENEST de Rotrou. La péné­tra­tion lati­no-améri­caine aurait déjà com­mencé en 1960 avec l’arrivée suc­ces­sive des hommes de théâtre déjà cités. Les points com­muns : con­nais­sance pri­maire de Brecht, sans iden­ti­fi­ca­tion avec son didac­tisme ; assim­i­la­tion du théâtre d’a­vant-garde (Beck­ett, Ionesco, etc…) ; et, surtout, une pro­fonde affinité avec Artaud, par­fois con­nu indi­recte­ment. Lieu de ren­con­tre priv­ilégié : l’U­ni­ver­sité du Théâtre des Nations, où les jeunes gens de théâtre des pays les plus divers avaient l’occasion d’échang­er leurs expéri­ences à tra­vers un dia­logue exem­plaire des cul­tures, réal­isé dans un pays neu­tre. En somme il s’agis­sait autant de la con­nais­sance de l’autre que de se con­naître soi-même et son con­texte orig­inel.
Selon, N. Zand, les années soix­ante mar­quent l’a­pogée de Brecht-Beck­ett-Ionesco et ouvrent les portes au théâtre de la cru­auté, au ver­tige de la « jubi­la­tion baroque ». C’est à ce moment par­ti­c­ulière­ment prop­ice que se sont pro­duites les pre­mières créa­tions lati­no-améri­caines : « Elles appor­taient toute une cul­ture dif­férente, un peu mag­ique, un peu vénéneuse, une source nou­velle de mytholo­gies exprimées grâce à l’utilisation de tous les lan­gages : gestes, sons, mou­ve­ments des corps, cris, mod­u­la­tion des voix. »
Elle pense que le fait d’être des étrangers et de ne pas maîtris­er totale­ment la langue française a para­doxale­ment con­tribué à un traite­ment dif­férent du lan­gage, met­tant plus l’ac­cent sur sa qual­ité de matière sonore et musi­cale. Par ailleurs, ne se sen­tant pas directe­ment impliqués dans le con­texte social français : «(…) ils se dépoli­ti­saient, pra­ti­quant délibéré­ment l’art pour l’art ».
Cer­taines déc­la­ra­tions de Lavel­li inclus­es dans l’article con­fir­ment pleine­ment le précé­dent juge­ment ; les Lati­no-Améri­cains de Paris ont pra­tiqué le dépasse­ment du réal­isme, l’é­vac­u­a­tion d’élé­ments rationnels, l’abo­li­tion de l’histoire au béné­fice de l’onirique, du fan­tas­tique et du sens de la fête. La déc­la­ra­tion suiv­ante de Lavel­li illus­tre l’objectif essen­tiel qu’il pour­suiv­ait alors avec son tra­vail artis­tique : « Je voudrais que le spec­ta­teur ne se recon­naisse que dans les sen­ti­ments extrêmes hors de toute con­tin­gence quo­ti­di­enne, qu’il soit pris dans un kaléi­do­scope de sen­ti­ments, comme dans un rit­uel. »
Ces deux arti­cles que nous venons de présen­ter ont un grand intérêt, non seule­ment à cause de la richesse de l’information sur cette péri­ode, mais aus­si parce qu’ils essaient, pour la pre­mière fois, de don­ner une vue d’ensem­ble de la présence de met­teurs en scène lati­no-améri­cains en France et d’expliquer d’une cer­taine façon le phénomène. Écrits vers la fin des années soix­ante, ils sont des révéla­teurs sig­ni­fi­cat­ifs de l’im­pact pro­duit ces années-là sur le milieu théâ­tral par Le tra­vail artis­tique d’hommes de théâtre venus d’Amérique latine. Les coïn­ci­dences d’ap­pré­ci­a­tion des deux cri­tiques, sur les Lati­no-Améri­cains, saut­ent aux yeux : ils font un théâtre non réal­iste, céré­moniel, musi­cal ; ils refusent une con­cep­tion mil­i­tante ou poli­tique du théâtre ; ils sont forte­ment mar­qués par leur milieu d’o­rig­ine ; les Argentins, surtout, se dis­tinguent, par leur plus forte per­son­nal­ité artis­tique. Les deux cri­tiques sont con­va­in­cus que l’im­por­tance acquise par les Lati­no-Améri­cains sur Le plan théâ­tral est indis­cutable. 

Arra­bal et les Lati­no-Améri­cains 

Il y a trois aspects que seule N. Zand sig­nale de façon explicite, sans toute­fois les dévelop­per : la com­mu­nauté d’idées du groupe avec Arra­bal ; la pro­fonde affinité avec Artaud ; et l’importance de l’Université du Théâtre des Nations en tant que cen­tre d’échanges très fécond. À notre avis la com­mu­nauté d’idées avec Arra­bal peut être dis­cutable dans des cas pré­cis comme ceux de Rody et de Rodriguez, mais, en général, il a existé une évi­dente com­plic­ité entre cet auteur espag­nol et cer­tains Lati­no-Améri­cains comme Lavel­li, Gar­c­fa, Jodor­owsky, Lame­da et le fran­co-argentin Savary, qui va beau­coup plus loin que le com­mun dénom­i­na­teur de la langue et de la cul­ture his­panique. En pre­mier lieu, il suf­fit de sig­naler la longue liste d’œu­vres d’Arrabal qui ont été mis­es en scène par les Lati­no-Améri­cains, nom­bre d’entre elles étant des créa­tions mon­di­ales. J. Lavel­li est celui qui en compte Le plus : PIQUENIQUE EN CAMPAGNE (France, 1965), LA PRINCESSE ET LA COMMUNIANTE (France, 1966), L’ARCHITECTE ET L’EMPEREUR D’ASSYRIE (France, 1967 ; Alle­magne, 1974), SUR LE FIL (France, 1975) et LA TOUR DE BABEL (France, 1979).
Víc­tor Gar­cía, pour sa part, a créé avec le suc­cès que l’on sait LE CIMETIÈRE DES VOITURES (France, 1966 et 1967 ; Brésil, 1969), ver­sion spé­ciale qui inclu­ait aus­si LES DEUX BOURREAUX, LA COMMUNION SOLENNELLE et ORAISON. Plus tard il a mis en scène L’ARCHITECTE ET L’EMPEREUR D’ASSYRIE avec l’Old Vic de Lon­dres (1970) et aus­si LOS DOS VERDUGOS en espag­nol, qui n’a pu être représen­té, le 11 févri­er 1969, en Espagne, à cause de l’in­ter­ven­tion de la police fran­quiste.
Le pre­mier texte théâ­tral mis en scène par Jérôme Savary fut LE LABYRINTHE (France, 1967), où Copi jouait égale­ment. Ramén Lame­da, qui est resté moins longtemps en France, a égale­ment mon­té un spec­ta­cle Arra­bal com­posé de BESTIALITÉ ÉROTIQUE et d’‘UNE TORTUE NOMMÉE DOSTOIEVSKI, (France, 1968). Même Rafael Rodriguez, qui n’a pra­tique­ment pas eu de con­tact ni d’affinité avec Arra­bal fut invité à met­tre en scène LE JARDIN DES DÉLICES (Bel­gique, 1976), expéri­ence qui a pos­i­tive­ment mod­i­fié sa vision du théâtre d’Arrabal. Le seul qui n’a jamais choisi un texte d’Arrabal est Alber­to Rody, bien qu’il se soit mon­tré sen­si­ble au théâtre espag­nol et ibéroaméri­cain, comme le prou­vent ses mis­es en scène de Figueire­do, Calderón, Tri­ana et Neru­da effec­tuées en France.
De son côté, Fer­nan­do Arra­bal est con­scient de la dette qu’il a envers les « Lati­no-Améri­cains de Paris » comme le mon­tre le dernier para­graphe de son texte LE THÉÂTRE COMME CÉRÉMONIE « PANIQUE »5 : « Le jeune théâtre français compte plusieurs pres­tigieux maîtres de céré­monies : Víc­tor Gar­cía, Lavel­li et Savary. Tous trois s’im­posent à nous par la démesure de leur univers baroque qui illu­mine un monde déli­rant, plein d’eau claire et de médi­ums, un monde où les cos­tumes, les décors et la musique et ses instru­ments jail­lis­sent d’un même ven­tre, comme les com­bi­naisons d’un unique kaléi­do­scope sauvage. L’ac­tion saute d’une planète à l’autre, d’un cri à un mur­mure et les spec­ta­teurs, pris­on­niers d’un enc­los pour ten­ta­tions de Saint Antoine, se méta­mor­pho­sent en mages, vic­times et pres­tidig­i­ta­teurs vêtus de dés­espoir et de félic­ité. »
La com­plic­ité d’Arrabal et des Lati­no-Améri­cains a pris aus­si d’autres formes. La plus explicite est la créa­tion du Théâtre Panique, fondé par Arra­bal, Topor et Jodor­owsky, où fig­ure égale­ment Savary par­mi les com­pagnons de route du mou­ve­ment, si l’on en croit le livre inti­t­ulé LE PANIQUE. Par ailleurs, dans la pub­li­ca­tion Le Théâtre, cahiers dirigés par Arra­bal, appa­rais­sent comme col­lab­o­ra­teurs Gar­c­fa, Jodor­owsky et Lavel­li. Cette coex­is­tence et cette col­lab­o­ra­tion mutuelle atteint son plus haut dec‑é dans les années 60. Postérieur at le phénomène s’est atténué et cha­cun a suivi son pro­pre itinéraire, inter­rompu par une mort pré­maturée dans le cas de Gar­cia.
Il y a cepen­dant un aspect essen­tiel con­cer­nant les argentins Lavel­li, Rody et Gar­cia, qui pour des raisons évi­dentes, ne pou­vait être per­cep­ti­ble pour des cri­tiques français comme Nicole Zand ou Lucien Attoun. Il s’ag­it de l’im­por­tance qu’a eue dans la for­ma­tion théâ­trale de ces trois hommes « le mou­ve­ment du théâtre indépen­dant ». Au moins les deux pre­miers ont recon­nu à plusieurs repris­es être les enfants directs de ce mou­ve­ment pro­fondé­ment nova­teur qui s’est dévelop­pé en Argen­tine à peu près entre 1930 et 1960. Le réper­toire était com­posé de clas­siques et de con­tem­po­rains européens et améri­cains, mais il a révélé aus­si de nou­veaux dra­maturges nationaux comme Rober­to Arlt, Car­los Goros­ti­za, Agustfn Cuz­zani, Juan Car­los Fer­rari et Osval­do Dragün, entre autres.

Le souci de l’espace 

Des études con­sacrées à Jorge Lavel­li et Víc­tor Gar­cía, des nom­breux comptes ren­dus de jour­naux et de revues spé­cial­isées con­cer­nant Rafael Rodriguez et Alber­to Rody, on retient que la pra­tique de la mise en scène ne fut pas pour eux la sim­ple répéti­tion de for­mules stéréo­typées, mais une con­stante recherche de nou­velles formes d’ex­pres­sion théâ­trale.
Une des préoc­cu­pa­tions majeures est l’espace de la représen­ta­tion. Víc­tor Gar­cía fut un de ceux qui pous­sa le plus loin l’expérimentation dans ce sens, surtout avec les mis­es en scène du CIMETIÈRE DES VOITURES et de GILGAMESH en France. En Espagne, il fit la mémorable mise en scène de YERMA.
Dans l’article inti­t­ulé « Déshu­man­is­er »6, paru en 1968, après ses deux ver­sions du CIMETIÈRE DES VOITURES (Dijon et Paris), il déclarait : « L’essen­tiel est de trou­ver une archi­tec­ture (…). Aujourd’hui, c’est seule­ment lorsque je suis maître de l’espace, lorsque je l’ai archi­tec­turé, que j’y place le texte. »
La con­cep­tion de Lavel­li est très sem­blable. Pour lui, l’espace de la représen­ta­tion est comme une page blanche où il faut inscrire « l’écri­t­ure scénique » : « Pour moi la mise en scène est avant tout l’ar­chi­tec­ture et, à par­tir de cette archi­tec­ture, pou­voir imag­in­er un dis­posi­tif scénique, un décor, comme moyen de lec­ture, rien de plus, qui sera la par­tie la plus intéres­sante, l’idée de base, l’idée fon­da­men­tale de ce que sera la représen­ta­tion. »7
Alber­to Rody a égale­ment attribué une grande impor­tance à cet aspect, ain­si qu’en témoignent ses mis­es en scène. Dans ses débuts en France, il mon­tra une grande prédilec­tion pour les spec­ta­cles en plein air, util­isant les pos­si­bil­ités offertes par cer­tains mon­u­ments his­toriques (châteaux) dans le cas de FLAMENCA et LE TEMPS DES TROUBADOURS, ou par les arcades de Céret au fes­ti­val où furent représen­tés CREDO SAUVAGE de Guil­laume Ker­gourlay et LE RENARD ET LES RAISINS de Guil­herme Figueire­do. Ensuite, pour la sec­onde ver­sion de la pièce de Ker­gourlay, il trans­for­ma com­plète­ment la salle à l’italienne du Théâtre de l’Épée de Bois pour installer un dis­posi­tif scénique en forme de T, entouré par les spec­ta­teurs. Il en fut de même pour la mise en scène de TARD DANS LA NUIT, du même auteur, qui l’obligea à trans­former la salle de la Mai­son de la Cul­ture de Greno­ble — rela­tion frontale entre acteurs et spec­ta­teurs — en un dis­posi­tif en forme d’arène avec une fos­se cen­trale réservée aux musi­ciens. Pour la scéno­gra­phie de LA DÉVOTION À LA CROIX de Calderón, des­tinée au Théâtre Mobile de la Comédie des Alpes, Rody avoue s’être inspiré de la sit­u­a­tion géo­graphique de Greno­ble, ville entourée de mon­tagnes. 

Les héri­tiers d’Artaud 

La majorité des cri­tiques (Colette Godard et Nicole Zand, entre autres) s’ac­cor­dent à sig­naler que les met­teurs en scène d’origine lati­no-améri­caine — arrivés à une péri­ode de con­fronta­tion entre les pos­tu­lats théâ­traux de Brecht et d’Artaud — ont mon­tré une affinité évi­dente avec ce dernier, dans cer­tains cas sans con­naître directe­ment ses écrits. Les mis­es en scène de Gar­cia, Lavel­li et Rody, par­ti­c­ulière­ment, auraient été les meilleures illus­tra­tions des principes d’Artaud et auraient con­tribué à val­oris­er « le théâtre de la cru­auté ».
Mis­es à part les références déjà citées à pro­pos de Lavel­li, Gar­cia et Rody, voyons un exem­ple qui englobe les gens de théâtre lati­no-améri­cains rési­dant en France : « Artaud a éclaté dans les années 60 avec l’apparition de ce qu’on a appelé l’école lati­no-améri­caine, dont restent aujourd’hui prin­ci­pale­ment Víc­tor Gar­cía et Jorge Lavel­li. Des exilés venus de pays flam­boy­ants, débridés, baro­ques, sac­rilèges, anti-cartésiens. »8
Pour l’auteur de cet arti­cle (qui signe À. S.), les principes essen­tiels d’Ar­taud illus­trés par les Lati­no-Améri­cains seraient les suiv­ants : la pri­mauté du jeu sur le texte et du met­teur en scène sur l’auteur ; la néces­sité de rompre la bar­rière scène / salle, acteur / spec­ta­teur pour instau­r­er une impro­vi­sa­tion indi­vidu­elle et col­lec­tive ; recherche d’une expres­sion plus proche des rites du théâtre ori­en­tal que de la tra­di­tion occi­den­tale «(…) partagée entre Le com­merce du diver­tisse­ment et le culte des chefs-d’œu­vre ».
Les notions de « baroque » et de « baro­quisme » sont fréquem­ment util­isées par les cri­tiques pour qual­i­fi­er les mis­es en scène réal­isées par les Lati­no-Améri­cains. Plus encore, ils assu­ment par­fois euxmêmes ce trait car­ac­téris­tique.
La prédilec­tion de ces met­teurs en scène pour des œuvres de la péri­ode baroque est un fait symp­to­ma­tique : Rotrou, et surtout Calderón. Juste­ment à pro­pos des mis­es en scène de SAINT-GENEST de Rotrou et de LA DÉVOTION À LA CROIX de Calderón, Rafael Rodriguez et Alber­to Rody ont lais­sé quelques témoignages sur la notion de « baroque ». Pour le pre­mier, ce con­cept serait lié en France au catholi­cisme. Le baroque en tant que style artis­tique aurait con­nu en France une péri­ode brève dont le déroule­ment fut pro­fondé­ment influ­encé au niveau du théâtre par les auteurs espag­nols du Siè­cle d’or. Par exem­ple, le mod­èle de SAINT-GENEST fut le GINÉS de Lope de Vega, mais dans l’œuvre française, selon Rafael Rodriguez : «(…) l’idée baroque va à fond dans la con­struc­tion du scé­nario de la pièce, dans les change­ments de plan au niveau du lan­gage, dans les ‘tiroirs’, je veux dire dans la pièce à l’in­térieur de la pièce à l’intérieur de la pièce. »9

Par con­séquent, la mise en scène de Rodriguez s’est effor­cée de ren­forcer ces traits. Pour expli­quer sa con­cep­tion du « baroque » il fait sou­vent appel aux arts plas­tiques, et tout par­ti­c­ulière­ment à la pein­ture et à l’ar­chi­tec­ture ital­i­ennes. Il pré­cise encore plus sa pen­sée quand il dit : « En général, ‘le baroque’, si on l’aborde de façon intel­li­gente, n’est pas seule­ment une sorte de désor­dre, comme on dirait d’une per­le qu’elle est baroque parce qu’elle n’est pas par­faite, mais il cor­re­spond à une forme qui a été claire­ment définie, presque une idéolo­gie avec des principes tech­niques et pra­tiques par­faite­ment défi­nis, par­mi lesquels le plus impor­tant est la notion de ‘cen­trifuge’ et non de ‘cen­tripète’.» Cette dernière notion serait spé­ci­fique du clas­si­cisme, dans lequel les lignes d’un tableau ou d’une con­struc­tion archi­tec­turale con­ver­gent vers un cen­tre net­te­ment défi­ni.
À pro­pos de sa mise en scène de LA DÉVOTION À LA CROIX, À. Rody eut aus­si l’occasion de délim­iter le con­cept de « baroque » dans un dia­logue inclus dans le pro­gramme. Quand on lui a demandé directe­ment ce qu’il entendait par ce terme, Rody a pré­cisé que la péri­ode baroque vient juste après la Renais­sance, étab­lis­sant une pro­fonde rup­ture quant à la con­cep­tion du monde. Et il ajoute : « Le baroque, art par excel­lence expres­sif, je dirais même expres­sion­niste dans sa défor­ma­tion et son idéal­i­sa­tion extrêmes, ban­ni­ra tout ce qui ne pro­duira pas la vio­lente et douloureuse com­mo­tion esthé­tique souhaitée. Tan­dis que la pondéra­tion était l’une des lois pre­mières de l’art de la Renais­sance, le baroque, lui, ne s’é­panouira que dans la démesure. La notion clas­sique de la ‘lim­ite’ cédera la place à la ten­dance vio­lente vers l’ex­agéra­tion pro­pre au baroque. »10 De même que Rafael Rodriguez, il pense que l’aspect dynamique (au point de flirter avec la vio­lence) est une des com­posantes essen­tielles du style baroque, ain­si que la dual­ité réalité/illusion.
Le théâtre de Jorge Lavel­li n’a pas non plus échap­pé à la dénom­i­na­tion de baroque, surtout en ce qui con­cerne ses mis­es en scène du MARIAGE et d’YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE de Gom­brow­icz. Il déclarait lui-même après son tri­om­phe au Con­cours des Jeunes Com­pag­nies (1963) qu’il se sen­tait attiré par un théâtre de « vio­lences et de trans­es ».
Quand nous lui avons directe­ment posé la ques­tion con­cer­nant l’ap­pli­ca­tion du terme « baroque », à pro­pos des mis­es en scène des Lati­no-Améri­cains rési­dant en France, Jorge Lavel­li nous répon­dit : « Je crois que le terme ‘baroque’ est ambigu. On ne sait pas très bien ce qu’il veut dire. On par­lait de ‘baroque’ lorsqu’il y avait sur­charge d’élé­ments d’opéra. On par­lait de ‘baroque’ comme syn­onyme d’expressionniste pour cer­taines choses que j’ai faites, où il y avait une rela­tion de force entre les per­son­nages, où tout était basé sur la vio­lence. Il y avait du baroque dans LE MARIAGE de Gom­brow­icz, car j’imag­ine qu’il y avait là déjà un monde baroque, chargé de sig­ni­fi­ca­tions, de sym­bol­es et de passé, comme un théâtre où se mêleraient l’onirique et le réel. Dès lors, tout ce qui échappe au nat­u­ral­isme ou au boule­vard peut être baroque. » Lavel­li avoue que ce type de théâtre l’a attiré et, à en juger par cer­taines de ses déc­la­ra­tions, il a lui-même util­isé la notion très con­tro­ver­sée qui nous occupe. Faisant référence au MARIAGE, il dit : « Ce que je voulais (…), c’é­tait ren­dre l’u­nivers mys­tique de l’œuvre, son ‘baro­quisme de messe solen­nelle’ sans per­dre la grâce absurde, inso­lite, inat­ten­due de l’action. »
Au sujet de Víc­tor Gar­cía, il est moins fréquent qu’on asso­cie à son tra­vail la notion de « baroque ». On préfère plutôt faire référence à un théâtre de la magie, de l’é­mo­tion, du céré­mo­ni­al, notion qu’il revendique lui-même dans sa con­cep­tion du spec­ta­cle théâ­tral.
La dif­fi­culté d’ap­pli­quer des mod­èles ana­ly­tiques pour abor­der les mis­es en scène de Víc­tor Gar­cía a été expéri­men­tée par l’équipe de chercheurs du CNRS qui suiv­it tout le proces­sus de mise en scène des BONNES. Dans ses con­clu­sions, Denis Bablet fait juste­ment des réserves en ce qui con­cerne la notion de « baroque » appliquée aux mis­es en scène de Víc­tor Gar­cía et en tire une con­clu­sion qui révèle la com­plex­ité de la tâche et, en même temps, une grande pru­dence au niveau des juge­ments de valeurs : « Certes Gar­c­fa refuse le réal­isme quo­ti­di­en et il tend à une très grande économie de signes, quand bien même ses spec­ta­cles peu­vent paraître ‘baro­ques’ — terme qui prête à con­fu­sion — mais son œuvre scénique n’est pas réductible à ces signes. Elle est tis­su de stim­uli et de réac­tions qui peu­vent attein­dre les couch­es pro­fondes de l’individu et elle en est d’autant plus frag­ile : jeu de stim­uli-réac­tions entre le met­teur en scène et les acteurs, entre les comé­di­ens même, entre la représen­ta­tion et le pub­lic. Que ce jeu soit, pour un motif ou un autre, soudain déréglé et le spec­ta­cle risque d’être réduit à son sché­ma abstrait. Il cesse d’être ‘habité’.»11
D’après ce juge­ment de Bablet, la dimen­sion émo­tion­nelle de la mise en scène de Víc­tor Gar­cía con­stituerait un des traits essen­tiels de son style, sa plus grande force d’im­pact, mais en même temps sa faib­lesse, si les con­di­tions indis­pens­ables ne sont pas réu­nies.
La per­cep­tion des met­teurs en scène lati­no-améri­cains comme groupe, une per­cep­tion qui a dom­iné dans les années 60, a dis­paru avec le temps. Rody et Gar­cia sont morts pré­maturé­ment, en pleine activ­ité créa­trice. Quant aux autres, à l’ex­cep­tion de Boal et Gac Arti­gas, ils ont choisi la France comme pays d’adop­tion.

  1. La par­tic­i­pa­tion lati­no-améri­caine au Théâtre des Nations à Paris a com­mencé en 1958 avec le Teatro de Buenos Aires, qui a présen­té LE CARROSSE DU SAINT SACREMENT de Pros­per Mérimée et EL LIMITE d’Alberto de Zavalia, mis­es en scène de ce dernier. Quant au Fes­ti­val de Nan­cy, la pre­mière com­pag­nie invitée a été le Théâtre de l’Université Nationale Autonome du Mex­ique (UNAM) avec DIVINES PAROLES de Valle-Inclán, mise en scène de Héc­tor Azar, spec­ta­cle qui a gag­né le pre­mier prix de la sai­son 1964.  ↩︎
  2. Pour par­ticiper à ce Con­cours — insti­tué en 1946 par Jacques Jau­jard, directeur des Arts et des Let­tres, et par Jeanne Lau­rent, sous-direc­trice — il n’était pas néces­saire d’avoir la nation­al­ité française, de sorte que les étrangers aus­si pou­vaient s’y inscrire. L’âge max­i­mum fixé pour les met­teurs en scène était de 40 ans et la com­pag­nie par­tic­i­pante ne devait pas recevoir une sub­ven­tion régulière de l’État. Plusieurs Lati­no-Améri­cains ont prof­ité de cette occa­sion, dans les années 60 : Rafael Rodriguez présen­ta LA JACQUERIE de Pros­per Mérimée et Jorge Lavel­li obtint le pre­mier prix avec LE MARIAGE de Witold Gom­brow­icz au huitième Con­cours en 1963. Víc­tor Gar­cía par­tic­i­pa au neu­vième Con­cours avec UBU ROI d’Alfred Jar­ry en 1965 et Alber­to Rody a mis en scène sa pièce LE CHEVALIER À LA TRISTE CHEVILLE au dix­ième Con­cours en 1967.  ↩︎
  3. Lucien Attoun, « L’É­cole argen­tine de Paris et LE CONCILE D’AMOUR d’Oscar Paniz­za », Europe n° 480 – 481, avril-mai 1969. ↩︎
  4. Nicole Zand, « Le besoin de vivre », Le Théâtre, 1968 – 1. ↩︎
  5. Fer­nan­do Arra­bal, THÉÂTRE PANIQUE, Chris­t­ian Bour­go­is, 1967 ↩︎
  6. Víc­tor Gar­cía, « Déshu­man­is­er », Le Théâtre, 1968 – 1.  ↩︎
  7. Osval­do Obregón, « Entre­tien avec Jorge Lavel­li », Car­avelle n° 40, 1983.  ↩︎
  8. A. S., « La pri­mauté du jeu sur le texte : Artaud a don­né le ton », Le Monde, Dossiers et doc­u­ments n° 46, décem­bre 1977. ↩︎
  9. O. Obregón, « Entre­tien avec Rafael Rodiguez », LA DIFFUSION DU THÉÂTRE LATINO-AMÉRICAIN EN FRANCE DEPUIS 1958, Thèse d’É­tat, Uni­ver­sité de Paris III, 1987.  ↩︎
  10. Pro­gramme de LA DÉVOTION À LA CROIX de Calderón, Comédie des Alpes, Greno­ble, 1969.  ↩︎
  11. D. Bablet, « Ten­ta­tive de con­clu­sion », Les voies de la créa­tion théâ­trale, Vol. IV, 1975.  ↩︎
Non classé
2
Partager
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
#41 – 42
mai 2025

Le théâtre de l’hispanité

8 Juil 1992 — L’ESPAGNE tient une place très importante dans le répertoire et l’œuvre théâtrale de Charles Dullin, plus importante qu'on ne l’a…

L’ESPAGNE tient une place très impor­tante dans le réper­toire et l’œuvre théâ­trale de Charles Dullin, plus impor­tante qu’on…

Par Évelyne Ertel
Précédent
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?
Mon panier
0
Ajouter un code promo
Sous-total