« La noche du parc »

« La noche du parc »

(Fragments)

Le 16 Juil 1992
VERACRUZ de Georges Lavaudant, mise en scène de G. Lavaudant, TNP Villeurbanne, 1990. Photo B. Enguerand.
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VERACRUZ de Georges Lavaudant, mise en scène de G. Lavaudant, TNP Villeurbanne, 1990. Photo B. Enguerand.
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Article publié pour le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
41 – 42
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En juin 1985, Georges Lavau­dant se ren­dit pour la pre­mière fois au Mex­ique, « presque par hasard ». Il y a fait depuis une quin­zaine de séjours. Le spec­ta­cle TERRA INCOGNITA a jail­li du désir de faire partager « ce rêve amoureux et inat­ten­du », une cer­taine fas­ci­na­tion pour le Mex­ique, ses paysages et ses vis­ages. Georges Lavau­dant écrit :
«On ne s’écarte pas des sim­ples réc­its d’aven­ture avec autant de facil­ité qu’on le souhait­erait.
Ce qui a été vécu pour de vrai prend dans l’imag­i­naire des pro­por­tions inusitées. En ce sens, TERRA INCOGNITA est la somme jamais close de mes nom­breux séjours au Mex­ique. Mais, comme dans l’énon­cé des sou­venirs, le plus impor­tant demeure ce que l’on oublie.
Qu’ai-je donc oublié dont je voudrais à toute force me ressou­venir ? Et dans cet effort, est-ce que je ne com­mence pas à inven­ter, à fab­uler, à piller ici ou là d’autres réc­its, dans d’autres aven­tures ?
Même s’ils se sont mélangés, dilués, trois thèmes revi­en­nent de manière lanci­nante.
Pre­mière­ment : les Indi­ens. Mal­gré le géno­cide, mal­gré l’’empoisonnement et les mas­sacres actuels, les Indi­ens demeurent comme des lumières allumées dans la nuit. Ils veil­lent. Il n’y a pas de juge­ment, pas de nos­tal­gie. Ils sont là, c’est tout.
Deux­ième­ment : la musique et la danse. Les salons et les bars, les boléros et les danzônes, les can­ti­nas et les pul­quer­iäs. Hom­mage à l’al­cool, aux vies, aux voix, aux mou­ve­ments, à la pen­sée des « pieds » qui, dans leurs va-et-vient incom­préhen­si­bles, écrivent les plus beaux poèmes d’amour.
Troisième­ment : l’aven­ture. L’amour, le des­tin, la romance, le désir de dis­paraître du jour au lende­main, de chang­er d’i­den­tité, de devenir ces héros négat­ifs, absents, oubliés. » 

Bar « Leon » — 23 heures 

LE taxi repas­sa devant le palais de mar­bre effon­dré de Bel­las Ârtes, vira à gauche dans Alar­con, puis à droite dans Tacu­ba. L’en­seigne du « Leon » clig­no­tait faible­ment. De la rue, on entendait la sourde pul­sa­tion de la basse. Le patron s’écarta légère­ment pour le laiss­er regag­n­er sa table, mas­sif dans sa chemise trop étroite, il sur­veil­lait l’orchestre ten­ant sa cig­a­rette dans le creux de sa paume, la main der­rière le dos comme cer­tains ado­les­cents le font encore par crainte d’être sur­pris. À la fin du morceau, le Tum­bat­ore aban­don­na son instru­ment et vint le rejoin­dre.
«Qu’est-ce que tu en pens­es ?». Il pen­cha la tête sur le côté et enl­e­va les bouts de sparadrap qui entouraient ses pha­langes et les col­la autour d’un bri­quet en plas­tique. Un trio de gui­taristes se fau­fi­laient entre les tables pro­posant des chan­sons d’amour. Le Tum­bat­ore racon­tait une nou­velle fois l’histoire du meurtre dans le bar, le pis­to­let du gang­ster sur la tempe de l’in­specteur… Le temps d’aller aux toi­lettes et Pan ! La chose était accom­plie. Que bar­bari­da ! Le fils d’un ami, oui le jeune polici­er. Il red­it le corps baig­nant dans le sañg et les tabourets ren­ver­sés, l’en­quête rapi­de et astu­cieuse con­clue grâce à la mar­que de press­ing oubliée dans la manche du pardessus de l’assassin. On avait ral­lumé et ouvert les portes. Un air glacial se fau­fi­lait sous leurs cuiss­es. Il songea que passés ces moments intens­es de retrou­vailles un peu absur­des, la con­ver­sa­tion finis­sait pas s’enliser dans les mêmes anec­dotes, les mêmes ressasse­ments : « Ver­acruz », le Male­con, les palmiers, les enfants morts d’une mal­adie mys­térieuse (unique­ment les garçons), le mariage de sa fille à Guadala­jara avec un mil­i­taire. Le trompet­tiste aveu­gle arrangeait sa cra­vate et tapotait les bou­tons de sa veste. Atmo­sphère famil­ière où rien ne sem­blait devoir chang­er et qui, pour peu qu’on l’envisageât sous une humeur légère­ment cafardeuse, pou­vait rapi­de­ment tourn­er à la cat­a­stro­phe, au désir de mourir, de s’enfoncer pour de bon dans un alcoolisme défini­tif. Il jeta un dernier coup d’œil en direc­tion du bassiste bossu qui bavar­dait au bord de la piste avec la même blonde décol­orée et paya sans un mot. Ils tra­ver­sèrent Le hall inondé de néons et se retrou­vèrent dans l’air glacial et piquant de la Calle Brazil. 

« Casablan­ca » — 1 heure 15 

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Écrit par Georges Lavaudant
Georges Lavau­dant com­mence le théâtre à Greno­ble. Il devient codi­recteur du Cen­tre Dra­ma­tique Nation­al des Alpes en 1976,...Plus d'info
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mai 2025

Le théâtre de l’hispanité

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