Le vieux rêve méditerranéen de la scénographie catalane

Le vieux rêve méditerranéen de la scénographie catalane

Le 23 Juil 1992
UNE DES DERNIÈRES SOIRÉES DE CARNAVAL de Goldoni, mise en scène de Lluís Pasqual, scénographie de Fabià Puigserver, Théâtre Lliure, Barcelone, 1985. Photo Ros Ribas.
UNE DES DERNIÈRES SOIRÉES DE CARNAVAL de Goldoni, mise en scène de Lluís Pasqual, scénographie de Fabià Puigserver, Théâtre Lliure, Barcelone, 1985. Photo Ros Ribas.

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UNE DES DERNIÈRES SOIRÉES DE CARNAVAL de Goldoni, mise en scène de Lluís Pasqual, scénographie de Fabià Puigserver, Théâtre Lliure, Barcelone, 1985. Photo Ros Ribas.
UNE DES DERNIÈRES SOIRÉES DE CARNAVAL de Goldoni, mise en scène de Lluís Pasqual, scénographie de Fabià Puigserver, Théâtre Lliure, Barcelone, 1985. Photo Ros Ribas.
Article publié pour le numéro
Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
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NÉE au sein d’une évo­lu­tion con­tin­ue et com­plexe qui remonte au début du XVI­I­Iè siè­cle et qui s’est nour­rie de trans­for­ma­tions et d’apports suc­ces­sifs, la scéno­gra­phie cata­lane actuelle — comme d’ailleurs toute la tra­di­tion à laque­lle elle s’in­tè­gre — est pra­tique­ment ignorée dans le panora­ma inter­na­tion­al. La par­tic­i­pa­tion crois­sante de quelque­suns de ses créa­teurs à des pro­duc­tions européennes et l’as­sis­tance de plusieurs scéno­graphes cata­lans — sous l’égide de l’Institut del Teatre de Barcelone — aux récentes qua­tri­en­nales de 1987 et 1991 à Prague font cepen­dant qu’elle com­mence lente­ment à sor­tir de l’anony­mat. Son passé et son présent for­ment pour­tant un vaste mou­ve­ment qui, d’une cer­taine façon, pour­rait être qual­i­fié d’«école cata­lane de scéno­gra­phie ».
Le mot « école », ici, n’a pas le sens d’une ten­dance styl­is­tique uni­voque ou d’un noy­au de tech­niques et de traits styl­is­tiques pro­pres, la dis­tin­guant de toute autre, mais plutôt le sens d’une tra­di­tion se dévelop­pant de généra­tion en généra­tion, sans solu­tion de con­ti­nu­ité et au cœur de laque­lle se pro­duit une trame riche en artic­u­la­tions, influ­ences, débats et inflex­ions, qui la car­ac­térisent comme un organ­isme vivant. Néan­moins, bien qu’il ne soit pas pos­si­ble de par­ler d’une esthé­tique pro­pre­ment cata­lane dans le domaine de la scéno­gra­phie, on pour­rait peut-être relever, en con­sid­érant le mou­ve­ment dans sa visée glob­ale, un trait habituel de sa per­son­nal­ité : la pour­suite têtue de l’inaccessible et vieux rêve méditer­ranéen de la syn­thèse entre le réel et l’idéal, c’està-dire entre l’élé­ment tech­nique, robuste, matériel, arti­sanal, mod­éré (tout ce qui, selon une expres­sion très cata­lane « a les pieds sur terre »), d’une part, et l’élément onirique, lyrique, éthéré, pro­pre à l’extase (ce qui est « touché de la grâce des dieux »), d’autre part. 

ALÈ par Els Comediants. Photo Ros Ribas.
ALÈ par Els Come­di­ants. Pho­to Ros Ribas.

Un peu d’his­toire 

Au cours des XVI­I­Iè et XIXÈ siè­cles, la scéno­gra­phie cata­lane suit une évo­lu­tion par­al­lèle à celle du con­texte inter­na­tion­al. Ce fut un par­cours de deux siè­cles à tra­vers une seule con­ven­tion tech­nique (des toiles et des pièces bidi­men­sion­nelles peintes, occu­pant divers plans de la pro­fondeur de la scène) mais faisant appel à d’im­por­tantes dif­férences styl­is­tiques : depuis les arti­fices fig­u­rat­ifs et la vir­tu­osité du trompel’œil des débuts jusqu’aux défis de la : crédi­bil­ité illu­sion­niste du postro­man­tisme, lorsque la grande bour­geoisie, qui finançait ou régis­sait les prin­ci­paux théâtres, exigea de la scéno­gra­phie une repro­duc­tion de la réal­ité qui fût exacte, descrip­tive et, si pos­si­ble, spec­tac­u­laire, grâce à une fic­tion com­plète des dis­tances, vol­umes, reliefs, détails et lumi­nosités, per­fec­tion impos­si­ble à attein­dre en dehors des réal­i­sa­tions pic­turales.
Le mono­pole de cette for­mule, appliquée jusqu’à satiété aus­si bien à l’opéra, la tragédie, la sainete, la comédie féérique ou le bal­let « à grand spec­ta­cle », en l’ab­sence d’une thé­ma­tique dra­maturgique dis­tinc­tive, fut la rai­son pour laque­lle sur­girent égale­ment ici les pre­miers signes pas­sion­nés de rejet. Ce rejet fut d’au­tant plus vif que la crois­sante banal­i­sa­tion intro­duite par les nou­veaux ate­liers de décor de loca­tion et les décors en papi­er rendait la for­mule plus éculée et il fut par­ti­c­ulière­ment vécu au sein de l’ex­péri­ence tur­bu­lente du mou­ve­ment mod­erniste, au con­tact avec les nou­veaux courants du théâtre et de l’art européens.
Les pre­mières dis­tor­sions fig­u­ra­tives appa­rais­sent déjà dans la pro­duc­tion de Sal­vador Alar­ma et, surtout, Oleguer Jun­yent, les meilleurs dis­ci­ples de Sol­er Rovi­rosa, l’extraordianire fig­ure du réal­isme post roman­tique. Simul­tané­ment, à par­tir de prémiss­es résol­u­ment sym­bol­istes, Adrià Gual — auteur et directeur de théâtre, scéno­graphe, maque­t­tiste, fon­da­teur et référence du pre­mier « théâtre d’art » espag­nol, le Teatre Intim — adopte la posi­tion ouverte­ment anti­nat­u­ral­iste qui, pen­dant les trois pre­mières décen­nies du siè­cle, crée des espaces où se retrou­vent tout ensem­ble la sim­plic­ité, la con­ci­sion, l’ex­cel­lent enchaîne­ment des élé­ments ryth­miques et une remar­quable puis­sance plas­tique d’évocation, découlant par­fois d’une thé­ma­tique fig­u­ra­tive et syn­thé­tique.
À par­tir de la troisième décen­nie du siè­cle, même les ate­liers tra­di­tion­nels aban­don­nent la con­cep­tion réal­iste, au prof­it d’un réal­isme moins strict ou de défor­ma­tions plus accusées, de fac­ture expres­sion­niste et déco­ra­tiviste (à laque­lle n’est pas étrangère l’in­flu­ence des Bal­lets russ­es, présents à Barcelone dès 1917).
En tant que style, la con­ven­tion illu­sion­niste était dépassée, mais non la con­ven­tion pic­turale, en tant que tech­nique. Mal­gré l’en­richisse­ment de son vocab­u­laire styl­is­tique, la scéno­gra­phie cata­lane restait figée, à la fin des trois années de guerre civile (1939), dans une con­cep­tion plane, pic­turale et sta­tique du « décor ». Cette con­cep­tion allait s’aggraver pen­dant la péri­ode du con­ser­vatisme rigide, imposé, et serait égale­ment respon­s­able de la régres­sion styl­is­tique vers l’illusionnisme banal qui pré­va­l­ut dans le théâtre com­mer­cial des années 40 et 50. Seules surent se démar­quer de la médi­ocrité général­isée, cer­taines auda­cieuses styl­i­sa­tions fig­u­ra­tives qui furent exploitées dans le théâtre musi­cal.
Le besoin de trou­ver de nou­veaux lan­gages scéno­graphiques devint le souci majeur de nom­breux groupes de théâtre de cham­bre et de théâtre indépen­dant, qui se for­mèrent en réac­tion con­tre l’immobilisme du théâtre offi­ciel. Tout en rejoignant les courants inter­na­tionaux et en actu­al­isant le réper­toire dra­ma­tique, ils s’in­ter­rogèrent sur la dra­maturgie et la mise en scène, inter­ro­ga­tion dont Adrià Gual avait été l’initiateur mais qui, à l’époque, n’avait pas trou­vé d’écho. Par­mi les pre­miers groupes à se for­mer, celui des scéno­graphes comme Artur Car­bonell, Rafael Richard et Andreu Val­lvé, afficha une volon­té farouche d’amélior­er les qual­ités dra­maturgiques et pro­posa timide­ment de nou­velles voies : affir­ma­tion du corps, décors simul­tanés, vision con­jointe de l’intérieur et de l’ex­térieur des édi­fices, etc.
Les années 50 et 60 voient s’ac­centuer la brèche nais­sante, par­ti­c­ulière­ment par­mi deux groupes : l’Agrupacié Dramäti­ca de Barcelone (@à par­tir de 1955) et l’Escola d’Art Dramätic Adrià Gual (dès 1960). Chez le pre­mier, la rad­i­cal­i­sa­tion de la recherche est en par­tie le fruit de son choix pour un réper­toire d’œu­vres con­tem­po­raines. Celles-ci, parce qu’elles frô­lent par­fois l’absurde, ou s’ap­puient sur une poé­tique de l’irréalité et de la métaphore, ou sont dépourvues de sit­u­a­tions anec­do­tiques pré­cis­es, ne trou­vent pas de cor­re­spon­dance dans la logique illus­tra­tive des formes con­ven­tion­nelles. Quant au sec­ond groupe, compte tenu de la rareté des scéno­graphes pro­fes­sion­nels capa­bles de rompre les habi­tudes, son choix se fait en fonc­tion des arts plas­tiques (pein­tres et sculp­teurs), suiv­ant ain­si les traces de cata­lans célèbres dont les créa­tions furent réal­isées à l’é­tranger : Josep Lluis Sert, Pere Pruna et Joan Miré entre les années 10 et 30 ou, postérieure­ment, Sal­vador Dalf et, de manière plus con­stante et intense, Mar­i­an Andreu et Antoni Clavé. 

Les vingt-cinq dernières années (1967 – 1992) 

L’ar­rivée du jeune Fabià Puigserv­er au théâtre cata­lan pen­dant les années 60 est, sans aucun doute, le fait le plus impor­tant, car elle mar­que le dépasse­ment défini­tif des nom­breux tâton­nements avec lesquels, en règle générale, on avait abor­dé Le prob­lème par Le biais de licences fig­u­ra­tives ou d’in­no­va­tions volumétriques pas tou­jours en har­monie avec le but expres­sif à attein­dre. En s’ap­puyant sur la con­nais­sance qu’il avait des approches scéno­graphiques en Europe, sur sa for­ma­tion solide et poly­va­lente acquise en Pologne et surtout sur son tal­ent excep­tion­nel, Puigserv­er se trou­vait dans une posi­tion de supéri­or­ité dans le milieu de la créa­tion scéno­graphique cata­lane. Il pou­vait, en con­séquence, met­tre la sit­u­a­tion en crise en s’at­taquant à la racine du prob­lème : le con­cept de scéno­gra­phie, com­pris comme réal­ité spa­tiale rad­i­cale­ment nou­velle, ni imi­ta­tive ni esthéti­ciste, ni fig­u­ra­tive ni abstraite, dans un traite­ment tridi­men­sion­nel de l’espace, traduit et artic­ule les con­cepts dra­maturgiques et le déroule­ment de l’action.
À par­tir d’une con­cep­tion de la scéno­gra­phie com­prise comme un développe­ment poé­tique, à par­tir des effets de per­cep­tion recher­chés par les trois autres poé­tiques — le texte, la dra­maturgie et la mise en scène —, la con­tri­bu­tion de Puigserv­er a été mul­ti­ple : dépasse­ment de l’at­tache­ment à un style par­ti­c­uli­er grâce à un éclec­tisme formel découlant d’un choix non équiv­oque pour la syn­thèse (espaces nat­u­ral­istes, géométriques, syn­thé­tiques, qui iro­nisent à par­tir du décor tra­di­tion­nel, qui s’articulent autour d’un élé­ment-signe, espaces-lumière, etc.) ; choix de matéri­aux inédits et emploi sym­bol­ique de leurs tex­tures (toile vibratile, métal, gazon, sols de riz ou de sable, miroir…) ; lib­erté des struc­tures de com­po­si­tion et d’in­vestisse­ment de l’espace (le planch­er seul, le planch­er et le fond, les côtés et le pla­fond, les ram­pes sus­pendues, seule­ment le fond de la scène, un quadri­latère cen­tral, des passerelles cir­cu­laires, etc.) ; per­ma­nente sou­p­lesse de la rela­tion mutuelle entre l’espace de la scène et l’espace du pub­lic (scène à l’i­tal­i­enne, scène élis­abéthaine, pub­lic entourant la scène, scène entourant le pub­lic, pub­lic de part et d’autre d’une scène trans­ver­sale cen­trale, scènes mul­ti­ples sur le plateau ou en plates-formes sur­plom­bant le pub­lic du parterre, scène occu­pant entière­ment le parterre, etc.).
La leçon de per­fec­tion­nisme et de finesse de Puigserv­er, trans­pos­able égale­ment à la con­cep­tion et à la réal­i­sa­tion des cos­tumes, con­vergeant vers des ensem­bles d’une cohérence formelle absolue, fut habituelle­ment don­née en sym­biose étroite avec les créa­tions du met­teur en scène Lluis Pasqual, dans un tra­vail d’équipe com­mencé en 1975 et qui fut l’un des plus pro­fonds, con­ti­nus et fructueux de notre théâtre. Mais la portée de la leçon devait déjà se faire sen­tir dès 1961 et elle atteignit sa pleine matu­rité dans les réal­i­sa­tions de 1967 pour le Grup de Teatre Inde­pen­dent, dont il fut le fon­da­teur avec Francesc Nel-lo et Felin For­mosa, ensuite dans celles pour le Teatre de l’Escor­pi, dont il fut égale­ment le fon­da­teur avec Josep Mon­tanyés et GuillemJor­di Graells, et surtout dans celles du Teatre Lli­ure, espace priv­ilégié de ses meilleures créa­tions, qu’il fon­da en 1976 avec Lluis Pasqual et Pere Planel­la. À l’in­flu­ence de ses travaux sur le développe­ment de la scéno­gra­phie ultérieure, il faut ajouter l’im­pact plus direct de ses années d’en­seigne­ment, lorsqu’il était directeur du départe­ment de scéno­gra­phie à l’Institut del Teatre de Barcelone d’où sor­tirent quelques-uns des pro­fes­sion­nels les plus notoires de la généra­tion suiv­ante, tels le tan­dem Montse Amenés-Isidre Prunés, Joan­Josep Guil­lén, Ramon Ivars ou Andreu Rabal, des noms qui devaient se retrou­ver par la suite par­mi le corps enseignant du même Insti­tut.
Iago Peri­cot — qui à par­tir de 1968 passe pro­gres­sive­ment du monde de la pein­ture à celui de la scéno­gra­phie — est engagé comme pro­fesseur à l’Institut del Teatre presqu’en même temps que Puigserv­er. C’est là un autre fac­teur clé dans la con­fig­u­ra­tion de la sit­u­a­tion actuelle. Ses espaces, dont la grande diver­sité tient au choix des struc­tures et des matéri­aux, offrent des pos­si­bil­ités plas­tiques et tech­niques fort élaborées (avec une cer­taine préférence pour l’abstraction et, dans sa pre­mière péri­ode, pour le cinétisme). On y retrou­ve une vigoureuse puis­sance plas­tique et sym­bol­ique, dans un itinéraire mar­qué par la recherche de la syn­thèse forme-espace-couleur­lu­mière. Sa foi dans les pos­si­bil­ités théâ­trales d’e­spaces alter­nat­ifs (le tun­nel d’une sta­tion désaf­fec­tée du métro de Barcelone, pour ne citer qu’un exem­ple) a eu une forte réper­cus­sion sur les généra­tions suiv­antes, sur les travaux d’Albert Vidal ou de La Fura dels Baus, pour ne men­tion­ner que ces deux cas.
Puigserv­er et Peri­cot, en défini­tive, jet­tent les fonde­ments d’une péri­ode féconde — celle qui démarre en 1976 avec l’ex­plo­sion du début du post­fran­quisme. Des faits comme l’organisation du mythique Grec 76 par l’Assemblée des acteurs et directeurs, la scis­sion de cette dernière en Assem­blée des tra­vailleurs du spec­ta­cle, ou la fon­da­tion du Teatre Lli­ure, haussent le niveau d’exigence de tous les pro­fes­sion­nels, étab­lis­sent des liens de con­ver­gence entre le théâtre indépen­dant et le théâtre pro­fes­sion­nel et enga­gent les insti­tu­tions publiques à adopter une poli­tique d’ap­pui dont une des con­séquences sera la créa­tion du théâtre insti­tu­tion­nel.
Dans cette péri­ode, en même temps que Puigserv­er, Peri­cot et des per­son­nal­ités comme Espa­da, s’af­fer­mis­sent les tal­ents d’A­menésPrunés, Guil­lén, Ivars et Rabal, que nous avons déjà men­tion­nés, ou encore d’Alfons Flo­res, Marce­lo Grande, Josep-Maria Ibáñez, Joan Jor­ba, Pep Sal­lés et le col­lec­tif Els Come­di­ants, ce dernier étant le pro­tag­o­niste d’une des expéri­ences les plus solides et les plus rich­es du théâtre d’an­i­ma­tion dans la rue et le pio­nnier de tous les autres groupes qui se con­sacreront à la créa­tion scéno­graphique sous sa forme col­lec­tive. À cette liste, il faut ajouter le nom de quelques met­teurs en scène qui ont pris la respon­s­abil­ité de leur pro­pre scéno­gra­phie : c’est le cas de Josep Mon­tanyés au Teatre d’Hor­ta, d’Al­bert Boadel­la avec le groupe Els Joglars et égale­ment de l’ac­teur Enric Mai­jé.
Il faut égale­ment men­tion­ner par­mi la créa­tion des dernières décen­nies, la col­lab­o­ra­tion (d’inégale fréquence) d’une autre généra­tion d’artistes des arts plas­tiques à l’u­nivers scénique. Attirés par Les pos­si­bil­ités de recherche esthé­tique du théâtre, ces expéri­men­ta­teurs et ces rêveurs de formes appor­tent les fruits d’un tra­vail mûri au sein d’un milieu priv­ilégié. C’est le cas, d’abord, de Fred­er­ic Amat — sou­vent asso­cié au choré­graphe Cesc Gelabert —, de Pep Durén (avec la par­tic­i­pa­tion fréquente de Nina Pawlowsky ou de Pere Noguera), de Quico Estivill — par­ti­c­ulière­ment dans ses réal­i­sa­tions pour le TEI de Sant Marçal -, d’An­toni Taulé ou de Josep Ver­nis — sou­vent asso­cié à La Gàbia, de Vic. C’est Le cas aus­si, quoique dans une moin­dre mesure, de Robert Llimés, de Riera i Aragó ou d’Antoni Tàpies.
Dans le cadre d’une col­lab­o­ra­tion de plus en plus fréquente entre les insti­tu­tions publiques et des créa­teurs étrangers — ten­tée tout d’abord dans le domaine de la mise en scène — cer­tains scéno­graphes inter­vi­en­nent assez sou­vent dans des pro­duc­tions du théâtre cata­lan, surtout dans celui qui dépend directe­ment de la Gen­er­al­i­tat de Catalun­ya. Lais­sant à l’é­cart la présence spo­radique de Max Big­nens ou de Josef Svo­bo­da, il faut men­tion­ner ici les Français les plus con­stants : Serge Mar­zolff pour la Com­pa­nyia Josep-Mar­fa Flotats ou Jean-Pierre Vergi­er pour le Cen­tre Dramätic, entre autres groupes. Par ailleurs, la présen­ta­tion au Gran Teatre del Liceu d’opéras dont les scéno­gra­phies sont signées par Ezio Frige­rio, Pier-Lui­gi Pizzi, Jean-Pierre Pon­nelle ou Gün­ther Schnei­der­Siemssen, entre autres, ou la mise à l’af­fiche dans les théâtres munic­i­paux (Grec et Mer­cat de Les Flors) de spec­ta­cles signés par Peter Brook, Guy-Claude François (pour Ari­ane Mnouchkine), lan­nis Kokkos (pour Antoine Vitez), Peter Pab­st (pour Pina Bausch) ou Bob Wil­son, nor­malisent le lien entre les pro­fes­sion­nels et les spec­ta­teurs cata­lans, d’une part, et le théâtre européen le plus solide de l’heure actuelle, d’autre part. 

MEL SALVATJE, de Guillem Jordi Graells, d’après PLATONOV de Tchekhov, mise en scène de Pere Planella, Théâtre Romea, Barcelone. Photo Ros Ribas.
MEL SALVATJE, de Guillem Jor­di Graells, d’après PLATONOV de Tchekhov, mise en scène de Pere Planel­la, Théâtre Romea, Barcelone. Pho­to Ros Ribas.

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Écrit par Isidre Bravo
Auteur d’un ouvrage con­sacré à l’histoire de la scéno­gra­phie cata­lane, enseigne à l’Institut du théâtre de Barcelone.Plus d'info
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Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
#41 – 42
mai 2025

Le théâtre de l’hispanité

24 Juil 1992 — IL prophétisa à propos de lui-même qu’«il commettrait des atrocités et des vilenies telles que le nom d’Aguirre retentirait sur…

IL prophéti­sa à pro­pos de lui-même qu’«il com­met­trait des atroc­ités et des vile­nies telles que le nom d’Aguirre…

Par José Sanchis Sinisterra
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22 Juil 1992 — — Entretien — JEAN TORRENT : D'une œuvre que Frédéric Amat a peinte en pensant au CHEVALIER D'OLMEDO, vous dites…

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