Il parlait toujours de littérature…
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Il parlait toujours de littérature…

Le 11 Juil 1994
Article publié pour le numéro
Antoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives ThéâtralesAntoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives Théâtrales
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IL PARLAIT tou­jours de lit­téra­ture lorsque nous nous ren­con­tri­ons.
La tra­duc­tion en français des poèmes de Gui­do Gezelle fit ain­si par­tie des évo­ca­tions de ses dernières années. Chez les fran­coph­o­nes de Bel­gique décou­verts à tra­vers nos ren­con­tres des années qua­tre-vingts, Bail­lon l’avait frap­pé. Par sa langue essen­tielle­ment, m’a-t-il sem­blé.
Il m’avait fait décou­vrir Aigui auquel il me fit remet­tre un mes­sage. C’é­tait à l’oc­ca­sion d’un voy­age que j’ef­fec­tu­ais à Moscou, au sein d’une délé­ga­tion offi­cielle. Je le fis à tra­vers les cir­cuits qui étaient de rigueur dans la cap­i­tale sovié­tique pour un poète plus que mar­gin­al. Je n’ai jamais su si le bil­let était arrivé à bon port.
De Maeter­linck ou de Kalisky, nous ne par­lions pas unique­ment en ter­mes de représen­ta­tion. Mais de langue et d’imag­i­naire. Tou­jours, ses paroles étaient vives et frag­men­taires. Elles s’in­ter­rompaient comme pour mieux rebondir et pour laiss­er en sus­pens la réso­nance de la trou­vaille. En quoi il avait bien à voir avec la poésie.
D’elle nous par­lions bien sûr. Tout d’abord, lors de nos pre­miers échanges, autour et à par­tir de mes textes dont il aimait « la douloureuse con­cen­tra­tion ». Il en appré­ci­ait « la forme vocale — inso­lite pour le haïkaï » et y entendait « l’é­cho du Ou CHARLEROI de l’autre », Il me fit la joie de les lire un soir à Chail­lot alors que ma colonne vertébrale m’empêchait presque de marcher. Hen­ry Bauchau vint à cette lec­ture qui fut déci­sive dans l’évo­lu­tion de nos rap­ports. Je n’eus mal­heureuse­ment pas l’oc­ca­sion de les faire plus tard se ren­con­tr­er vrai­ment.
Antoine évo­qua aus­si les divers­es phas­es de sa vie active — ses grands cycles — en m’in­vi­tant à rompre un jour le cer­cle malé­fique de mes fonc­tions pour entr­er dans une nou­velle peau. Comme lui-même l’avait fait jadis, pré­cisa-t-il. Et comme il avait envie de le faire en s’é­car­tai quelque peu du théâtre pour se don­ner plus à Moue peu du the­atre pour se don­ner plus a la lit­téra­ture. C’est alors qu’il me par­la de ses textes ; et qu’il évo­qua des bribes de son enfance.
Puis une après-midi — c’é­tait dans le salon grège de son bureau de Chail­lot -, il me par­la de «(s)on poème infi­ni », qu’il m’en­voya par la suite. Il m’avait demandé de bien vouloir lui dire ce qu’il m’en sem­blait.
Je préfère en laiss­er enten­dre l’ex­er­gue, qui dit tout : « Soleil après grêle, étangs noirs cou­verts de mousse d’eau, dans le pays de ton père, et le regard au loin de l’homme, encore, des champs, retourné sur toi, la voix d’une femme à côté, l’odeur du pain trans­porté ».

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Écrit par Marc Quaghebeur
Marc Quaghe­beur est enseignant, écrivain (LES CARMES DU SAULCHOIR, Toulouse, L’Éther Vague) et cri­tique (BALISES POUR L’HISTOIRE DES...Plus d'info
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Antoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives Théâtrales
#46
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Antoine Vitez, la fièvre des idées

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10 Juil 1994 — «TOUT EST THÉATRE», affirmait volontiers Antoine Vitez. Ce qui justifiait sans doute que, du théâtre, il s’'échappât au premier détour…

« TOUT EST THÉATRE », affir­mait volon­tiers Antoine Vitez. Ce qui jus­ti­fi­ait sans doute que, du théâtre, il s’‘échappât au pre­mier détour de la con­ver­sa­tion sans avoir l’im­pres­sion de quit­ter son ter­ri­toire. Aus­si, avec le recul, me…

Par Hubert Nyssen
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