« Soleil douteur »

« Soleil douteur »

Le 9 Juil 1994
Antoine Vitez en Avignon, années 1980. Photo Michel Maïofiss.
Antoine Vitez en Avignon, années 1980. Photo Michel Maïofiss.

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Antoine Vitez en Avignon, années 1980. Photo Michel Maïofiss.
Antoine Vitez en Avignon, années 1980. Photo Michel Maïofiss.
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Antoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives ThéâtralesAntoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives Théâtrales
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LA DERNIERE mise en scène d’Antoine Vitez LA VIE DE GALILÉE de Brecht à la Comédie Française, le seul théâtre qui échappe à l’éphémère donc à la mort, fut un peu comme son tes­ta­ment. Avec ce tra­vail il alla au-delà de son méti­er d’acteur, de son méti­er de tra­duc­teur (il appelait ain­si le met­teur en scène), il y fit son méti­er d’homme, ce méti­er si sou­vent jeté par dessus bord aujourd’hui. 

C’est comme Apol­li­naire dans LA JOLIE ROUSSE deman­dant par­don pour ceux qui s’aven­turent sur les sen­tiers du nou­veau 

« Ils vont explor­er la bon­té con­trée énorme où tout se tait ». Brecht ne dit pas autre chose. 

« Vous qui émerg­erez du flot
dans lequel nous avons som­bré
pensez
quand vous par­lerez de nos faib­less­es
au som­bre temps aus­si
auquel vous avez échap­pé

et cepen­dant nous le savons
la haine con­tre la bassesse elle-aus­si
tord les traits
la colère con­tre l’in­jus­tice elle-aus­si
rend la voix rauque. Hélas nous
qui voulions pré­par­er le ter­rain à l’ami­tié
nous ne pou­vions nous-mêmes être ami­caux
mais quand le temps sera venu
où l’homme est un sec­ours pour l’homme
pensez à nous
avec indul­gence ».

Dit autrement c’est le dilemme trag­ique abju­ra­tion et con­tin­u­a­tion des travaux sci­en­tifiques ou résis­tance et pos­si­bil­ité d’un ser­ment d’Hip­pocrate sur l’utilisation des sci­ences pour le bien de l’hu­man­ité. 

Avec la chute du social­isme autori­taire — n’ou­blions pas qu’Antoine Vitez était com­mu­niste même sans appar­te­nance au par­ti — on mesure la réso­nance de cette dernière mise en scène. « Nous nous sommes pris à douter que Méphistophélès ait vrai­ment per­du ; il a gag­né : c’est Gœthe qui a per­du, ou tout au moins son hypothèse ». 

J’ai eu beau­coup de rap­ports poli­tiques avec Antoine Vitez. Il était, je l’ai dit com­mu­niste. Son adhé­sion au Par­ti Com­mu­niste Français datait de 1956 « à par­tir de l’e­spoir de déstal­in­i­sa­tion ». C’est dès l’âge de 16 ans qu’il avait été très touché par le mou­ve­ment com­mu­niste « comme une solu­tion à toutes les con­tra­dic­tions de la pen­sée révo­lu­tion­naire ». C’é­tait dans la foulée de son enfance avec un père pho­tographe anar­chiste et réprou­vé. « Je ne me prends bas pour un ouvri­er maïs je sais que c’est de là que vient toute une part de mon être intime ». Et c’est le Fes­ti­val mon­di­al de la jeunesse à Berlin en 1951 et Le plaisir de la fra­ter­nité mas­sive­ment, le plaisir de croire avec les autres, « l’unité comme assou­visse­ment » dirait Michaux. Antoine Vitez affir­mait là une con­cep­tion ecclésiale de l’en­gage­ment. 

Didier Sandre et Robin Renucci dans LE SOULIER DE SATIN de Claudel, scénographie et costumes Yannis Kokkos, 1987. Photo Brigitte Enguerand.
Didi­er San­dre et Robin Renuc­ci dans LE SOULIER DE SATIN de Claudel, scéno­gra­phie et cos­tumes Yan­nis Kokkos, 1987. Pho­to Brigitte Enguerand.

Et nous avons ensem­ble dis­cuté, sou­vent de tout cela. Nous étions Rie­man­niens, c’est-à-dire des par­al­lèles qui se sont ren­con­trées. Alors pré­cisé­ment de ce point de vue…..C’était à Saint-Denis le 3 mars 1990 à l’Université Paris VIII avec quelques amis et cama­rades (17 très exacte­ment) nous avions souhaité réfléchir sur la frac­ture-séisme à l’Est et penser ensem­ble, cha­cun avec sa spé­ci­ficité, à l’in­ven­tion d’un nou­v­el avenir. Antoine que j’avais sol­lic­ité et d’autres avaient annon­cé leur présence active. La salle était comble, assis, debout, bien assis, mal assis, ser­rés, comme sur ces tableaux d’his­toire où l’on voit des femmes et des hommes en « ram­age » démoc­ra­tique. Il y eut l’ou­ver­ture et puis Antoine par­la. Il était assis juste à ma gauche. Il avait rédigé son pro­pos. 15 points numérotés cha­cun se déploy­ant à par­tir du précé­dent pour aboutir à cette con­clu­sion-hypothèse-soupçon mais pas cre­do. 

« 14 — comme si l’ad­mirable effort de l’hu­man­ité — pen­sée, tra­vail, héroïsme, beauté venait de retomber à la manière d’une fusée qui n’at­teint pas son orbite et s’af­faisse. 

15 — Ef ce qui nous reste à présent — notre rôle — c’est la prophétie au sens où l’on peut lire l’An­cien Tes­ta­ment, le devoir de prophétie : sar­casme, invec­tives et prévi­sion, cri­tique des temps actuels, annonce ».

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Écrit par Jack Ralite
Jack Ralite est maire hon­o­raire d’Aubervilliers et ancien min­istre.Plus d'info
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Antoine Vitez, la fièvre des idées-Couverture du Numéro 45 d'Alternatives Théâtrales
#46
mai 2025

Antoine Vitez, la fièvre des idées

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