LES ACCIDENTS font bien les choses. Je me trouvais muet. L’état si bien connu de latence d’où tout peut jaillir, mais d’où rien ne pourrait tout aussi bien venir. L’état de végétation. Quand se bousculent dans la tête à la fois trop de fracas et trop de silence. Le temps où l’on doute de la signification de chaque mot et où la définition des émotions est un conglomérat de pensées et de sensations éparses. Vide. Je me sentais vide.
Et puis voilà que je tombe sur une série de signes que je tiens pour partiellement liés au spectacle que je prépare sur la sécurité sociale : la vision de plusieurs spectacles très différents, mais chacun exemplaire, diverses lectures, et la redécouverte saisissante des peintres et photographes de la « nouvelle objectivité ». Vous savez ? Des signes que l’on croit liés au miracle et qui ne sont en fait que des informations pour vous signaler que vous êtes bien dans l’air du temps ou pire que vous êtes l’absolu et banal fruit de votre époque. Je compris que cette période de latence était précisément l’état indispensable de spectateur du réel. C’est un sentiment étrange qui mêle l’ennui à la disponibilité totale. On réagit à peine à ce qui se passe, on boit le monde, on se remplit l’enveloppe.
Dès lors, cet état m’a donné les moyens de m’interroger sur certaines angoisses et j’ai envie de me promener à travers elles quelque peu avec vous. Au détour de ces évocations, vous vous retrouverez peut-être.
Les utopies s’effacent, l’oppression demeure
— À propos de « La mère » de Bertolt Brecht, une création du Groupov —
La MÈRE de Bertolt Brecht, une création du Groupov mise en scène par Jacques Delcuvellerie est, après L'ANNONCE FAITE À…

