Elargir les frontières du théâtre
Edito

Elargir les frontières du théâtre

Le 31 Jan 2015
René Hainaux et Magali Pinglaut dans MINETTI de Thomas Bernhard, mise en scène Lorent Wanson, 2006. Photo Alessia Contu.
René Hainaux et Magali Pinglaut dans MINETTI de Thomas Bernhard, mise en scène Lorent Wanson, 2006. Photo Alessia Contu.
René Hainaux et Magali Pinglaut dans MINETTI de Thomas Bernhard, mise en scène Lorent Wanson, 2006. Photo Alessia Contu.
René Hainaux et Magali Pinglaut dans MINETTI de Thomas Bernhard, mise en scène Lorent Wanson, 2006. Photo Alessia Contu.
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LA LECTURE de cette pub­li­ca­tion, je pose un regard ému sur la tra­jec­toire, les pro­jets et l’étendue de la pen­sée de ces artistes. Bien sou­vent, con­stru­ire théâ­trale­ment cette cap­i­tale européenne de la cul­ture a frôlé les ver­tiges de l’impossible.

Tant de fois, j’ai con­stru­it par intu­ition et décon­stru­it par con­stat.

Quelle place fal­lait-il don­ner au théâtre dans un événe­ment d’une telle enver­gure ?

Com­ment ne pas tor­dre ses lim­ites pour l’amener vers une grandil­o­quence dans laque­lle il se perd ou réduire son essence à une parole qui ne serait pas enten­due ?

À cha­cune de mes ques­tions, chaque artiste a apporté une hypothèse. Nom­breux sont ceux à qui j’ai fait état de mes inter­ro­ga­tions et inquié­tudes et tou­jours, je me suis retrou­vé autour de la table face à des propo­si­tions et des réflex­ions inter­pel­lantes. Je me suis sen­ti entouré d’un désir dés­in­téressé et com­mun de ren­dre l’aven­ture de 2015 juste.

Les cap­i­tales européennes nous con­fron­tent à des enjeux qui attisent les attentes, drainent de l’at­ten­tion et appor­tent des moyens excep­tion­nels. Ces nou­velles don­nées font du pro­jet cul­turel 2015 un accéléra­teur pour Mons et vont, je l’e­spère, génér­er des nou­veaux rap­ports avec le pub­lic.

Dans un passé proche, Mons était en léthargie. De toute part, il y eut une volon­té de bous­culer la région par la cul­ture. Con­crète­ment, ce pro­fond désir s’est traduit dans un pre­mier temps par la mise en com­mun des ressources des dif­férentes insti­tu­tions et la mise sur pied d’un espace trans­frontal­ier dynamique en créant le Manège Mons Maubeuge. S’en suivi la con­struc­tion du Théâtre Le Manège, un out­il de tra­vail inespéré qui a per­mis de com­pléter le paysage cul­turel d’un cen­tre de créa­tion con­tem­po­raine et de men­er une poli­tique diver­si­fiée et ambitieuse.

Enfin, cette ville mod­este, de taille humaine, a pré­ten­du au titre de Cap­i­tale européenne de la Cul­ture et for­mule aujourd’hui un rêve et un pari inouïs.

Nous arrivons donc à un moment de vérité.

Pou­vons-nous faire bas­culer un ter­ri­toire ? Pou­vons-nous réin­ven­ter ses fron­tières réelles et imag­i­naires ? Pou­vons-nous faire naître le désir de cul­ture et de partage ?

Dans cette recherche de bas­cule­ment, j’ai choisi pour les Arts de la Scène, et dans le foi­son­nement d’une pro­gram­ma­tion ambitieuse, d’ap­pro­fondir et de renouer plus par­ti­c­ulière­ment cer­tains dia­logues, plutôt que de chercher à tout prix l’in­no­va­tion.

Notre soif de nou­veauté nous pousse à bien des égards à oubli­er l’essentiel.

L’essen­tiel, dans une époque où le dia­logue est com­plexe et par­fois biaisé, est de trou­ver une parole sim­ple et directe pour établir des liens.

Cette rela­tion est par­fois mise à mal car la place d’un théâtre dans une ville se prête à de nom­breux malen­ten­dus ou à des attentes con­tra­dic­toires. Ces malen­ten­dus sont aujourd’hui aigu­isés par une crise économique qui sem­ble remet­tre en ques­tion l’im­por­tance de l’art au cœur de la cité. Or Mons 2015 fait le pari de défendre l’in­verse ; par la cul­ture et par l’art, nous espérons amorcer un redé­ploiement.

Nous avons alors eu besoin de sor­tir des salles noires et d’en élargir les fron­tières pour réduire la dis­tance et rap­procher physique­ment les artistes et les spec­ta­teurs. Car il réside un mys­tère du théâtre qui néces­site ni cin­tres ni machiner­ies ni arti­fice pour exis­ter.

Pour frôler ce mys­tère, nous par­i­ons sur la prox­im­ité et la capac­ité du pub­lic à vivre la sub­til­ité, la fragilité et la force de la parole poé­tique portée par un acteur. Ce faisant, nous rêvons de recréer une rela­tion forte et famil­ière avec les citoyens de la ville et de sus­citer chez eux un besoin de s’approprier le lieu-dit du théâtre, dans les salles.

Car un théâtre doit être une mai­son et non une gare.

Une mai­son est habitée quand ses occu­pants y lais­sent des traces. Une mai­son est habitée quand elle est chargée de sou­venirs.

Quand nous y vivons de grandes émo­tions, ce lieu per­siste dans notre mémoire, il devient un lieu de con­fort et de retrou­vailles.

Une gare, quant à elle, est un lieu de pas­sage où on laisse des choses der­rière soi mais où l’on n’a pas envie de rester.

En allant vers les gens, je rêve d’un théâtre où le spec­ta­teur ressen­ti­rait la douceur d’un espace com­mun, d’un domi­cile auquel il reviendrait en paix pour renouer des liens, inlass­able­ment.

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Écrit par Daniel Cordova
Diplômé en Mise en scène et cinéma à l’IN­SAS, Daniel Cor­do­va exerce d’abord une carrière de musi­cien. Per­cus­sion­niste,...Plus d'info
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