IL NE ME PARLERA PLUS : c’est une raison pour le faire entendre. Je ne verrai plus sa longue figure de tige de jonc se balancer au-dessus de moi, se pencher sur moi : c’est une raison pour le désigner au regard. Ces propositions procèdent de l’amitié et du regret. On les déchiffrera comme une volonté de nier la mort en ce qu’elle a de définitivement cruel. Il y a des jours où on aimerait faire tourner à l’envers la roue du temps.
Si douloureuse que soit la perte, elle n’autorise pourtant pas à porter à la connaissance du public ce qui n’aurait de légitimité que dans la sphère privée. Je l’ai connu
et fréquenté pendant une dizaine d’années. Nous nous sommes rencontrés à l’INSAS. Mais, ici, quand je parle de Jean-Christophe Lauwers, je parle d’abord d’un écrivain et d’un homme de théâtre, d’un
homme d’aujourd’hui.
Encore aux études, il veut créer un théâtre et tout est déjà là : les raisons, la virulence, la
prise d’assaut. Le ton est d’emblée donné :
«L’oc (…) fuse Il détonne
Parce que parmi les porcs Il dépose sa vitalité
comme un scandale et le scandale comme un fruit mfrr dans ce parc d’âmes laitières — littérature
prolixe,
coulis d’ego, troupeau stéatopyge de ceux qui prétendront toujours nous accointer, nous beurrer
dans leur crotte
et qui paissent en paix à l’abri de leur conscience. l’oc doit provoquer leur débâcle
stomachique !
L’oc est la colle-à-mouche c’est la cuiller à merde
le touilleur de certitudes la parole-contre
l’éplucheur de l’oignon métaphysique l’équarrisseur de la Raison,
et le canon à patates du confort nihiliste. »
(Manifeste pour un oc de l’oc).