Christian Jade : Existe-t-il un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?
Consolate Sipérius : Je définis mon travail artistique comme un échange humain tout d’abord. Ce métier permet d’ouvrir des horizons et reconsidérer sa vision du monde. « La diversité culturelle » se définit comme on le perçoit. Pour moi cela ne me dérange pas de l’utiliser si cela reste non discriminatoire. Pour mon travail de fin d’études au Conservatoire Royal de Mons, j’avais travaillé ce sujet. J’étais consciente qu’au théâtre le corps est la première chose que l’on voit et qu’il est nécessaire de l’accepter tel qu’il est pour un épanouissement total dans le métier. J’avais donc rencontré des comédiennes noires, des metteurs en scènes ainsi que des directeurs de théâtre. Cela m’a rassurée de savoir qu’effectivement je serai amenée à être confrontée à cette stigmatisation. C’est une possibilité. Le plus important pour moi c’est d’en être consciente et de le prendre comme une force et un atout.
C. J. : Il semble que le théâtre soit à la traine d’une tendance à la diversification des artistes sensible en particulier dans la danse ou la musique, et à plus forte raison dans l’audiovisuel, depuis des années ? Pourquoi une telle résistance ou réticence ?
C. S. : Oui je pense effectivement qu’il manque gravement une diversité culturelle sur nos scènes belges. Du coup tout le monde n’a pas l’occasion de se sentir concerné. Il y a un manque d’identification pour une grosse partie de la société. Ce qui est vraiment triste et dommage. Effectivement je pense que c’est plus facile dans le domaine de la danse et de la musique d’exploiter plusieurs cultures, différents corps. Il y a certainement une écriture contemporaine des corps plus avancée que dans le théâtre. Dans celui-ci, peut-être il y a encore toujours cette image de « grande institution », de préciosité… Il y a encore du chemin à faire…
8°Il a fallu Chocolat, Joséphine, et bien d’autres pour ouvrir le bal. Ils se sont battus pour leur art et étaient conscient de leur statut, de leur exotisme fascinant et en jouaient pleinement. Ce qui fait d’eux de grands artistes. Heureusement il y a eu une grande avancée depuis ☺.Je décide d’être avant tout une personne et non une couleur ou une représentation d’une communauté. Je m’efforce à espérer que les artistes de ce domaine ont envie de travailler avec moi car je suis moi et non une personnification de l’exotisme.
9° Une ouverture d’esprit et vouloir être malléable avec le monde ?…
10°Oui il plane ce bagage colonial qui freine à proposer. Je n’ai pas de solution juste encore une fois se laisser surprendre et s’intéresser à ce qui passe ailleurs, dans d’autres pays, continents.
11° Encourager les jeunes à aller au théâtre, montrer qu’il n’est pas si inaccessible que ça, que ca les concernent,… Il faut que le théâtre aille dans les écoles.
13° « La discrimination positive » n’est en aucun cas une solution. Si cela est fait ce n’est jamais pour de bonnes raisons. De plus je trouve le terme assez humiliant.
14° Il ne sert à rien d’exagérer ou de montrer qu’on est ouvert. Ce n’est pas l’excès qui amène de bonnes choses c’est le vrai sentiment de travailler avec quelqu’un qui est méritant et non pour une forme d’exposition…
Propos recueillis par Chritian Jade.
