
SES PARENTS ne sont sans doute pas nés à Bruxelles, mais lui, oui, et plus precisément Le 16 novembre 1967. Il a fait ses études à l’INSAS, section mise en scène. Il est donc metteur en scène de métier, mais le vent qui le pousse dans le dos l’implique plus obstinément dans l’écriture : il obtient, en 1994, une bourse d’aide à l’écriture de la Communauté française et réalisera, à partir de 1997, et durant trois saisons, un projet d’écriture dans la commune de Schaerbeek (TRACES DE QUARTIER produit par le Théâtre de la Balsamine).
Sans romantisme ni sensiblerie, Alain Cofino Gomez pratique sereinement et peut-être avec sang froid l’écriture chirurgicale : celle qui découpe, pique et coud dans le vif du sujet. On imagine alors l’auteur, dans la peau de son tanneur de peaux !1 qui, «… resté seul, s’approche d’une table, autour de laquelle il tourne à la manière d’un artiste, une espèce de toréador chirurgien ou, peut-être, un médecin légiste mélomane »2. Il écrit comme ses personnages parlent : avec l’accent et l’expressivité d’une langue qui a copulé avec d’autres et qui, loin de cacher sa bâtardise, nous en offre au contraire sa richesse onoméatopéique. Il y a des écritures silencieuses, celle d’Alain Cofino Gomez fait du bruit. Le mot écrit, éclate, sonore et visuel dans une syntaxe toujours simplifiée au strict minimum intelligible. Alain Cofino Gomez semble veiller à ce que ses personnages sachent toujours quoi faire de leurs dix doigts. Quitte à inventer des métiers, il faut que ça travaille, que ça tripote et que ça tripatouille. Car, on le sait bien, tout le reste n’est que littérature. « Zoom Zoom ! Et hop, je fais ci, je fais ça et voilà que voilà. Vous saisissez ? » et « Zoom, Zoom, ce n’est pas de la rigolade, ça me vient du fond du fond, du même endroit qui me fait rêver des mondes sauvages. »3
Alain Cofino Gomez aime la confusion, la perméabilité des corps et celle des sols, la masse et le nombre, la « crasse » laborieuse, les âmes et les éboueurs, l’humilité comme une arme, « les animaux et les hommes de bonne compagnie ».4
Dès qu’il le peut, il pousse la chansonnette et il la pousse bien.
Affaire de timbres première catégorie
LES LÉCHEUSES DE TIMBRES, encombrées par le corps de feu leur patron, se préoccupent pour l’avenir de l’atelier où elles ont travaillé toute leur vie. Elles décident de passer une annonce : « Atelier cherche patron pour affaire de timbres première catégorie ». Il y aura par ordre d’entrée : le jeune homme, l’homme poisson, le messager, le prédicateur et Mack, le cousin du macchabée, comme il dit.
Ces trois employées codétenues qui vivaient une relation singulière et exclusive avec leur employeur vont nous révéler, peu à peu, leurs peurs et leurs fantasmes. La mort vient bouleverser une situation qui était anormalement statique et les trois femmes vont être brutalement confrontées à des questions et des problèmes auxquels elles n’avaient même jamais songé : par exemple, comment détrôner le premier. Le premier homme de sa vie.
Moralité :
Que l’on s’appelle Georgette, Phillipa ou Bernadette De ses cadavres, on ne fait jamais tout à fait place nette.
Peaux de chat
UN HOMME et une femme, un amour légendaire, une affaire qui marche bien et puis patatras ! : la trahison, la panique, le doute, et la fuite dans une ville frileuse, corrompue et assoiffée de fausse justice. Dji Bi la combine et Léa deviennent malgré eux les Bonnie and Clyde du sous-sol ; c’est la cavale dans les caves en essayant de tromper l’ennemi : le voisin poissonnier. Démagogue de son état, il est secrètement amoureux de Léa et anonymement l’instigateur de la délation contre Dji, le tanneur de peaux, l’écorcheur de chats.
Devenu travailleur clandestin par la force des choses et la mesquinerie sociale, il essaie de survivre entre sa peur à lui et ses rêves à elle. De quelle stratègie le héros et sa belle vont-ils user pour sortir et s’en sortir ?Ils ont, pour eux et contre les autres, huit tableaux pour trouver une solution et le sifflement d’une bouilloire pour faire diversion. Une pièce de l’underground qui nous montre de la misère, des couleurs et des odeurs fortes : celles, particulières, de l’univers théâtral d’Alain Cofino Gomez.
CR
Œuvres théâtrales
AFFAIRE DE TIMBRES
PREMIÈRE CATÉGORIE
Comédie noire en deux journées.
Publié aux Éditions Lansman,
collection Théâtre à Vif, n° 12, Carnières, 1991.
Création par Canadair, dans une mise en scène d’Alain Wathieu,
à la chapelle des Brigittines, Bruxelles, le 31 mars 1993.
Distribution : 3 femmes, 5 hommes
Durée : 1h20
HARRY RUPPER
Épopée noire.
Création dans une adaptation et une mise en scène d’Alain Wathieu, au Festival
Bellone — Brigittines, Bruxelles, 1992.
Distribution : 15 personnages, hommes et femmes
Durée : 2h15
CANAPÉ
Publié aux Éditions Lansman,
collection Tirages légers, n° 11, Carnières, 1994.
Lecture publique sous l direction de Layla Nabulsi dans le cadre des Scènes blanches du Théâtre Varia, Bruxelles, 1994.
NETTOYAGE À SEC
Lecture publique dans le cadre
de la manifestation Bissextiles
à l’Espace Senghor,
Bruxelles, février, 1996.
À PROPOS DU CATÉCHISME DE L’ACTEUR
Publié dans Alternatives théâtrales, n° 47, décembre 1994.
Lecture publique dans le cadre des Rencontres internationales de théâtre contemporain, au Musée d’art moderne de Liège, en 1994.
SOUDURE
Commande de Thierry Debroux pour une séquence de RUPTURES, spectacle collectif.
Publié aux Éditions du Groupe Aven, Bruxelles, 1996.
Création dans une mise en scène de Thierry Debroux, à l’Espace Senghor, Bruxelles, 1994.
PEAUX DE CHAT
Comédie noire en huit tableaux.
Publié aux Éditions du Groupe Âven, Collection Textes, Bruxelles, 1996.
Création dans une mise en scène de Micheline Hardy, au Théâtre Le Public, Bruxelles, le 25 avril 1996.
Distribution : 1 femme,
2 hommes



