
« EN 1958, j’avais 17 ans. Je dérivais solitaire à La foire de l’Exposition universelle de Bruxelles. Je suis entré dans une tente où était annoncée une attraction remarquable : une femme-panthère.
Je me suis trouvé seul, dans un espace obscur et silencieux, qui recelait d’étranges objets : des reptiles globuleux empaillés, des squelettes siamois, des fœtus flottants…
Une belle femme aux yeux sombres était assise à l’écart, sur une petite estrade. Elle portait un peignoir et semblait s’ennuyer, le regard indifférent. En suivant les étagères où s’alignaient des bocaux remplis de je ne sais quoi d’innommable, je progressais vers elle. Quand je fus assez près, soudain, d’un geste vif elle écarta les pans du peignoir et dénuda ses cuisses. Elles étaient couvertes de taches brunes.
Défaut de pigmentation ou artifice ? Je les regardai quelques instants puisque c’est pour elles que j’avais payé mon entrée, puis, troublé, je me tournai à nouveau vers les bocaux pendant qu’elle rajustait son vêtement. Est-ce depuis que j’aime les musée Spitzner et autres bazars forains où des choses humaines et animales trempent dans des vases, où s’entassent des moulages d’anatomies monstrueuses, des reconstitutions d’aberrations naturelles ? Est-ce depuis que je rôde en ces lieux hantés de mannequins de cire, d’animaux naturalisés ou dépouillés juqu’aux os, de momies gisantes en des catafalques d’or, entourées de crânes incrustés de pierreries ? Est-ce depuis que j’aime les cimetières où pleurent des veuves voilées de marbre blanc, enfouies dans les fleurs de soie, de plastique, de pierre, de céramique, de métal émaillé ?
La vie et la mort mêlées en une théâtralisation immobile, le vrai et le faux confondus sous l’apparence, le trompe‑l’œil triomphant. »1
Peintre et sculpteur, plusieurs fois primé, auteur prolifique et créateur de textes-événements, Michel Jamsin est né à Fléron en 1941.
Quand Véra verra ce verrat verruqueux

LE GROUPE DES OISEAUX (merles, geais, chardonnerets, pinsons, bergeronnettes…), la petite lapine, les vers de terre, les musaraignes, les taupes, les chiens et les chats, le chasseur, les ramiers, les tourterelles, une sauterelle qui s’est cassé la patte, les papillons, le rat, une grenouille cul-de-jatte, le loup, un microbe, le cochon tutélaire couvert de verrues, un bourdon, les corbeaux, les hyènes, les vautours, les mouches bleues, les abeilles, la marmotte, le loir, le lièvre, les fourmis, les puces, les cafards, les punaises, le cerf, un coléoptère, un rhinocéros, la cigale, les serpents, les salamandres, les piranhas, les scorpions, les mygales, les caméléons, les chacals, le taureau, la bouse de vache, les fleurs, les herbes et autres accessoires décoratifs…
Un bestiaire orgiaque, maniaque et minutieux qui pousse au ridicule la sensiblerie d’une certaine poésie inspirée qui fait l’éloge suranné de la beauté innocente de l’hospitalière Mère-Nature.
Le narrateur qui n’est visiblement pas sorti de la phase anale (on ne donnera pas d’exemple), ni de la phase orale (« une araignée qui suce une puce… moi qui suce l’araignée… un vampire qui me suce… la femme du vampire qui suce le vampire… et… une puce qui suce la femme du vampire »2, nous maintient la tête baissée dans une cruauté ludique ; celle des enfants, lorsque, animés par un pouvoir d’imagination provocatrice, ils se mettent à la hauteur microscopique des petites bêtes et se libèrent avec plaisir d’une énergie méchante.
Dans cette nature luxuriante, le narrateur fait montre de beaucoup de talent bien qu’il cherche souvent ses mots dans les « euh » et Les points de suspension. Il nous laisse croire parfois qu’il va se perdre et se taire, mais il nous surprend et réinjecte, dans sa logorrhée, son venin pseudo-poétique et schizophrène qui ne tarira qu’avec son suicide certainement inventé : on dirait que je suis mort et que ce serait la fin.
Curry
TRENTE-CINQ TITRES pour trente-cinq textes courts sans fil conducteur, si ce n’est la mise en situation comique d’un sujet dramatique, et un style volontairement dénotatif et étonnamment plus subversif que la littérature déconstruite. Chaque personnage vient raconter sa petite histoire. Celui qui parle n’étant pas toujours nommé, il peut exister autant de personnages que d’histoires. « Les personnages ont quelque chose à dire, à raconter. À qui veut les entendre. Mais on n’est pas obligé de les écouter. D’ailleurs c’est à eux-mêmes qu’ils parlent. Comme dans le théâtre de la vie où les êtres sont si souvent pris aux convulsions de leur propre (mélo) dramatisation. »3 Contrairement à QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX, le texte de CURRY a une écriture concentrée et resserrée qui joue sur la surprise, provoquée soit par la situation soit par le langage. Formelle et soigneusement travaillée, l’écriture de CURRY déclenche un rire féroce, rare au théâtre. Parmi les trente-cinq textes, Michel Jamsin a glissé par-ci, par-là, une allusion-hommage à Dante et à Shakespeare. CURRY a été conçu afin que peinture, sculpture et théâtre ne fassent qu’un seul spectacle « que l’on visite comme une exposition dans une polyphonie de bruits et de musique, de rires et de chuchotements. »4
CR
Œuvres théâtrales
LA LARVE, IL, LA POULE ET LE RAT
Création dans une mise en scène de l’auteur à Mons et à Bruxelles, en 1971.
ZE BLOODY NONNE
Création dans une mise en scène de l’auteur au Festival off
d’Avignon, en 1973.
LE SHOW DES MOMIES
Création par le Kloak Group
Théâtre dans une mise en scène de l’auteur à Mons, en 1977.
Distribution : 3 hommes ou 3 femmes
Durée : 1h30
QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX
Monologue.
Création dans une mise en scène de Jacques Herbet, au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1979.
Durée : 1h
L’ANARCHISTE
L’‘ANARCHISTE BOUFFEUR DE CURÉS,
d’après des textes d’Albert Libertad
Distribution : 2 hommes et 1 voix de femme
L’ANARCHISTE SANGUINAIRE
Distribution : nombre d’acteurs indéterminé
Création de deux séquences de L’ANARCHISTE dans une mise en scène de Jacques Herbet au Théâtre de L’Ancre à Charleroi, en 1980.
LES CONTES DU PÈRE VERT
Montage de textes.
Création par le Banc d’essai du Théâtre de l’Ancre, en 1981.
BELGIQUE 151e
Création d’une des quatre séquences par le Collectif théâtral de la Maison de la Culture de Mons, en 1982.
ITINÉRAIRES
Monologue.
Création par le Théâtre de l’Ancre, en 1982.
Durée : 1h
WAL QUI RIT
Création de deux textes par la Roulotte Théâtrale à Mons, puis en tournée en Belgique, en 1983.
LA FÊTE NOIRE
Montage de textes.
Création par le Théâtre du Pavé de Quaregnon dans une mise en scène de Jacques De Bock, en 1984.
INFINIMENT DE TUYAUX, ET D’AUTRES CHOSES
Montage de textes par Les Tournées à Moteur Wallon, Namur, 1984.
Distribution : 2 hommes
Durée : 15 minutes
LA MAISON DE RÊVE
Montage de textes.
Création par le Minuscule Théâtre dans une mise en scène de Bernard Damien, Bruxelles et Mons, 1984.
MOI LA MOELLE JE LA POÊLE
Montage de textes par l’Atelier théâtre Voilà de Charleroi dans une mise en scène de Jacques Herbet, 1986.
IMAGES ROSES POUR AVEUGLE CURIEUX
Montage de textes par Le Théâtre du Pavé du Quaregnon dans une mise en scène de Jacques De Bock, 1987.
FUNAMBULE OU MERLINPINPIN
Monologue.
Création par le Théâtre de la Psyché dans une mise en scène de Michel Herrman à Nice,
Mons et au Festival off
d’Avignon, en 1989. Distribution : 1 femme
Durée : 45 minutes
MINI MÉLOS POUR RIRE
Création dans une mise en scène de l’auteur à Brugelette, en 1990.
CURRY
Spectacle-environnement.
Création par le Kollekctif
Théâtre dans une mise en scène de l’auteur à la Maison de la Culture de Mons, en 1991.
M’ÉPOUSERIEZ-VOUS ?
Mini-opéra.
Création sur une musique de Samir Bendimered dans une mise en scène de Catherine Simon, à Bruxelles, Mons, Quevaucamp, en 1994.
Dramatiques radiophoniques
LA GRIFFE DE WANG-HOO
Feuilleton d’épouvante burlesque.
Coécrit avec Roland Thibeau.
Diffusé sur la RTBF.
21 JOURS DE CORVÉE
Court métrage radiophonique. Prix du Concours international du court métrage radiophonique des programmes de la Communauté de langue française en 1979.
Adaptation
LA FILLE DU MEURTRIER ET AUTRES MÉLODRAMES
Adaptation de nouvelles du début du XXe siècle.
Création dans une mise en scène de Luc Jaminet à Liège et à Bruxelles.

