Le Faste (roman)

Le Faste (roman)

(extrait inédit)

Le 16 Mar 1983
Armin Jordan et Edith Clever dans Parsifal, film de Syberberg, Photo de répétition, collection cahiers du cinéma
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Article publié pour le numéro
L'opéra aujourd'hui-Couverture du Numéro 16-17 d'Alternatives ThéâtralesL'opéra aujourd'hui-Couverture du Numéro 16-17 d'Alternatives Théâtrales
16 – 17
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Venise. Juil­let 1983.
La sec­onde renais­sance … Wag­n­er e Venezia. .. Par­si­fal alla Fenice puis Pina Baush … Ezra Pound & Igor Stravin­sky au cimetière San Michele … Tiepo­lo au musée Cor­er … La Chine au Palais des Doges … le symp­tôme Sida sur la lagune … rumeurs de peste … Voix de Jean-Hed­ern Hal­li­er mêlée aux clapo­tis des gon­do­les … Fin véni­ti­enne de Wag­n­er … « Et Venise m’apparaît déjà comme un rêve enchan­té(. .. ) Vous enten­drez un jour un rêve que j’ai mis en musique là-bas. » (Wag­n­er) Cette musique, ce rêve : l’orchestration du sec­ond acte de Tris­tan. Venise, le lieu où mourir. L’oubli & la mémoire. « Pour sup­port­er la vie, il faudrait être mort » (Wag­n­er)

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Brux­elles. Mai 1983.
Con­cer­to Spir­i­tuale( Salve Regi­na a due) de Clau­dio Mon­tever­di àla Radio. Con­cile de Trente … Con­tre- Réforme … Nou­velle spir­i­tu­al­ité … La Parole doit façon­ner la musique. & Mon­tever­di fon­da l’ Opéra. « Pour Mon­tever­di c’était la parole qui comp­tait. » ( Edgar Varèse) La voix pour voir. « L’ouïe nous restitue la vue. » ( Saint Bernard) Salve Regi­na… pour ouvrir nos yeux muets.

Venise. Juil­let 1983.
Teatro alla Fenice. Prends appui sur ma voix sur-exposée… Rédemp­tion du rédemp­teur, Wag­n­er-Par­si­fal « … une façon de Michel Ange de la musique »( Varèse) & soudain dans ce qua­si par­lan­do de ma lec­ture & comme lié à dis­tance del’ événe­ment ( le con­grès de la sec­onde renais­sance) j’entends le début du troisième acte de Tris­tan, écrit une nuit d’insomnie sur le bal­con du Pala.zzo Gius­tin­ian, sur le Grand Canal, ici, à portée de ma voix, dans la ville la moins naturelle du monde, bâtie entre chair & eau. Dans cette lec­ture dif­férée, entre le par­lé & le son de ma voix, j’écoutais dans une sorte de silence habité, cette « phrase mélodique, mélan­col­ique » de Tris­tan, sous l’ oeil sim­ple de Par­si­fal qui ne voit qu’une unique lumière : divine. Comme la musique·de Dante. Alla Fenice, la con­fes­sion de Dante & la con­fes­sion de Par­si­fal me furent don­nées en un seul lied.

Brux­elles. Mars 1983.
Gesamtkunst­werk (oeu­vre d’art totale), Finnegans Wake (Joyce) pro­duit l’effet pro­gram­mé : un sys­tème qui scelle l’histoire du texte. « La plus grande vocalised e tous les siè­cles. » (P. Sollers) Vocal­ité extrême, cré­pus­cule des Dieux (salut à Siegfried-Wag­n­er), monde sonore en rup­ture avec l’Ensemble Har­monique du Monde (salut à Wozzeck-Berg), l’excès de Finnegans Wake fait vaciller‑à la note- tout le dis­posi­tif acous­tique de la rumeur lit­téraire. Une « onde hurlante » ( salut à Pier­re­Jean­Jou­ve) à sa manière annon­ci­atrice du silence blanc qui sat­ure nos oreilles & aveu­gle nos yeux.

Paris. Mai 1983.
L’Annonce faite à Maria-Antoni­et­ta Mac­cioc­chi ou « Deux mille ans de bon­heur » entre le Tibre & la Seine. Une errance sans rémis­sion. & qui me par­le intime­ment à l’oreille ravie. Mille e tre ren­con­tres, vor­ei e non vor­ei, là ci darem la mano, la ver­ità & par-delà les fleuves purifi­ca­teurs, une voix s’inventant ( dans une ambiance très Wag­néri­enne du monde) une sonorité & répé­tant sans cesse : « Qui suis-je ? », « qu’attends-tu ? » perçus comme un son con­tinu entre deux éclair­cies de !’His­toire. A la fin du réc­it, !’His­toire ago­nise à son chevet Adieu donc à l’ His­toire ( & à sa suite) dont la sonorité va vers l’extinction. Ça com­mence à s’entendre. & le dernier accord sera étouf­fant « Le com­man­de­ment de la reli­gion : Aimez-vous les uns les autres ! a plus de rap­port qu’on ne le croit avec le com­man­de­ment de la nature : Mangez-vous les uns les autres ! »( Paul Claudel). Fin & retour au mou­ve­ment per­pétuel.

Venise. Juil­let 1983.
« C’est accom­pli ! » Véri­ta­ble cri de délivrance de Wag­n­er achevant la par­ti­tion de Par­si­fal. Paroles mêmes de la Pas­sion. Eglise San­ta Maria dei Frari. L’ Assomp­tion du Titien. A la vue du tableau Wag­n­er déci­da de com­pos­er les« Maîtres chanteurs ». Ren­con­tre sal­va­trice. « Je sais quej ‘ai été exal­tant que j‘ai ren­du les hommes fous, puisque je leur ai échap­pé. » ( Wag­n­er). Wag­n­er eut la même gloire que Picas­so, et comme lui, il avait l’impression de rede­venir un débu­tant chaque fois qu’il se met­tait au tra­vail.

Venise. Juil­let 1983.
Basilique San Mar­co. Messe solen­nelle : Christe ado­ra­mus te ( Mon­tever­di) Con­tre­point sonore ( effet du dou­ble choeur). Ici éprou­vé & enten­du pour la pre­mière fois dans l’histoire de la musique. Ici j’entends-pour la pre­mière fois le chant d’une blessure infinie. Ici le monde se mon­tre & se donne à voir comme une pré­mo­ni­tion de la mort, une val­lée noire du men­songe ouverte sur la bar­barie. Ici je vois Par­si­fal comme aboutisse­ment del’ oeu­vre de Mon­tever­di. Ici ma voix totalise ses man­ques, &, tous comptes faits, organ­ise pour finir, son silence. «. … les jeux du Fou, de Par­si­fal à Don Q,uichotte t à Simplicius,é taient un joyeux prélude au sérieux de l’idiot mais à présent le des­tin de cet indi­vidu soli­tairee st devenu le des­tin de l’humanité. »( U rs Von Balthasar) Ici, j’entre par effrac­tion dans l’espace du désir sans lim­ites. Ou ce qui reste de la fable mitée d’un monde qui sonne creux.

Venise. Juil­let 1983.
San­ta Maria dei Frari. Capel­la di San Ambro­gio. Saint Ambroise trô­nant avec Anges & Saints. ( Tableau de Vivari­ni & Basaiti). L’entrée de la Capel­la est ornée d’une dalle por­tant l’inscription suiv­ante : Clau­dio Mon­tever­di 1567 ‑1643. Comme Shake­speare, son con­tem­po­rain, comme plus tard Mozart, Mon­tever­di con­fine à cette émo­tion spir­ituelle drama­tisée­une « pas­sion»- par laque­lle on accède pro­gres­sive­ment à la lumière. Ora­co­lo del­la musi­ca L’ Assomp­tion du Titien, à quelques pas de la Capel­la San Ambro­gio, offre en con­tre-point cette lumière musi­cale du Par­adis enten­due au plus près l’autre jour à la messe solen­nelle de San Mar­co … « Là se trou­ve la Rose où le Verbe divin a pris sa chair »(Dante).

Brux­elles. Juil­let 1983.
Chaleur com­pacte véni­ti­enne, mais pas de ciel. La voix ampli­fiée par l’air chaud. A la fois dedans & dehors. « La suprême pos­ses­sione est pos­si­ble. »(P . Claudel) Ave Verum de Mozart. A chaque écoute cette même immer­sion régénéra­trice : le mys­tère de la Rédemp­tion déca­cheté. Mort & résur­rec­tion en un seul souf­fle où Mozart élève la musique à l’infini d’ellemême. Retable de Sankt Wolf­gang — Couron­nement de la Vierge et Vie de Marie — ( 1481) oeu­vre de Michael Pach­er que Mozart aimait tant L’unité visuelle de cette oeu­vre est — naturelle­ment- con­fiée à la lumière & lui con­fère sa catholic­ité véri­ta­ble. L’ Ave Verum mag­ni­fie cette lumière couron­née.

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L’opéra aujourd’hui

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14 Juil 1982 — Il a déjà souvent été question dans Alternatives théâtrales de la pièce de Heiner Müller, Ham let-machine. Encore une fois…

Il a déjà sou­vent été ques­tion dans Alter­na­tives théâ­trales de la pièce de Hein­er Müller, Ham let-machine. Encore une fois nous avons trou­vé qu’il fal­lait par­ler de la mise en scène éton­nante de Jan Decorte…

Par Luk Van den Dries
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