Patrice Chéreau, HAMLET, 1988
Non classé

Patrice Chéreau, HAMLET, 1988

Le 15 Juil 2003
HAMJ.ET de Shakespeare, mise en scène Patrice Chéreau, avec Gérard Desarthe et W. Yordanoff, photo Marc Enguerand
HAMJ.ET de Shakespeare, mise en scène Patrice Chéreau, avec Gérard Desarthe et W. Yordanoff, photo Marc Enguerand
HAMJ.ET de Shakespeare, mise en scène Patrice Chéreau, avec Gérard Desarthe et W. Yordanoff, photo Marc Enguerand
HAMJ.ET de Shakespeare, mise en scène Patrice Chéreau, avec Gérard Desarthe et W. Yordanoff, photo Marc Enguerand
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
78 – 79
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

Patrice Chéreau, comme son maître Gior­gio Strehler, n’affectionne pas le plein air. Le théâtre, pour eux, est plutôt affaire d’espace clos où les corps n’affrontent rien d’autre que leurs trou­bles et leurs pas­sions. Le dehors leur reste plutôt étranger. Et pour­tant Chéreau, comme à son habi­tude, lorsqu’il accep­ta de l’affronter, voulut se livr­er à l’épreuve extrême : représen­ter HAMLET dans la Cour. Sat­is­fait, au terme de l’expérience, il recon­nais­sait avoir eu ain­si la con­fir­ma­tion de l’esthétique vilar­i­enne. HAMLET lui a per­mis de la tester.
La plus célèbre ver­ti­cale, le Mur de la Cour, Chéreau et son scéno­graphe Richard Peduzzi décidèrent de ne pas l’affronter sans pour autant se démet­tre. Et, dans le bois du plateau, ils encas­trèrent en creux, comme un chef d’oeuvre de mar­que­terie ital­i­enne, le palais d’Elseneur. Des portes s’ouvraient, des tranchées se dégageaient, mais tou­jours à l’horizontale car cet HAMLET s’appuyait, par-dessus tout, sur une archi­tec­ture plate savam­ment dis­posée. Pré­ci­sion géométrique et inquié­tude souter­raine — voilà les don­nées de départ ! Face au Mur, Chéreau et Peduzzi abat­taient les murs dont, de LA DISPUTE à LA TÉTRALOGIE, ils avaient fait leur sceau iden­ti­taire. Leur génie con­sista à ne pas se trahir sans pour autant échouer par péché d’orgueil.
Chéreau mon­ta HAMLET, la pièce, pour Ham­let. Il mar­qua le som­met de Gérard Desarthe et en même temps consigna la rup­ture de sa col­lab­o­ra­tion avec Chéreau. Comme s’ils ne pou­vaient plus aller plus loin ensem­ble. Cet Ham­let philosophe et dému­ni restera comme une des plus grandes oeu­vres d’acteur d’Avignon, unique fois où quelqu’un parvint à nouer le dia­logue avec l’acteur mythique de la Cour : Gérard Philipe. Par-delà les années, sur le même planch­er le prince de Hom­bourg et le prince d’Elseneur se répondaient.
Ici, face à la force du palais et aux incer­ti­tudes de la nuit, Chéreau imag­i­na le fan­tôme du père vengeur telle une appari­tion matérielle, vio­lente et sur­prenante. Il arrivait à cheval et le bruit annon­ci­a­teur des fers qui marte­laient le plateau résonne encore dans nos oreilles. Père au vis­age cam­ou­flé, mais père en armes qui ressur­git des Enfers avec bruits et fra­cas ! Il était un fan­tôme agres­sif, fan­tôme qui ren­voie aux Cheva­liers de la mort si fam­i­liers aux graveurs du Moyen Âge. La scène par­ve­nait ain­si à ren­dre physique le choc éprou­vé par le fils qui subit le choc non pas d’une évanes­cente vison fan­tô­male mais d’un guer­ri­er qui appelle à la vengeance. Sur la façade du palais couché le père galope tan­dis que le fils en éprou­ve la ter­ri­ble panique. Voilà la « scène orig­i­naire » de l’HAMLET de Chéreau/ Desarthe.

Georges Banu.

Non classé
4
Partager
Portrait de George Banu
Écrit par Georges Banu
Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
#78 – 79
mai 2025

Festival d’Avignon 1980 — 2003

16 Juil 2003 — Tout est clos encore bien qu’à ciel ouvert. Les proues de Rodrigue et Prouhèze, comme les deux grandes lèvres de…

Tout est clos encore bien qu’à ciel ouvert. Les proues de Rodrigue et Prouhèze, comme les deux grandes…

Par Éloi Recoing
Précédent
14 Juil 2003 — « Tu te laisses aller, tu te laisses entraîner ; il suffit d’un dos gris qui te précède de quelques…

« Tu te laiss­es aller, tu te laiss­es entraîn­er ; il suf­fit d’un dos gris qui te précède de quelques mètres et tu obliques dans la rue grise … » Georges Perec,UN HOMME QUI DORT.…

Par Bernard Debroux
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?