Posé dans la paume de l’énorme main aux doigts brisés, Denis Lavant est un Ubu lutin et triomphant, frère du Jarry de 15 ans. Ignoble, retors, sale égoïste qui ne pense qu’à son bien, qu’à sa panse, avec une amoralité qui fait envie. Aux notes del’« Internationale », Bernard Sobel signe une mise en scène d’une liberté salvatrice. Un « merdre » iconoclaste et joyeux !
Didier Méreuze.
L’homme créateur
Puisqu’il s’agit d’ « Alternatives théâtrales », je préfère prendre l’ « alternative » en considération plutôt que de me retourner vers le passé. Dès l’année prochaine, une nouvelle équipe va prendre en charge le destin du Festival et elle va le faire dans un contexte étonnamment favorable, celui d’une remise en cause de toutes les valeurs de l’homme occidental. Cette remise en cause est à mes yeux une chance pour le Festival et ses finalités et aussi pour la pratique artistique qu’est parmi d’autres le théâtre, qui trouvera peut-être là l’occasion de ne pas être à lui-même sa propre finalité. Le théâtre, branche d’une science de l’homme à venir, comme Picasso pensait que la peinture en était une. Oui, Picasso a dit : « Sans doute existera-t-il un jour une science que l’on appellera peut-être la scienced e l’hommeq ui cherchera à pénétrer plus avant l’homme à travers l’homme créateur. Je pense souvent à cette science et je tiens à laisser à la postérité une documentation aussi complète que possible. » Pensant à l’homme créateur, je suis persuadé que Picasso pensait tout autant à celui qui serait amené à prendre en compte son travail, je veux dire le spectateur, qu’à lui-même. Travailler à faire du spectateur un créateur « scientifique », oui osons l’adjectif, et non un consommateur, c’est ce que j’attends de tous ceux qui sont appelés à conférer au Festival un nouveau visage.
Bernard Sobel.



