« L’hypothèse », « Clytemnestre », « Mystère bouffe » au Théâtre de la Bastille

« L’hypothèse », « Clytemnestre », « Mystère bouffe » au Théâtre de la Bastille

Le 21 Déc 1987

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Théâtre/Passion-Couverture du Numéro 28 d'Alternatives ThéâtralesThéâtre/Passion-Couverture du Numéro 28 d'Alternatives Théâtrales
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À Paris, dans un quarti­er « qui monte », au milieu de la rue de la Roquette et à côté de la librairie Pluriel, le génie de la Bastille souf­fle sur le théâtre du même nom, sans atten­dre l’ou­ver­ture du nou­v­el opéra voisin.
Je ne sais si, comme l’af­firme son directeur et ani­ma­teur Jean-Claude Fall, c’est « à con­tre-courant » car quel serait bien le courant aujour­d’hui ? Mais dans le courant ou à con­tre-courant, le choix des spec­ta­cles invités est si judi­cieux qu’on s’y rendrait volon­tiers les yeux fer­més, sans le sec­ours de la cri­tique. Trois bons spec­ta­cles en une semaine, répar­tis sur deux salles : ce n’est en effet pas banal.

L’Hy­pothèse

Photo P. Victor/Enguerand
Pho­to P. Victor/Enguerand

On ne peut dire que Pinget soit une décou­verte, même si son suc­cès de lec­ture est resté longtemps lim­ité. Ni War­rilow qui l’in­ter­prète ici et dont on a pu appréci­er sou­vent l’ex­cep­tion­nel tal­ent d’ac­teur et de diseur (il est le seul à avoir su faire ressen­tir le rire dans le trag­ique de Beck­ett). Et L’HYPOTHÈSE, à bien des égards, sent ses années 50 – 60 dans toute là réflex­ion sur les rap­ports de l’au­teur à son man­u­scrit qu’il développe. Le meilleur n’est peut-être pas cette réflex­ion qui ne sur­prend plus — sauf la nou­velle généra­tion — mais les éblouis­sants moments descrip­tifs qui tout à la fois tri­co­tent et détri­co­tent mali­cieuse­ment le réel : là, Pinget est incom­pa­ra­ble.
David War­rilow, dans une mise en scène de Joël Jouan­neau, est par­fait, détail­lant le texte par l’acuité de son jeu de corps et de lan­gage, même là où celui-ci a pris un peu de pous­sière. Pous­sière qu’il souf­fle d’ailleurs du man­u­scrit prob­lé­ma­tique dont il est ques­tion, seul dans un décor délabré, nu, comme un ate­lier aban­don­né, au pla­fond défon­cé. Joël Jouan­neau a réglé pré­cisé­ment les jeux de scène, recourant un peu trop à mon gré aux entrées et sor­ties, appari­tions et dis­pari­tions, comme pour créer du mou­ve­ment là où l’im­mo­bil­ité suf­fi­rait à dire la présence-absence. Mais à avoir trop lu ou vu, on se fait dif­fi­cile, et tous ceux qui se pres­saient dans le Théâtre de la Bastille et à ses portes ne fai­saient pas le partage : ils ont applau­di l’écrivain, l’ac­teur et le spec­ta­cle d’un même élan.

L’Hy­pothèse
de Robert Pinget

Avec David War­rilow

Mise en scène : Joël Jouan­neau

Décor : Jacques Gabel

Lumières : Franck Thevenon

Son : Paul Bergel

Copro­duc­tion MC 93 Bobigny,

Com­pag­nie Péné­lope et Fes­ti­val d’Av­i­gnon

Créa­tion au Fes­ti­val d’Av­i­gnon 87

Clytemnestre, d’après Euripi­de, par la S.C.O.T. Suzu­ki Com­pa­ny of Toga.

Photo Katsuaki Furudate
Pho­to Kat­sua­ki Furu­date

Mys­tère bouffe
par le Théâtre du Radeau

Mise en scène et scéno­gra­phie : François Tan­guy

Avec : Lau­rence Chable, Patrick Condé, Jean Rochere­au, François Tan­guy

Régie lumière : Clé­ment Chicoisne

Régie son : Erik Goudard

Régie plateau : Marc Bod­nar, Maryse Gauch­er, Fabi­enne Hubi­net, Véronique Rochere­au

P.S. Ce numéro était sous presse lors de la pre­mière de BIVOUACd, e Pierre Guy­otat, tou­jours au Théâtre de la Bastille et dans le cadre du Fes­ti­val d’ Automne. Une écri­t­ure lan­gag­ière et scénique admirable qui, en trans­gres­sant l’académisme de la langue française, lui rend son corps. Langue du peu­ple et de !’écrivain tout à la fois, texte d’où émer­gent des bribes sig­nifi­antes qui en relaient la lis­i­bil­ité. Hors de la vul­gar­ité con­tem­po­raine, la lim­pid­ité du sexe. Huit mois de tra­vail pour Pierre Guy­otat et ses trois acteurs, dont cha­cun assume un moment du texte dans la même qua­si immo­bil­ité mais dans une voix et un geste sin­guliers. 

Tout autre chose, mais non. moin­dre : PENTHÉSILÉAde Kleist par Edith Clever. Une tragédie con­den­sée en une seule femme — excep­tion­nelle — et quelques objets. Syber­berg, qui signe la mise en scène, ne nous avait pas accou­tumés à cette économie et à cette rigueur. Tout Paris sus­pendu à la langue alle­mande — ici langue d’or ‑la tra­duc­tion posée sur les genoux. (Aux Bouffes du Nord).

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