À Paris, dans un quartier « qui monte », au milieu de la rue de la Roquette et à côté de la librairie Pluriel, le génie de la Bastille souffle sur le théâtre du même nom, sans attendre l’ouverture du nouvel opéra voisin.
Je ne sais si, comme l’affirme son directeur et animateur Jean-Claude Fall, c’est « à contre-courant » car quel serait bien le courant aujourd’hui ? Mais dans le courant ou à contre-courant, le choix des spectacles invités est si judicieux qu’on s’y rendrait volontiers les yeux fermés, sans le secours de la critique. Trois bons spectacles en une semaine, répartis sur deux salles : ce n’est en effet pas banal.
L’Hypothèse
On ne peut dire que Pinget soit une découverte, même si son succès de lecture est resté longtemps limité. Ni Warrilow qui l’interprète ici et dont on a pu apprécier souvent l’exceptionnel talent d’acteur et de diseur (il est le seul à avoir su faire ressentir le rire dans le tragique de Beckett). Et L’HYPOTHÈSE, à bien des égards, sent ses années 50 – 60 dans toute là réflexion sur les rapports de l’auteur à son manuscrit qu’il développe. Le meilleur n’est peut-être pas cette réflexion qui ne surprend plus — sauf la nouvelle génération — mais les éblouissants moments descriptifs qui tout à la fois tricotent et détricotent malicieusement le réel : là, Pinget est incomparable.
David Warrilow, dans une mise en scène de Joël Jouanneau, est parfait, détaillant le texte par l’acuité de son jeu de corps et de langage, même là où celui-ci a pris un peu de poussière. Poussière qu’il souffle d’ailleurs du manuscrit problématique dont il est question, seul dans un décor délabré, nu, comme un atelier abandonné, au plafond défoncé. Joël Jouanneau a réglé précisément les jeux de scène, recourant un peu trop à mon gré aux entrées et sorties, apparitions et disparitions, comme pour créer du mouvement là où l’immobilité suffirait à dire la présence-absence. Mais à avoir trop lu ou vu, on se fait difficile, et tous ceux qui se pressaient dans le Théâtre de la Bastille et à ses portes ne faisaient pas le partage : ils ont applaudi l’écrivain, l’acteur et le spectacle d’un même élan.
Clytemnestre, d’après Euripide, par la S.C.O.T. Suzuki Company of Toga.

