Charles Dullin, « Le vrai visage de l’Espagne »

Charles Dullin, « Le vrai visage de l’Espagne »

Le 8 Juil 1992

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Le théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives ThéâtralesLe théâtre de l'hispanité-Couverture du Numéro 41-42 d'Alternatives Théâtrales
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L’ESPAGNE tient une place très impor­tante dans le réper­toire et l’œuvre théâ­trale de Charles Dullin, plus impor­tante qu’on ne l’a en général souligné. On la trou­ve au principe du Théâtre de l’Ate­lier. Avant même que celui-ci n’ou­vre ses portes, Dullin met en répéti­tion plusieurs pièces du Siè­cle d’or espag­nol. Au print­emps 1922 sont créés suc­ces­sive­ment trois « inter­mèdes » espag­nols : LES OLIVES, de Lope de Rue­da, L’HÔTELLERIE, de Fran­cis­co de Cas­tro1, VISITES DE CONDOLÉANCES, de Calderón, ain­si que LA VIE EST UN SONGE, du même auteur, spec­ta­cle dont « le suc­cès artis­tique et matériel », d’après ce qu’af­firme Dullin lui-même, « affer­mit l’œu­vre nais­sante »2. À la même époque sont créées deux autres pièces, sinon espag­noles, du moins inspirées de l’Es­pagne : MORIANA ET GALVAN, un mimod­rame tiré du Romancero mau­resque par Alexan­dre Arnoux et L’OCCASION, de Mérimée qui fait par­tie de ce « Théâtre de Clara Gazul » que son auteur a placé sous le patron­age de Calderón et de Cer­vantes. Toutes ces pièces étaient des créa­tions, donc des révéla­tions pour le pub­lic. Avec L’OCCASION, Dullin pour­suiv­ait l’œuvre de Copeau qui venait de met­tre en scène au Vieux Colom­bier LE CARROSSE DU SAINT-SACREMENT avec un vif suc­cès (il avait du reste pro­jeté de mon­ter aus­si L’OCCASION) et de prou­ver par là qu’on pou­vait jouer avec bon­heur un théâtre réputé injouable. Dullin revien­dra à Mérimée avec LE CIEL ET L’ENFER, créé sans beau­coup de suc­cès au Théâtre de Paris le 16 novem­bre 1940. Mais surtout il mon­ta deux autres drames du Siè­cle d’or : LE MÉDECIN DE SON HONNEUR, de Calderón, créé à l’Ate­lier en févri­er 1935 et LES AMANTS DE GALICE, adap­té par Jean Camp du MEILLEUR ALCADE EST LE ROI, de Lope de Vega, créé au Théâtre de la Cité3 en mai 1942. Dullin était aus­si ouvert au réper­toire espag­nol con­tem­po­rain, puisqu’il créa en févri­er 1923 une pièce de Jac­in­to Grau qui n’avait pas été encore représen­tée même en Espagne : M. DE PYGMALION (il pro­je­ta de mon­ter vers la même époque une autre pièce de cet auteur : LE COMTE ALARCOS). Enfin, le thème de l’Es­pagne était encore présent dans une pièce de Pierre Frondaie : LE FILS DE DON QUICHOTTE, « pièce mis­érable », selon Mor­van Lebesque, mais où Dullin créa un « extra­or­di­naire Don Qui­chotte, qu’il figu­ra géniale­ment par une sim­ple danse, lance au poing »4.
Sans doute faut-il voir dans cette pré­dom­i­nance du réper­toire espag­nol, notam­ment dans les débuts du Théâtre de l’Ate­lier, l’in­flu­ence d’Alexan­dre Arnoux, le tra­duc­teur de LA VIE EST UN SONGE et du MÉDECIN DE SON HONNEUR, comme il l’a luimême affir­mé : « J’avais insuf­flé, je puis sans me flat­ter le dire, mon pen­chant pour les comédies d’Espagne, si bru­tale­ment pré­cieuses, si prim­i­tives et si habiles, si réal­is­te­ment lyriques, à Dullin ; et elles cor­re­spondaient mer­veilleuse­ment à sa nature »5. Mais, en fait, Dullin avait eu un con­tact direct avec l’Es­pagne par un voy­age accom­pli en com­pag­nie d’Élise Jouhan­deau pen­dant l’été 1914, au cours duquel il visi­ta Madrid, Tolède, Grenade, Séville et Cor­doue. Ce voy­age réal­i­sait un désir très vif en lui, comme se le rap­pelle Élise Jouhan­deau : « Charles souhaitait fréné­tique­ment de con­naître l’Es­pagne, mieux accordée qu’au­cun autre pays à son imag­i­na­tion pit­toresque. De toutes .les super­sti­tions et rêver­ies religieuses qui imprég­naient encore cette noble race, il rêvait. Et puis, c’é­tait le berceau de Cer­vantes, du Gre­co, de Goya, de Sainte-Thérèse que Charles aimait pour la vio­lence de leur pas­sion et la sub­lim­ité de leur œuvre »6. « Épris du pit­toresque théâ­tral de ce pays dont il pre­nait leçon », il en vis­ite les sites : l’Es­cu­r­ial, l’Alhambra, la demeure de Cer­vantes, celle de Gre­co pour qui « il avait une véri­ta­ble dévo­tion »7. Au Pra­do, il con­tem­ple longue­ment Velasquez et Muril­lo, pein­tres dont un cri­tique de l’époque décèlera l’in­flu­ence dans le traite­ment des per­son­nages de LA VIE EST UN SONGE, tan­dis qu’un autre évoque L’HÔTELLERIE comme « une pochade à la Goya » et un troisième décrit « LE MÉDECIN DE SON HONNEUR tour­men­té, austère et com­passé comme un Gre­co ».

Charles Dullin, dans le rôle de Don Gutierre dans LE MÉDECIN DE SON HONNEUR de Calderén, en 1935. (Coll. BHVP CI. B. Hervieu.)
Charles Dullin, dans le rôle de Don Gutierre dans LE MÉDECIN DE SON HONNEUR de Calderón, en 1935. (Coll. BHVP CI. B. Hervieu.)

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Écrit par Évelyne Ertel
Éve­lyne Ertel est Maître de Con­férences et co-direc­trice à l’Institut d’Etudes Théâ­trales de la Sor­bonne Nou­velle. Elle a...Plus d'info
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