
NÉ À CHARLEROI en 1952.
Écrivain, dramaturge et metteur en scène, Daniel Simon vit et travaille entre Bruxelles et le Portugal. Son œuvre théâtrale a commencé dans Les années 80, avec des pièces pour la jeunesse qui ont connu un succès marquant : ELDORADO, et surtout VENTRE DE PAPIER. Loin d’être des exercices pour la main gauche préparant les futures pièces pour adultes, ces textes parfaitement aboutis continuent à alimenter le main stream de l’œuvre. Car le but souterrain de cette écriture est d’obtenir, par l’évocation, l’incantation, le scandale, une corrida noir sur blanc. Rien n’y manque, pas même l’ombre d’une mise à mort rituelle. Mais les spectateurs sont à la fois Le picador et le taureau : jamais le lointain public des écrans.
Du reste la distinction entre les types de public est ici particulièrement arbitraire. En s’adressant au public jeune, Daniel Simon ne renonce pas à leur communiquer la « maladie de la vie ». À ses yeux, d’ailleurs, il n’y a pas d’enfants. Il n’y a que des Âmes habitées ou des Âmes vides. La brutalité de SNIPERS (où triomphe la culpabilité meurtrière collective au sein de l’innocence individuelle) figure déjà dans l’horreur baroque et bénigne avec laquelle s’empiffrait de livres le personnage de VENTRE DE PAPIER. Drôles souvent, pleines de sève et de fureur, ces pièces ne versent à aucun moment dans la farce, car jamais les personnages n’y sont apaisés. Dans les grandes pièces pour adultes comme LES PETITES MANŒUVRES, une comédie de mœurs qui débouche sur la tragédie du néant, et SNIPERS, sorte de jeu de rôle où chacun se repasse à tour de rôle l’instrument et la loi du meurtre, la gravité du désordre décrit est toujours la même, mais la dureté de la vérité psychologique se substitue à des fables, sans complaisance certes, sans aucune fuite du réel, mais où demeure la naïveté initiale du jeu. Daniel Simon est habité par l’amour de l’espèce humaine, ce qui, loin de déterminer une complaisance à notre égard, le pousse au contraire à nous décrire comme des renégats de la sainteté.
Les petites manœuvres
Comédie de mœurs
SI LA VÉRITÉ et son image s’’identifiaient, il s’agirait simplement, dans cette pièce, d’un après-midi amical autour d’un barbecue. La médiocrité des vins et des canapés garnis qui circulent n’est pas la preuve de la mesquinerie des hôtes de cette soirée, mais un signe des temps. Finie l’époque où dans une fête on offrait ce qu’il y a de meilleur et de plus rare, quitte à s’endetter pour longtemps. On achète désormais le kit clé-sur-porte de la réception pour petits budgets — de préférence surgelé. Il n’est pas impossible que la bizarrerie des breuvages impunément appelés vin n’accélèrent en outre la désagrégation des cellules du cerveau, mais ce n’est pas grave : la locomotion, la réflexion et la fornication, dont le cerveau est le siège, ne sont plus en ce 21 juin de fin du monde que des souvenirs. Dans une immobilité de glace, cinq personnages chastes et rudimentaires agitent l’idée d’un séjour en Thaïlande. Le rêve d’un voyage est la seule poésie qui leur reste. Plus exactement, ce voyage est déjà là : sous Les espèces de deux billets d’avion. Résultat d’un concours mené par Les cinq. Mais puisqu’on vous dit qu’il n’y a que deux places. Qui partira, qui restera ? Les petites manœuvres commencent…
Snipers

TIREUR D’ÉLITE à sa fenêtre. Devant lui, dans l’encadrement, s’étend la ville où des coups de feu anonymes, espacés, gratuits, figurent la méchanceté froide du destin. Et la fenêtre est un écran. Dans cette ville, n’importe quelle ville, la traversée de La rue signe régulièrement l’annulation — brutale, aveugle — d’une vie. Cinq personnages sur scène, avec leur biographie propre, sans trop de pontages entre elles. Ils savent qu’en traversant cette rue, dans ce goulot-là, certains seront frappés, que d’autres reviendront sur leurs pas, pour haler le corps d’un ami, d’un parent, parfois d’un inconnu. Ils savent que le Sniper aura tout le temps d’ajuster son tir…
Cinq biographies entrecroisées, avec des tableaux de la vie et des instants de tragédie. Hein, quoi ? De pauvres victimes ? Nous aimerions le croire. Mais la réalité est plus circulaire.
Chaque personnage à tour de rôle finira par endosser le harnachement maudit du Sniper. Chaque personnage n’aura pas seulement comme malédiction d’être fauché aveuglément. Il faudra encore qu’il se soit, lui aussi, transformé un moment en statue du chasseur, doigt crispé sur la détente, retenant la mort un instant avant de s’animer, car il faut jouir de tout.
SNIPERS est une œuvre scandaleuse parce qu’elle parle en termes tout simples de l’innocence du mal.
YM
Œuvres théâtrales
INCOGNITO
Création au Théâtre du Grand
Parquet, Bruxelles, en 1986.
Distribution : 2 personnages
Durée : 1h15
LES PETITS MANŒUVRES
Publié aux Éditions Lansman, Carnières, 1990.
Création à l’Atelier Sainte-Anne, Bruxelles, en 1990.
SNIPERS, TUEURS D’ÉLITE
Publié aux Éditions du Groupe Aven, Bruxelles, 1997.
Lecture-spectacle dans une mise en voix de l’auteur au Théâtre Varia à Bruxelles, en mars 1996.
AD LIBITUM
Publié en français et en portugais, Coïmbra (Portugal), 1997.
Création au Théâtre d’Aveiro en 1997.
SOUVENIRS DU PORTUGAL
Publié aux Éditions Lansman, recueil Démocratie mosaïque 1, Carnières, 1996.
LA VEILLÉE
Publié aux Éditions Lansman, recueil Démocratie mosaïque 2, Carnières, 1997.
LE LAMENTO DES GNONS
Publié dans Archipel, n° 9, 1997.
Adaptations
STABAT MATER
de Jean-Pierre Verheggen (avec Jean-Claude Derudder et Linda Lewkowicz) Création en 1992.
LE JARDIN DES FABLES d’après Jean de la Fontaine
et Ibn Al Muqquafa
Création au Théâtre-Poème en 1995.
LE TEMPS DES LATINS d’après Sénèque, Cicéron, Lucrèce, Catulle, Marc-Aurèle, Virgile
Création au Théâtre-Poème en 1996.
LETTRE AUX ENFANTS
DES CLASSES PAUVRES d’après Jonathan Swift
Création par le Théâtre Traverse en 1997.
Théâtre jeune public
VISITE EN NOIR ET BLANC, 1987.
ELDORADO, 1987.
LES HEURES CREUSES, 1989.
PREMIERS CHANTS
Publié aux Éditions Nocturnes, Bruxelles, 1988.
LA MOITIÉ DU MONDE
Publié aux Éditions Nocturnes, Bruxelles, 1990.
RÉGIME DE NUIT (en collaboration avec Bernard Clair), 1995.
VENTRE DE PAPIER
Publié aux Éditions Lansman, collection Théâtre à Vif, n°14, Carnières, 1991.
LE RÊVE DU JARDIN, 1997.
LE SCRIBE DE L’ARCHIPEL, 1997.
GROS ET MAIGRE, 1997.
Toutes ces pièces de théâtre jeune public ont été créées, notamment, par le Théâtre de la Menterie, le Créa-Théâtre, la Compagnie des Mutants, le Théâtre des Zygomars et la Compagnie Le Chakipesch.

