Michel Jamsin
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Michel Jamsin

Le 1 Août 1997
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Michel Jamsin
Michel Jam­sin

« EN 1958, j’avais 17 ans. Je déri­vais soli­taire à La foire de l’Ex­po­si­tion uni­verselle de Brux­elles. Je suis entré dans une tente où était annon­cée une attrac­tion remar­quable : une femme-pan­thère.
Je me suis trou­vé seul, dans un espace obscur et silen­cieux, qui rece­lait d’étranges objets : des rep­tiles glob­uleux empail­lés, des squelettes siamois, des fœtus flot­tants…
Une belle femme aux yeux som­bres était assise à l’é­cart, sur une petite estrade. Elle por­tait un peignoir et sem­blait s’en­nuy­er, le regard indif­férent. En suiv­ant les étagères où s’alignaient des bocaux rem­plis de je ne sais quoi d’innommable, je pro­gres­sais vers elle. Quand je fus assez près, soudain, d’un geste vif elle écar­ta les pans du peignoir et dénu­da ses cuiss­es. Elles étaient cou­vertes de tach­es brunes.
Défaut de pig­men­ta­tion ou arti­fice ? Je les regar­dai quelques instants puisque c’est pour elles que j’avais payé mon entrée, puis, trou­blé, je me tour­nai à nou­veau vers les bocaux pen­dant qu’elle rajus­tait son vête­ment. Est-ce depuis que j’aime les musée Spitzn­er et autres bazars forains où des choses humaines et ani­males trem­pent dans des vas­es, où s’entassent des moulages d’anatomies mon­strueuses, des recon­sti­tu­tions d’aberrations naturelles ? Est-ce depuis que je rôde en ces lieux han­tés de man­nequins de cire, d’an­i­maux nat­u­ral­isés ou dépouil­lés juqu’aux os, de momies gisantes en des catafalques d’or, entourées de crânes incrustés de pier­reries ? Est-ce depuis que j’aime les cimetières où pleurent des veuves voilées de mar­bre blanc, enfouies dans les fleurs de soie, de plas­tique, de pierre, de céramique, de métal émail­lé ?
La vie et la mort mêlées en une théâ­tral­i­sa­tion immo­bile, le vrai et le faux con­fon­dus sous l’apparence, le trompe‑l’œil tri­om­phant. »1

Pein­tre et sculp­teur, plusieurs fois primé, auteur pro­lifique et créa­teur de textes-événe­ments, Michel Jam­sin est né à Fléron en 1941. 

Quand Véra ver­ra ce ver­rat ver­ruqueux 

Jacques Fumière dans QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX de Michel Jamsin au Théâtre de l’Ancre.
Jacques Fumière dans QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX de Michel Jam­sin au Théâtre de l’Ancre.

LE GROUPE DES OISEAUX (mer­les, geais, chardon­nerets, pin­sons, berg­eron­nettes…), la petite lap­ine, les vers de terre, les musaraignes, les tau­pes, les chiens et les chats, le chas­seur, les ramiers, les tourterelles, une sauterelle qui s’est cassé la pat­te, les papil­lons, le rat, une grenouille cul-de-jat­te, le loup, un microbe, le cochon tutélaire cou­vert de ver­rues, un bour­don, les cor­beaux, les hyènes, les vau­tours, les mouch­es bleues, les abeilles, la mar­motte, le loir, le lièvre, les four­mis, les puces, les cafards, les punais­es, le cerf, un coléop­tère, un rhinocéros, la cigale, les ser­pents, les sala­man­dres, les pira­nhas, les scor­pi­ons, les mygales, les caméléons, les cha­cals, le tau­reau, la bouse de vache, les fleurs, les herbes et autres acces­soires déco­rat­ifs…
Un bes­ti­aire orgiaque, mani­aque et minu­tieux qui pousse au ridicule la sen­si­b­lerie d’une cer­taine poésie inspirée qui fait l’éloge suran­né de la beauté inno­cente de l’hospitalière Mère-Nature.
Le nar­ra­teur qui n’est vis­i­ble­ment pas sor­ti de la phase anale (on ne don­nera pas d’ex­em­ple), ni de la phase orale (« une araignée qui suce une puce… moi qui suce l’araignée… un vam­pire qui me suce… la femme du vam­pire qui suce le vam­pire… et… une puce qui suce la femme du vam­pire »2, nous main­tient la tête bais­sée dans une cru­auté ludique ; celle des enfants, lorsque, ani­més par un pou­voir d’imag­i­na­tion provo­ca­trice, ils se met­tent à la hau­teur micro­scopique des petites bêtes et se libèrent avec plaisir d’une énergie méchante.
Dans cette nature lux­u­ri­ante, le nar­ra­teur fait mon­tre de beau­coup de tal­ent bien qu’il cherche sou­vent ses mots dans les « euh » et Les points de sus­pen­sion. Il nous laisse croire par­fois qu’il va se per­dre et se taire, mais il nous sur­prend et réin­jecte, dans sa log­or­rhée, son venin pseu­do-poé­tique et schiz­o­phrène qui ne tari­ra qu’avec son sui­cide cer­taine­ment inven­té : on dirait que je suis mort et que ce serait la fin. 

Cur­ry 

TRENTE-CINQ TITRES pour trente-cinq textes courts sans fil con­duc­teur, si ce n’est la mise en sit­u­a­tion comique d’un sujet dra­ma­tique, et un style volon­taire­ment déno­tatif et éton­nam­ment plus sub­ver­sif que la lit­téra­ture décon­stru­ite. Chaque per­son­nage vient racon­ter sa petite his­toire. Celui qui par­le n’é­tant pas tou­jours nom­mé, il peut exis­ter autant de per­son­nages que d’his­toires. « Les per­son­nages ont quelque chose à dire, à racon­ter. À qui veut les enten­dre. Mais on n’est pas obligé de les écouter. D’ailleurs c’est à eux-mêmes qu’ils par­lent. Comme dans le théâtre de la vie où les êtres sont si sou­vent pris aux con­vul­sions de leur pro­pre (mélo) drama­ti­sa­tion. »3 Con­traire­ment à QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX, le texte de CURRY a une écri­t­ure con­cen­trée et resser­rée qui joue sur la sur­prise, provo­quée soit par la sit­u­a­tion soit par le lan­gage. Formelle et soigneuse­ment tra­vail­lée, l’écri­t­ure de CURRY déclenche un rire féroce, rare au théâtre. Par­mi les trente-cinq textes, Michel Jam­sin a glis­sé par-ci, par-là, une allu­sion-hom­mage à Dante et à Shake­speare. CURRY a été conçu afin que pein­ture, sculp­ture et théâtre ne fassent qu’un seul spec­ta­cle « que l’on vis­ite comme une expo­si­tion dans une poly­phonie de bruits et de musique, de rires et de chu­chote­ments. »4

CR

Œuvres théâ­trales

LA LARVE, IL, LA POULE ET LE RAT
Créa­tion dans une mise en scène de l’auteur à Mons et à Brux­elles, en 1971.

ZE BLOODY NONNE
Créa­tion dans une mise en scène de l’auteur au Fes­ti­val off
d’Av­i­gnon, en 1973.

LE SHOW DES MOMIES
Créa­tion par le Kloak Group
Théâtre dans une mise en scène de l’auteur à Mons, en 1977.
Dis­tri­b­u­tion : 3 hommes ou 3 femmes
Durée : 1h30

QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX
Mono­logue.
Créa­tion dans une mise en scène de Jacques Her­bet, au Théâtre de l’Ancre à Charleroi, en 1979.
Durée : 1h

L’ANARCHISTE
L’‘ANARCHISTE BOUFFEUR DE CURÉS,
d’après des textes d’Albert Lib­er­tad
Dis­tri­b­u­tion : 2 hommes et 1 voix de femme

L’ANARCHISTE SANGUINAIRE
Dis­tri­b­u­tion : nom­bre d’ac­teurs indéter­miné
Créa­tion de deux séquences de L’ANARCHISTE dans une mise en scène de Jacques Her­bet au Théâtre de L’Ancre à Charleroi, en 1980.

LES CONTES DU PÈRE VERT
Mon­tage de textes.
Créa­tion par le Banc d’es­sai du Théâtre de l’Ancre, en 1981.

BELGIQUE 151e
Créa­tion d’une des qua­tre séquences par le Col­lec­tif théâ­tral de la Mai­son de la Cul­ture de Mons, en 1982.

ITINÉRAIRES
Mono­logue.
Créa­tion par le Théâtre de l’Ancre, en 1982.
Durée : 1h

WAL QUI RIT
Créa­tion de deux textes par la Roulotte Théâ­trale à Mons, puis en tournée en Bel­gique, en 1983.

LA FÊTE NOIRE
Mon­tage de textes.
Créa­tion par le Théâtre du Pavé de Quareg­non dans une mise en scène de Jacques De Bock, en 1984.

INFINIMENT DE TUYAUX, ET D’AUTRES CHOSES
Mon­tage de textes par Les Tournées à Moteur Wal­lon, Namur, 1984.
Dis­tri­b­u­tion : 2 hommes
Durée : 15 min­utes

LA MAISON DE RÊVE
Mon­tage de textes.
Créa­tion par le Minus­cule Théâtre dans une mise en scène de Bernard Damien, Brux­elles et Mons, 1984.

MOI LA MOELLE JE LA POÊLE
Mon­tage de textes par l’Ate­lier théâtre Voilà de Charleroi dans une mise en scène de Jacques Her­bet, 1986.

IMAGES ROSES POUR AVEUGLE CURIEUX
Mon­tage de textes par Le Théâtre du Pavé du Quareg­non dans une mise en scène de Jacques De Bock, 1987.

FUNAMBULE OU MERLINPINPIN
Mono­logue.
Créa­tion par le Théâtre de la Psy­ché dans une mise en scène de Michel Her­rman à Nice,

Mons et au Fes­ti­val off
d’Av­i­gnon, en 1989. Dis­tri­b­u­tion : 1 femme
Durée : 45 min­utes

MINI MÉLOS POUR RIRE
Créa­tion dans une mise en scène de l’auteur à Brugelette, en 1990.

CURRY
Spec­ta­cle-envi­ron­nement.
Créa­tion par le Kollekc­tif
Théâtre dans une mise en scène de l’auteur à la Mai­son de la Cul­ture de Mons, en 1991.

M’ÉPOUSERIEZ-VOUS ?
Mini-opéra.
Créa­tion sur une musique de Samir Bendimered dans une mise en scène de Cather­ine Simon, à Brux­elles, Mons, Que­vau­camp, en 1994.

Dra­ma­tiques radio­phoniques

LA GRIFFE DE WANG-HOO
Feuil­leton d’épou­vante bur­lesque.
Coécrit avec Roland Thibeau.
Dif­fusé sur la RTBF.

21 JOURS DE CORVÉE
Court métrage radio­phonique. Prix du Con­cours inter­na­tion­al du court métrage radio­phonique des pro­grammes de la Com­mu­nauté de langue française en 1979.

Adap­ta­tion

LA FILLE DU MEURTRIER ET AUTRES MÉLODRAMES
Adap­ta­tion de nou­velles du début du XXe siè­cle.
Créa­tion dans une mise en scène de Luc Jaminet à Liège et à Brux­elles.

  1. Michel Jam­sin. ↩︎
  2. Le Nar­ra­teur, QUAND VÉRA VERRA CE VERRAT VERRUQUEUX.  ↩︎
  3. Michel Jam­sin, à pro­pos de CURRY  ↩︎
  4. Idem. ↩︎
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Écrit par Corinne Rigaud
Corinne Rigaud est née à Orange, un trois avril. Elle a déjà dit qu’elle aimait les jupes de...Plus d'info
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