NÉ À BRUXELLES en 1952.
Écrivain, sémiologue, pédagogue, journaliste, concepteur et présentateur d’émissions télévisées !1 — en cherchant bien, on doit trouver autre chose —, il fait souvent figure de l’enfant prodige des lettres belges.
On ne dira pas, pour expliquer Le phénomène, qu’à trois ans déjà, il dictait des poèmes à sa mère et qu’à dix-sept ans, il écrivait sa première pièce.
On dira — peut-être — que Pascal Vrebos est un bavard. Un bavard d’exception qui aime les mots et les signes, les bruits et les sens qui vont avec. Il n’écrit pas, il joue à se vautrer dans le verbe et prend ostensiblement un plaisir malin pour nous faire la nique. Avec une innocence feinte ou une ironie bien noire, il est toujours en train de fouiller la m…!2 De ses deux mains, il nous parle de violence, de sexe, d’ennui et de bêtise, parce qu’avec sa verve bien verte, il n’est pas du style à raconter, les soirs d’hiver et de veillée, des histoires à faire dormir.
Encore impressionné par ce qu’il avait vu, enfant, Pascal Vrebos a commencé à écrire du théâtre pour la beauté du spectacle et le trouble qu’il provoque ; il continue d’en écrire, en pensant que le théâtre est un détonateur, seul, parmi les moyens artistiques et littéraires, à pouvoir aujourd’hui, ébranler efficacement les idées reçues. Si Pascal Vrebos écrit de temps à autre une pièce de théâtre, il est avant tout un homme de lettres et l’auteur de nombreuses publications dont LE GORBATCHOC3, MILLER4 ou L’HOMME CARAMEL5, son dernier roman. Il a reçu de nombreux prix dont le prix SACD pour l’ensemble de son œuvre et il a acquis en 1994 — c’est notre conclusion — la notoriété scientifique et professionnelle par un arrêté du gouvernement.
Tête de turc
« JOUR 2 de l’An I — Calendrier post-atomique. »
Un homme, un seul, passablement médiocre mais ivre-vivant, s’organise une existence, exactement là où elle n’est plus possible. Avec un porte-manteau, un coffre, une statue et une baignoire, il essaie de réinventer un micro-environnement où l’on retrouve dans le désordre les personnes qui lui ont été chères : l’ami Paul, Sylvie, la maîtresse, et Cécile, Le grand amour ; il s’imaginera aussi un fils, un « Abel » de dernière minute, un sauveur du monde in extremis. En vain, il s’efforcera pendant plus d’un an de recréer ce que l’on appelle la relation humaine. Privé du dialogue et frustré du bonheur de communiquer, l’Homme nous fera les témoins impuissants de la déliquescence du langage. Il agonisera dans un brouhaha de mots et dans une douleur inintelligible, à travers laquelle on entendra, par bribes, la belle et cruelle démonstration de l’auteur : plus que la pensée, c’est la parole qui nous constitue vivants, et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de celle, précieuse, de l’autre.
Ah, quel beau couple !
À QUELQUES PAGES du début, le Coryphée-bonimenteur nous fait sa scène d’exposition : « Et voilà maintenant, mesdames messieurs, messieurs mesdames, une comédie [… 1, une bouffonnerie […}, une pantalonnade T… }, une tragédie […], un mélodrame […]. Bref, une pièce de théâtre dont vous connaissez déjà le scénario et la plupart des personnages […] puisque chaque soir, vous la jouez chez vous, bien au chaud, le drame comico-hilarant de l’homme contre la femme ou le contraire […] l’attraction permanente et parfois totalement inconsciente que se livrent — chaque jour que Dieu fait — les hommes… Zé les femmes, les femmes. Zé les hommes…»
Sans plus de tendresse que d’habitude, Pascal Vrebos nous donne à voir et à entendre, surtout, les crétineries plus ou moins supportables de la vie conjugale, à travers le parcours parfaitement terrible d’un couple ordinaire. Comme s’il les avait méthodiquement répertoriées sans en oublier aucune, Pascal Vrebos égrène au rythme implacable de la torture de la goutte d’eau ces perles de gentillesse que l’on aime à s’offrir après cinq, quinze, deux cents ans de vie commune.
L’histoire triviale de Elle et de Lui (ce sont leurs noms) est étroitement encadrée par celle plus large, plus sacrée, plus charnelle : l’histoire d’Adam et Êve, l’originelle. Ce qui permet à l’auteur de faire de son texte une sorte de fable qui nous réaffirme sans grand ménagement que l’homme et la femme sont pour l’éternité, les anti-héros mortels d’une aventure impossible. Et pour en finir ou presque, nous soulignerons le parti-pris évident de Pascal Vrébos pour Dieu (la voix off) et la Vieille Pute : certainement parce qu’il arrive au premier de dire des choses intelligentes et à la seconde, de se taire.
CR
Œuvres théâtrales
LE MOT MAGIQUE
Création par la Compagnie Claude Aymar dans une mise en scène d’Alain Reniot au Théâtre de l’Île Saint-Louis, en 1970.
L’AGENDA ORANGE
Création par la Compagnie Élie Lison, à Bruxelles, en 1972.
Distribution : 2 hommes 1 femme
Durée : 1h30
LE JEU DU GRAND HORNU
Création dans une mise en scène de Yves Larec, sous chapiteau, à Hornu (Belgique), en 1975.
CYCLOCHOC
Publié aux Éditions Jacques Antoine, Bruxelles, 1975.
Création dans une mise en scène de Jean-Louis Colmant au Théâtre national de Belgique en 1975.
Distribution : 2 hommes, 4 femmes
Durée : 1h45
TÊTE DE TRUC
Publié aux Éditions Le Cri, dans une version bilingue franco-américaine, Bruxelles, 1989.
Création dans une mise en scène d’Élie Lison, avec Christian Barbier, au Théâtre du Parvis, à Bruxelles, en 1974.
Création en américain dans une traduction de Robert H. Hammond et une mise en scène d’Adam Leipzig au Los Angeles Actor’s Studio, à Hollywood, en 1984.
Prix Best of California, Hollywood, 1986.
Distribution : 1 homme
Durée : 1h30
RÉINCARNE-TOI POLYCARPE
Publié aux Éditions Jacques Antoine, Bruxelles, 1975.
Création dans une mise en scène d’Élie Lison à Bruxelles en 1974.
Création en américain dans une traduction de R.H. Hammond, à l’American Renaissance Theatre, New York, 1978.
Création en allemand dans une traduction de Georges Hoffman à Bonn en 1984.
Distribution : 1 homme, 1 femme
Durée : 1h10
YALTA 2000
Création dans une mise en scène de E. Hermant, au Studio Levie, Bruxelles, 1978.
ENTRE-CHATS
Création dans une mise en scène de Henri Ruder au Rideau de Bruxelles en 1979.
Création en néerlandais dans une traduction de Georgette Haagedoorn au Théâtre Appeltje, à Anvers, en 1980.
Création en américain dans une traduction de R.H. Hammond et une mise en scène de Bob Elston à l’American Renaissance Theatre, New York, en 1982.
Création en allemand dans une traduction et une mise en scène de Georges Hoffmann au Théâtre Central, Bonn, 1983.
Publié en allemand chez Desch Verslag.
Distribution : 1 jeune fille, 1 grand-mère
Durée : 1h20
DELIRIUM
Création au Studio Appia,
Bruxelles, 1980.
FOLLIES PARADE
Création radiophonique sur la RTBF en 1981.
Distribution : 1 homme et 1 autre voix
Durée : 50 minutes
L’ULTIME HALLUCINATION
Création radiophonique sur la RTBF en 1985.
Distribution : 1 homme
Durée : 35 minutes
L’IMBÉCILE
Création en américain dans une traduction de R.H. Hammond, au Globe Theatre, Lafayette, 1985.
Distribution : 4 hommes, 3 femmes
Durée : 2h
L’AVARE II
Publié aux Éditions Le Cri, Bruxelles, 1992.
Création annoncée par la Compagnie A. Hermès, à Bruxelles, en 1998 – 99.
Distribution : 6 hommes, 2 femmes, 1 jeune adolescent
Durée : 1h40
LA PIAULE
Publié aux Éditions Le Cri, Bruxelles, 1996.
Création dans une mise en scène de Patrick Czaplinski au Nouveau Théâtre de Belgique, Bruxelles, en 1996.
Distribution : 2 hommes, 2 femmes, 1 enfant, 1 vieille femme, 1 vieil homme
(et quelque 80 figurants dans la mise en scène de Patrick Czaplinski)
Durée : 1h30
AH QUEL BEAU COUPLE
Création annoncée au Théâtre de Brno en 1997 et à Bruxelles en 1998.
Distribution : 1 homme, 1 femme et les autres.
Adaptations
PEER GYNT, d’Ibsen, 1976.
SOLITAIRE, de Robert H. Hammond, 1980.
- Deux émissions hebdomadaires sur RTL-TVI : Controverse, une émission-débat et La plume et la souris, une émission sur l’actualité du livre. ↩︎
- LE FOUILLEUR DE MERDE écrit en collaboration avec Gaston Compère. ↩︎
- Éditions Le Cri, Bruxelles, 1990. ↩︎
- Éditions Belfond, Paris, 1990. ↩︎
- Éditions Le Cri, Bruxelles, 1995. ↩︎

