
NÉE À LIÈGE en 1939.
« C’était donc toujours aux préaux miroitants des cinémas que mes peurs s’attardaient, revivant tout au long des panneaux d’affichage, d’une photo à l’autre, l’inépuisable destin des héroïnes… » (Vera Feyder, LIÈGE, Éditions Champ Vallon, 1991) Et Vera Feyder voulut devenir actrice. Elle étudie l’art dramatique à l’Académie Grétry et quitte sa ville natale pour Paris. C’est le temps des premiers engagements à la télévision française d’abord ; ensuite au théâtre, grâce notamment à Agnès Varda. Vera Feyder joue Strindberg et Pirandello. Mais c’est par l’écriture qu’elle veut faire entendre sa révolte et, parfois, son désenchantement. En 1967, elle écrit ses premiers textes pour la radio et crée, ensuite, de nombreuses « dramatiques » qui se verront couronnées du Prix de la Société des Auteurs en 1985. Son premier recueil de poèmes, LE TEMPS DÉMUNI, reçoit le prix Découverte en 1961 et sa première nouvelle, UN JASPE POUR LiIZA, est publiée par Simone de Beauvoir dans Les Temps modernes. Sa première pièce, EMBALLAGE PERDU, fut, d’emblée, un très grand succès. Depuis trente ans, Vera Feyder explore les méandres de la désespérance et de l’illusion par des poèmes (plus d’une douzaine de recueils), des romans (LA DERELITTA, prix Rossel 1977 ; L’ÉVENTÉE ; CALDEIRAS…) et des pièces de théâtre. Un théâtre qu’elle dédie souvent aux acteurs.

Emballage perdu
JULIE ET LÉNA partagent la même chambre. Partagent la même errance, la même tentative pour vivre. Leurs univers, très différents, en rose et noir, se rejoignent là où s’effacent les contrastes : dans la douleur d’exister. Alors, pour nier le poids de la réalité, elles s’inventent des histoires, se font du cinéma, du théâtre… Mais les images ne se laissent pas habiter comme cela. Comment être Brando ou Marilyn entre deux spaghetti-sardines sauce tomate ? Comment ressembler aux filles des magazines ? Comment tenir le rôle ?
Julie répond aux hommes qui appellent Léna et Léna retient Julie au bord de ses aveuglements, de sa foi naïve dans un monde sans laideur. Léna a un peu de cynisme d’avance. Un peu de désespoir aussi. Mais à force d’être manipulée, l’image se déchire, et l’illusion devient trop étroite. Le vernis des mensonges s’écaille peu à peu. Les rires, la connivence et la dérision sonnent faux. Alors, pour prévenir le grand saut, l’abandon ou la folie, il ne reste que les mots, comme une bouteille qu’on lance à la mer. Parce que « c’est si petit, les mots, ça ne grandit jamais…»
Impasse de la tranquillité
TOUT APPAREMMENT est comme ailleurs dans ce village calme et tranquille : les hommes à la pêche ou au café et les femmes qui n’en ont jamais fini avec le ménage. C’est l’ordre des choses pour Babour qui n’y pense pas en réparant ses montres et pour Babette qui ravale sa révolte en reprisant les rideaux. Car elle n’est pas bien sûre, Babette que ce n’est pas Babour qui déchire ses rideaux toujours au même endroit. Mais elle le dit sans le dire et leurs échanges ont la drôle tendresse des chamailleries de vieux. Pourtant, l’écoulement scrupuleux du temps s’interrompt soudain. Le temps d’un viol. Le temps d’une vengeance. Les hommes sont convoqués, soupçonnés. Ils passent hors-champ, libèrent la scène. Libèrent la parole de ces femmes qui, d’habitude, se taisent. Elles parlent d’elles, de leurs rêves échoués dans le quotidien, de leurs illusions éreintées contre la toile cirée des repas à heure fixe. Elles se découvrent une même haine longtemps contenue. Compagnes complices dans ce petit enfer quotidien, elles seront désormais ensemble pour affronter la reprise du temps de l’habitude.
ND
Deluso
FIN D’APRÈS-MIDI paisible au « Sortoir des Ténèbres », domaine perdu parmi les arbres, où Astrid, ex-diva que tous croient morte, vit recluse depuis plus de quinze ans, entre les animaux du bois, ses chiens, son piano. Un homme y fait soudain irruption : il arrive de Turin, précédé d’une immense corbeille de fleurs, épuisé par la route, mais tout à la joie de revoir celle dont il fut autrefois plus que l’impresario, au temps de sa brève et triomphale carrière. « Toi seul as compté, toi seul comptes encore…», disait le télésgramme par lequel Astrid l’a rappelé d’urgence auprès d’elle, dans sa retraite secrète. Mais au rendez-vous des espérances, il ne sera pas seul convoqué, et tous Les ressorts du piège vengeur où il est tombé seront démontés peu à peu au couts d’une nuit fantomatique, sur laquelle planera, par la voix d’Astrid, le grand air de la folie amoureuse — cette voix, sublimée par les uns, exploitée par les autres, qui a disparu de la scène lyrique, justement après une représentation de LUCIA DE LAMMERMOOR, pour suivre un inconnu foudroyé d’amour, en l’entendant…
Œuvres théâtrales
EMBALLAGE PERDU
Publié aux Éditions Stock, Paris, 1977 et 1982.
Nouvelle publication aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1986, 1988, et 1994.
Création radiophonique sur France-Culture, Nouveau répertoire dramatique, le 29 janvier 1976.
Création dans une mise en scène de Jacques Rosny au Théâtre du Nouveau Gymnase à Liège, en février 1977.
Nouvelle création sur scène au Théâtre des Mathurins à Paris, en juin 1982.
Création en anglais sous le titre de NO DEPOSIT NO RETURN dans une traduction de Aaron Barzman et Vera Feyder à Winter Park en Floride (États-Unis), en 1986.
Création en portugais sous le titre EMBALLAGEM PERDIDA dans une traduction de Cucha Carvalheiro à l’Alliance française à Lisbonne, en septembre 1985.
Création en allemand, sous le titre KEIN PFAND, KEINE RUCKGABE, dans une traduction de Renata Doufexis, au Theater im Altstadthof à Nuremberg, en janvier 1987.
Traduit en roumain sous le titre AMBALAJUL SE ARUNCA par Paolo Bentz-Fauci.
Prix Vaxelaire de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1977.
Distribution : 2 femmes, 1 voix d’homme off
Durée : 2h
RÈGLEMENTS DE CONTES
Publié aux Éditions Lansman, coll. Nocturnes Théâtre, n° 25, Carnières, janvier 1997.
Création radiophonique sur France-Culture en 1984.
Création sur scène par les Tréteaux sur la Fontaine à Liège, en janvier 1997.
Distribution : 4 femmes, 8 hommes
Durée : 1h30
LE CHANT DU RETOUR
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1989.
Création par le Théâtre du Campagnol, dans une mise en scène de Jean-Claude Penchenat, au Théâtre municipal d’Arras, en avril 1989.
Distribution : 13 femmes,27 hommes, 1 chanteur,des musiciens, des danseuses, des danseurs, 1 chien
Durée : 2h30
IMPASSE DE LA TRANQUILLITÉ
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1991.
Création radiophonique sur France-Culture, le 28 octobre 1990.
Distribution : 4 femmes, 4 hommes, 1 chien
Durée : 2h
DERNIERS TÉLÉGRAMMES DE LA NUIT
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1989.
Création radiophonique sous le titre VIOLA sur FranceCulture, en 1987.
Création dans une mise e scène de Marcel Delval au Rideau de Bruxelles, en 1989.
Distribution : 2 femmes, 4 hommes
Durée : 2h
UN JASPE POUR LIZA
Publié dans Les Temps Modernes, Paris, février 1965.
Nouvelles publications dans Les Carnets de Baudasser, en 1977, et dans les Cahiers du Service dramatique RTBF, en 1988.
Publié aux Éditions Le TétrasLyre, collection bilingue français-espagnol, Liège, 1989.
Création radiophonique dans une mise en ondes de l’auteur sur la RTBF, le 24 novembre 1978.
Diffusion sur la Radio suisse romande et sur France-Culture, en 1980.
Prix annuel de la SACD Belgique en 1989.
Distribution : 4 hommes, 1 petite fille
Durée : 1h30
LE MENTON DU CHAT
Publié aux Éditions Actes Sud — Papiers, Paris, 1988.
Création radiophonique, sous le titre TOUT DOIT DISPARAÎTRE, sur France-Culture, en 1988.
Création dans une mise en scène de Françoise Seigner au Nouveau Théâtre Mouffetard à Paris, en février 1996.
Distribution : 2 femmes, 1 homme
Durée : 1h45
PIANO SEUL
Publié aux Éditions des Quatre Vents, Paris, 1995.
Création radiophonique sous le titre DIVERTISSEMENT À LA HONGROISE sur FranceCulture, le 2 juin 1990.
Prix André Praga de l’Académie de langue et littérature françaises en 1996.
Distribution : 1 femme, 1 homme
Durée : 1 h15
DELUSO
Publié aux Éditions des Quatre Vents, Paris, 1995.
Prix André Praga de l’Académie de langue et littérature françaises en 1996.
Distribution : 1 femme, 4 hommes
Durée : 2h
CHAMBRES SANS VUES
(composé de 3 courtes pièces)
Création radiophonique sur France-Culture en 1994.
Distribution : 2 hommes ; 1 femme, 2 hommes ; 2 femmes, 1 homme
Durée : 3 pièces de 25 minutes chacune
LA MAISON-MÈRE
Création radiophonique sur France-Culture, le 30 juin 1996.
Distribution : 2 femmes, 2 hommes
Durée : 2h
MILLEPERTUIS
Publié aux Éditions AvantScène, Paris, 1996.
(ouvrage collectif pour le 1000° numéro de L’Avant-Scène Théâtre)
Distribution : 1 femme, 3 hommes
Durée : 25 minutes
PETITE SUITE DE PERTES IRRÉPARABLES
À paraître aux Éditions Lansman.
Distribution : 18 femmes, 16 hommes
Durée : 1h15

