Pas seulement pour la galerie !
Non classé

Pas seulement pour la galerie !

Le 17 Oct 1998
Article publié pour le numéro
Théâtre en images-Couverture du Numéro 58-59 d'Alternatives ThéâtralesThéâtre en images-Couverture du Numéro 58-59 d'Alternatives Théâtrales
58 – 59
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Roy­al
des Galeries, mon­tage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Pho­tos Chris­t­ian Carez.

IL EST NÉ avec les galeries gui l’habitent, et gui lui don­nent au demeu­rant leur nom. Il est donc con­tem­po­rain de cette époque où Brux­elles bruxel­lait plus que jamais. La ville se décou­vrait une voca­tion gui ne ferait que se con­firmer par la suite, celle d’une métro­pole mon­di­ale. Il ne s’y décidait pas encore grand-chose sur le vaste échiquier diplo­ma­tique, cela viendrait plus tard. Les enjeux poli­tiques belges appa­rais­saient dérisoires aux yeux de l’étranger. Lon­dres rég­nait sur les mers, Paris pressen­tait le vac­ille­ment de son sec­ond empire. Brux­elles était à l’abri de ce genre de manoeu­vres.
En revanche, on y bras­sait des affaires ! Brass­er était d’ailleurs le mot, dans cette ville où les brasseurs occu­paient l’une des plus belles demeures de la Grand Place. À Brux­elles, on pou­vait faire for­tune sans trop que cela se sache dans les cer­cles où l’on se sur­veille vrai­ment. Ville-refuge pour les intel­lectuels men­acés, puisque les choses de l’esprit, Baude­laire l’avait bien vu, n’y con­cer­naient pas grand-monde, elle était aus­si une ville-ressource pour ceux gui voulaient s’enrichir en toute tran­quil­lité, et gui avaient le goût de la douceur de vivre.
Les Galeries étaient des­tinées à ces gens-là. Elles furent conçues comme un espace d’agrément avant tout : un lieu de com­merce dans tous les sens du terme. Com­merce des den­rées, com­merce des con­tacts. Cela sup­po­sait des bou­tiques, des tav­ernes, des restau­rants, des théâtres. Par­mi les mag­a­sins, il y en avait un moins inof­fen­sif que les autres : celui de l’armurier où Ver­laine irait acquérir le revolver avec lequel il ferait feu sur Rim­baud. Par­mi les tav­ernes, il en était une plus inspirée que les autres : celle où, cer­tains midis, les poètes de la « Jeune Bel­gique » tenaient leurs assis­es. Les Galeries étaient, au fond, un vaste théâtre de la société brux­el­loise, un résumé mondain de ce que la ville pou­vait offrir de plus plaisant, de plus friv­o­le, de plus véri­ta­ble­ment grave en somme …
Elles furent donc dotées de deux théâtres ( et, plus tard, bien sûr, d’un ciné­ma, gui s’y impo­sait d’autant plus que les pre­mières pro­jec­tions du Ciné­matographe Lumière en Bel­gique s’étaient tenues là), par un souci d’emboîtage de la comédie qui s’avoue au sein de la comédie qui ne s’avoue pas. Le plus grand des deux théâtres fut appelé Théâtre des Galeries. On y vit d’innombrables célébrités arpen­ter les planch­es, des gloires venues de Paris, le plus sou­vent, puisqu’aucun théâtre à Brux­elles, par sa con­fig­u­ra­tion même, ne ressem­ble à ce point à un théâtre de boule­vard parisien.
Mais on y vit s’édifier des répu­ta­tions locales durables, et même défini­tives. Dans ses murs fut célébré pour la pre­mière fois LE MARIAGE DE MADEMOISELLE BEULEMANS et, reten­tirent des répliques qui font, depuis, par­tie du bagage élé­men­taire de la cul­ture brux­el­loise. Des acteurs s’y firent des répu­ta­tions locales, certes, mais solides. Celle du trio Chris­tiane Ler­rain — Serge Michel — Jean-Pierre Lori­ot est encore dans les mémoires. Les trois comé­di­ens étaient traités en mas­cottes, les com­merçants se glo­ri­fi­aient de leur vis­ite. Suzan­neke est encore venue hier, se van­tait la marchande de choco­lats à sa voi­sine. Elle désig­nait Ler­rain par son rôle dans LE MARIAGE. Et Lori­ot était avec elle, ajoutait-elle. Sans oubli­er que l’imbécile était là aus­si. L’imbécile, c’était Serge Michel, qui riait de l’appellation, bien enten­du …
Les Galeries, c’est le mal-aimé des théâtres brux­el­lois. Il draine fatale­ment le plus large pub­lic, puisqu’il compte huit cents places, une jauge hardie, surtout de nos jours. Il mobilise un pub­lic qui va voir la « Revue » en con­fi­ance, et étend cette con­fi­ance aux autres spec­ta­cles que la com­pag­nie pro­pose, par­fois moins con­fort­a­bles qu’on ne le dit (c’est ici que fut créé en Bel­gique, LE VICAIRE de Rolf Hocht, avec toutes les con­tro­ver­s­es qui accom­pa­g­nèrent cette pièce-brûlot, et ce n’est qu’un exem­ple d’une pro­gram­ma­tion inat­ten­due). Le théâtre s’y pra­tique avec des objec­tifs sim­ples, mais essen­tiels : amuser, intriguer, émou­voir. Chris­tiane Ler­rain y obtint l’Ève du théâtre pour L’ANNONCE FAITE À MARIE, Serge Michel la sienne pour LE JOURNAL D’ANNE FRANCK. C’est dire qu’on n’y cherche pas seule­ment à provo­quer les rires. Ou qu’on ne prend les artistes au sérieux que lorsqu’ils affichent ouverte­ment le leur. Comme si le rire n’était pas la plus sérieuse des entre­pris­es … 

Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Royal
des Galeries, montage
du décor de MEURTRE
AU PLAZZA, 31 août 1998.
Photos Christian Carez.
Le Théâtre Roy­al des Galeries,
mon­tage du décor de MEURTRE AU PLAZZA,
31 août 1998.
Pho­tos Chris­t­ian Carez.
Non classé
Théâtre Royal des Galeries
11
Partager
Partagez vos réflexions...

Vous aimez nous lire ?

Aidez-nous à continuer l’aventure.

Votre soutien nous permet de poursuivre notre mission : financer nos auteur·ices, numériser nos archives, développer notre plateforme et maintenir notre indépendance éditoriale.
Chaque don compte pour faire vivre cette passion commune du théâtre.
Nous soutenir
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
Théâtre en images-Couverture du Numéro 58-59 d'Alternatives Théâtrales
#58 – 59
mai 2025

Théâtres en images

Précédent
17 Oct 1998 — FABIENNE VERSTRAETEN: Tu as présenté il y a un an, à Bruxelles, MARINS SINBAD, ton cinquième spectacle. Comment en es-tu…

FABIENNE VERSTRAETEN : Tu as présen­té il y a un an, à Brux­elles, MARINS SINBAD, ton cinquième spec­ta­cle. Com­ment en es-tu arrivé là ? Pour­rais-tu revenir sur le par­cours qui aboutit à ce spec­ta­cle ? Manuel…

Par Fabienne Verstraeten
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?