Doppelkopf
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Doppelkopf

Le 22 Oct 2006
Article publié pour le numéro
Couverture du Numéro 90-91 - Marc Liebens
90 – 91
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Je porte ce pro­jet en moi depuis vingt ans. J’avais égaré mes notes, mais je les ai retrou­vées il y a un an. L’argument s’inspire de Sept con­tre Thèbes d’Eschyle. Les mythes sont une expéri­ence col­lec­tive qui se répète. On peut les vari­er à l’infini. Comme les rêves. En les réin­ven­tant, on enri­chit leur prob­lé­ma­tique. En 1985, il y a eu cette vis­ite de Hel­mut Kohl en com­pag­nie de Rea­gan au cimetière mil­i­taire de Bit­burg où sont enter­rés des sol­dats SS. Cela avait soulevé un tol­lé d’indignation. Chez Eschyle, les morts sont placés sous la loi naturelle : ils ont le droit d’être enter­rés, ils ont droit à leur rit­uel, et l’État n’a plus de droit sur eux. Dans Antigone de Sopho­cle, l’État décide qui est digne d’être enter­ré et qui ne l’est pas, l’État s’empare des morts, et depuis lors, la main­mise de l’État sur les morts a été per­pé­tuée.

Heiner Müller lors de son passage à l'Ensemble Théâtral Mobile. Photo Michel Boermans.
Hein­er Müller lors de son pas­sage à l’Ensem­ble Théâ­tral Mobile. Pho­to Michel Boer­mans.

Dans ce sens, l’agitation autour de Bit­burg n’était qu’une répéti­tion de la bar­barie. L’histoire de l’Europe est rem­plie de mas­sacres, mais les morts sont morts. Un traître, quand il est mort, n’est plus qu’un mort, un frère mort. Se servir des morts, c’est le pire que l’on puisse faire aux êtres humains. La posi­tion d’Eschyle est sou­veraine, humaine, mais elle ne réap­pa­raît nulle part dans la lit­téra­ture européenne. Sauf dans la théorie chré­ti­enne de la grâce. Le prob­lème de fond de notre civil­i­sa­tion est Auschwitz. Il n’y a pas d’alternative à Auschwitz, à part la grâce. Et si elle est la seule alter­na­tive, il doit y avoir quelqu’un qui l’accorde. La grâce n’existe pas dans un État de droit. Un vide est créé. Voilà en gros mon sujet, mais j’ignore s’il est réal­is­able.

Juil­let 1991

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