COMMENT ABORDER ou décrire Karine en scène ? Avant qu’on n’aperçoive la danseuse ou la chorégraphe, c’est un être, une figure qui apparaît devant nous — mais peut-être est-ce à l’arrière de notre cerveau ?
Il y a d’abord le bien bizarre insecte Fonties, de l’espèce des luciphores aux élytres rétractiles. Ça se glisse à l’envers, ça se croise avec soi et ça devient plusieurs, « ça » se fait difforme et insaisissable.
Il y a ensuite la femme-paysage qui porte le monde sur la tête, une femme-tour aux mèches indociles, que les intempéries des rêves ont fait s’effilocher. .. Paysage d’esquilles, de fémurs et de peau qui se découvre, s’étend, s’arrache, fond sur soi avec des grâces qui écornent l’œil…
Il y a aussi l’épouvantail, ou l’épouvantaille : figure d’un genre contradictoire et émouvant car l’effroi qu’elle est censée inspirer suggère avant tout l’incomplétude, le fétu jamais rassemblé, la paille défaite.
Au cœur des métamorphoses, Karine n’est pas seule … Les complices arrivent : des individus en recherche perpétuelle d’une perte d’équilibre : assumer que le vertige commence au sol, sur la terre ferme.
Des sentinelles d’un désert trop habité où ne vit personne, leur tête comme un poing au bout du corps. Ils veillent, méfiants, discrets, vaguement noirs. Ils attendent le pire, s’observent eux-mêmes, s’évitent, se fuient, s’affrontent sans suite. Ils se corrigent, se relativisent, se complètent en des enlacements infatigables.
Bien incertains quant à leur présence réelle …
Ils ont beau conjuguer leurs différences, chercher des complicités … Tout rate, et tout est à recommencer à l’instant, sans drame.
C’est cette perplexité sans doute qui fait le charme de leurs rencontres. Et ce champ qui devient chorégra-phique, Karine le traverse avec brio et humour, très à l’aise dans l’entremêlement de la composition et de l’action. Les danseurs sont autant de personnalités attachantes, qui bougent étrange et déambulent dans un univers aux tonalités surréalistes et pourtant familières. Quelque chose comme une fantaisie slave imprègne souvent l’ensemble, un spleen en liberté qui ne dit jamais son nom, avec une précision sensible du geste qui cerne l’extravagance du comportement. Les mots et les phrases d’une poétique du recommencement et d’une beauté de la matière humaine.

chorégraphie Karine Pontiès,
Festival international des Brigittines 2006.
Photo Jean-Luc Tanghe.





