Karine Pontiès. Une être et des êtres.
Danse
Théâtre
Portrait

Karine Pontiès. Une être et des êtres.

Patrick Bonté

Le 25 Juin 2010
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 105 - Théâtre-danse : la fusion ou rien !
105
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COMMENT ABORDER ou décrire Karine en scène ? Avant qu’on n’aperçoive la danseuse ou la choré­graphe, c’est un être, une fig­ure qui appa­raît devant nous — mais peut-être est-ce à l’ar­rière de notre cerveau ?
Il y a d’abord le bien bizarre insecte Fonties, de l’e­spèce des luci­phores aux élytres rétrac­tiles. Ça se glisse à l’en­vers, ça se croise avec soi et ça devient plusieurs, « ça » se fait dif­forme et insai­siss­able.
Il y a ensuite la femme-paysage qui porte le monde sur la tête, une femme-tour aux mèch­es indociles, que les intem­péries des rêves ont fait s’ef­filocher. .. Paysage d’esquilles, de fémurs et de peau qui se décou­vre, s’é­tend, s’ar­rache, fond sur soi avec des grâces qui écor­nent l’œil…
Il y a aus­si l’épou­van­tail, ou l’épou­van­taille : fig­ure d’un genre con­tra­dic­toire et émou­vant car l’ef­froi qu’elle est cen­sée inspir­er sug­gère avant tout l’in­com­plé­tude, le fétu jamais rassem­blé, la paille défaite.
Au cœur des méta­mor­phoses, Karine n’est pas seule … Les com­plices arrivent : des indi­vidus en recherche per­pétuelle d’une perte d’équili­bre : assumer que le ver­tige com­mence au sol, sur la terre ferme.

Des sen­tinelles d’un désert trop habité où ne vit per­son­ne, leur tête comme un poing au bout du corps. Ils veil­lent, méfi­ants, dis­crets, vague­ment noirs. Ils atten­dent le pire, s’ob­ser­vent eux-mêmes, s’évi­tent, se fuient, s’af­fron­tent sans suite. Ils se cor­ri­gent, se rel­a­tivisent, se com­plè­tent en des enlace­ments infati­ga­bles.
Bien incer­tains quant à leur présence réelle …
Ils ont beau con­juguer leurs dif­férences, chercher des com­plic­ités … Tout rate, et tout est à recom­mencer à l’in­stant, sans drame.
C’est cette per­plex­ité sans doute qui fait le charme de leurs ren­con­tres. Et ce champ qui devient choré­gra-phique, Karine le tra­verse avec brio et humour, très à l’aise dans l’en­tremêle­ment de la com­po­si­tion et de l’ac­tion. Les danseurs sont autant de per­son­nal­ités attachantes, qui bougent étrange et déam­bu­lent dans un univers aux tonal­ités sur­réal­istes et pour­tant famil­ières. Quelque chose comme une fan­taisie slave imprègne sou­vent l’ensem­ble, un spleen en lib­erté qui ne dit jamais son nom, avec une pré­ci­sion sen­si­ble du geste qui cerne l’ex­trav­a­gance du com­porte­ment. Les mots et les phras­es d’une poé­tique du recom­mence­ment et d’une beauté de la matière humaine.

Karine Pon­tiès dans DES TAUREAUX DANS LA TÊTE,
choré­gra­phie Karine Pon­tiès,
Fes­ti­val inter­na­tion­al des Brigit­tines 2006.
Pho­to Jean-Luc Tanghe.

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Karine Pontès
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Écrit par Patrick Bonté
Patrick Bon­té a écrit pour la radio, le ciné­ma et le théâtre et réal­isé de nom­breuses mis­es en...Plus d'info
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